Une atmosphère de suspicion

Espagne: Cas A. de Mello et Jacques Dupuis, les évêques font la leçon aux jésuites indiens

Madrid, 16 juillet 1999 (APIC) Les évêques espagnols font la leçon aux jésuites indiens qui ont pris la défense de deux théologiens mis en cause par Rome, les Pères Anthony de Mello et Jacques Dupuis. S’il est normal que les provinciaux jésuites du Sud de l’Inde prennent la défense de leurs religieux, ce n’est pas une raison pour remettre en cause l’autorité de Rome en matière de doctrine, laisse entendre la Commission doctrinale de la Conférence épiscopale espagnole.

La Commission commente l’interpellation adressée à Rome par les provinciaux indiens à propos des Pères Anthony de Mello et Jacques Dupuis, dans laquelle ils déplorent « l’atmosphère de suspicion, pour ne pas dire de méfiance  » créée par les récentes décisions de la Congrégation pour la Doctrine de la foi à l’encontre de ces deux théologiens.

Le jésuite indien Anthony de Mello (1931-1987), dont les écrits ont été condamnés dans une note publiée à Rome le 22 août 1998 par la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a été « un pionnier de l’intégration de la spiritualité asiatique et chrétienne et des méthodes de prière », soulignent les provinciaux jésuites. Il a aidé des milliers de personne en Asie et dans le monde « à devenir libres et à approfondir leur vie de prière, ce qu’attestent de nombreux témoignages et nos expériences personnelles ».

La quête du pluralisme religieux

Les signataires assurent le Père Dupuis – lui aussi dans le collimateur romain – de leur soutien constant et de leur encouragement à aller de l’avant « dans la tâche difficile et stimulante de faire en sorte que la Parole de Dieu soit pertinente dans la situation de l’Asie du Sud « . Le Père Jacques Dupuis, un jésuite belge qui a acquis la nationalité indienne, âgé aujourd’hui de 75 ans, a dû renoncer l’an dernier au cours de christologie qu’il devait donner à l’Université pontificale Grégorienne, son dernier livre, « Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux », étant à l’examen à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

A propos de ce confrère qui a enseigné la théologie pendant vingt ans en Inde, les signataires relèvent que « sa quête d’une théologie du pluralisme religieux est marquée, d’une part par son expérience de la situation interreligieuse en Asie du Sud, d’autre part par sa loyauté à l’égard de la tradition doctrinale, magistérielle et théologique de l’Eglise ».

La revue catholique « Vida Nueva » ayant, comme d’autres journaux espagnols, réservé un large écho à l’intervention des provinciaux jésuites indiens, la Commission doctrinale de la Conférence épiscopale espagnole l’a priée de publier quelques observations « afin que vos lecteurs puissent avoir une vision plus ample des choses ».

Père Dupuis: un dialogue à peine entamé

« On peut comprendre que les provinciaux désirent préserver la réputation de leurs frères en religion, une chose à laquelle ils sont tenus en principe, commence par préciser la note. Il faut en outre partager leur préoccupation pour une inculturation adéquate de l’Evangile dans les différentes parties du monde et, concrètement, on ne peut que voir avec sympathie l’amour dont ils font preuve pour le contexte culturel asiatique auquel ils appartiennent et dans lequel ils travaillent pour le règne du Christ. »

Ceci étant précisé, la note de l’épiscopat espagnole en vient au fait: « Il semble que cela dépasse la compétence des provinciaux d’émettre des jugements qui disqualifient les initiatives que prend le Saint-Siège dans l’accomplissement de sa mission propre de service de la communion de toute l’Eglise dans la foi en Jésus-Christ, en particulier lorsque ces jugements sont à ce point négatifs (ils parlent de dommage pour la vie de l’Eglise et pour la cause de l’Evangile) et sont destinés à être diffusés dans le monde entier. »

Aux yeux de l’épiscopat espagnol, les cas du Père de Mello et du Père Dupuis ne sont d’ailleurs pas comparables. Au second, la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi a demandé de préciser quelques questions soulevées dans ses dernières publications qui peuvent poser problème. Le dicastère demande de recevoir ces précisions « par écrit  » et avec la réserve nécessaire pour ne pas préjuger devant l’opinion publique du développement d’un dialogue qui est encore à peine entamé ». « Ceux qui donnent de la publicité au processus en cours, et paraissent en outre tenir pour acquise son issue négative, devraient se demander si c’est là la meilleure façon de défendre leurs frères et s’ils ne portent pas atteinte à la paix et au processus de communication dans l’Eglise. »

De Mello: Des points non compatibles avec la foi catholique

Selon la commission doctrinale de l’épiscopat espagnol, le cas de Mello n’est pas du tout le même. La Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi a publié au sujet de ses écrits une note élaborée au terme de plusieurs années d’examen. On y reconnaît les mérites du théologien indien, mais on observe que « quelques-unes des positions qu’il maintient dans ses écrits ne sont pas compatibles avec la foi catholique; concrètement, le P. de Mello laisse entre parenthèse le caractère unique de Jésus-Christ comme Fils de Dieu, révélateur de son Mystère et de l’Eglise comme sacrement de la rencontre avec Dieu ».

Ne pas tout résumer à un problème d’inculturation de la foi en Asie

« N’importe qui pourra constater, ajoute l’épiscopat espagnol, que les affaires en cause ne se ramènent pas exclusivement à des problèmes d’inculturation de la foi en Asie, mais qu’elles sont diffusées dans le monde entier et à partir de différents milieux idéologiques. En outre, les oeuvres du Père de Mello n’ont pas été écrites uniquement pour l’Asie et elles ne sont pas lues que là-bas mais, grâce à de fréquents voyages, cours et conférences de l’auteur, elles ont bénéficié d’une large diffusion dans presque tout le monde catholique, y compris en Espagne.

Par conséquent, conclut la note espagnole, il n’est pas juste de rejeter l’intervention de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi comme une incompréhension ou une répression des affaires de l’Asie. « Au contraire, la Congrégation est intervenue en exerçant légitimement sa responsabilité à l’égard de toute l’Eglise. Il faut la remercier pour son service à la cause de l’Evangile, qui aidera les catholiques à ne pas se séparer de Jésus-Christ, Voie, Vérité et Vie. » (apic/cip/be)

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