30 ans dans les prisons de Chine. Il fête son 98e anniversaire

Le cardinal Gong Pinmei: 70 ans de sacerdoce, 50 ans d’épiscopat et 20 ans de cardinalat

Stamford, 20 juillet 1999 (APIC) Nommé en 1979 par le pape Jean Paul II cardinal « in pectore », Mgr Gong Pinmei fête cette année son 98e anniversaire, mais aussi 70 ans de sacerdoce, 50 ans d’épiscopat et 20 ans de cardinalat. Une vie pas banale, pour ce prélat qui aura passé près de 30 ans de son existence dans les prisons chinoises, avant d’être libéré en juillet 1985 puis mis en résidence surveillée jusqu’en 1987, date à laquelle il fut envoyé aux Etats-Unis, officiellement « pour se soigner ».

Le 31 juillet prochain, fête de saint Ignace, le cardinal Gong Pinmei ne fêtera pas seulement son saint patron. En exil à Stamford, aux Etats-Unis, il y célébrera à midi une messe d’action de grâce en l’honneur de Notre-Dame de Sheshan, un sanctuaire situé à la périphérie de Shanghai.

Les raisons de cette action de grâce sont nombreuses: 20 ans de cardinalat, 50 ans de consécration épiscopale, 70 ans d’ordination sacerdotale, 98 ans de vie. Mais surtout, le cardinal veut remercier la Sainte Vierge « pour sa bénédiction et sa protection aimante de l’Eglise catholique en Chine, qui a souffert 50 années de persécution religieuse ».

Jean Paul II, qui avait nommé en 1979 Mgr Gong Pinmei cardinal « in pectore » (dans son coeur: sans rendre publique sa promotion), lui a envoyé un message par l’intermédiaire de l’archevêque de Bridgeport, Mgr Edward Egan. A son tour, le cardinal a envoyé une lettre au pape. « Sainteté, écrit-il notamment, je vous suis reconnaissant pour toujours, pour votre affection paternelle. Il y a vingt ans, vous m’avez élevé au Sacré Collège des cardinaux dans ma prison chinoise. Vous m’avez tenu et caché dans votre coeur avec vos prières pendant 12 longues années. Il est improbable que les évêques souterrains ou moi-même puissions venir dans la ville éternelle pour vous rencontrer. De toute manière, votre visage, votre enseignement et vos paroles d’encouragement resteront toujours dans le coeur de vos 9 millions d’enfants en Chine ».

« Agenouillé devant vous, écrit encore le vieux cardinal, je vous supplie de bénir la Conférence des évêques catholiques en Chine et tous vos enfants spirituels. Nous n’osons pas prier pour un miracle, mais pour obtenir la grâce et le courage de vivre la plénitude de notre foi, en imitant les glorieux exemples des nombreux martyrs qui ont partagé notre expérience et qui nous ont précédés. Nous prions pour qu’il y ait un seul troupeau et un seul pasteur, et pour que nous puissions être bientôt libres de vous souhaiter la bienvenue, à vous, le souverain pontife, sur la terre de Chine ».

Apatride

Ignace Gong Pinmei (« Kung » selon la forme latinisée) est né le 2 août 1901 dans une famille catholique depuis cinq générations. Entré au séminaire à 19 ans, il est ordonné prêtre le 28 mai 1930. Il consacre d’abord de longues années à l’enseignement. Au moment de la prise de pouvoir par les communistes à Shanghai, il est nommé évêque de Soochow le 9 juin 1949. Le 15 juillet 1950, il est transféré à Shanghai et nommé administrateur apostolique de Soochow et Nankin.

Il se consacre à sa mission pastorale et contribue au développement de la Légion de Marie, déclarée illégale par le gouvernement en tant que « association d’espionnage ». Ayant remarqué les limites de plus en plus grandes mises à la liberté, il cherche à préparer de nombreux jeunes au sacerdoce. Il est arrêté avec des centaines de prêtres et de dirigeants catholiques le 8 septembre 1955 et, cinq ans plus tard, condamné aux travaux forcés à perpétuité. Libéré en juillet 1985, il est mis en résidence surveillée jusqu’en 1987, date à laquelle il est envoyé aux Etats-Unis, officiellement « pour se soigner ».

En 1991, Jean Paul II annonce que Mgr Gong Pinmei a été nommé cardinal « in pectore » lors du consistoire de 1979. En 1997, pendant la visite du président Jiang Zemin aux Etats-Unis, il adresse un appel personnel pour la libération de l’évêque Mgr Su Zhimin et des autres prêtres et évêques en prison . L’an passé, le consulat chinois à New York a refusé de lui renouveler son passeport et lui a retiré le passeport périmé, le rendant ainsi apatride.

« Tu es Petrus »

Un fait survenu en 1985 montre bien la stature du cardinal Gong Pinmei. Libéré après 30 années d’emprisonnement, et étant toujours en résidence surveillée, il rencontre le cardinal Jaime Sin, des Philippines, venu en Chine tout exprès pour le voir. Mais les autorités n’autorisent les deux prélats à se rencontrer qu’au cours d’un déjeuner avec les membres de l’Association catholique patriotique et du Parti communiste. Il y a au moins vingt personnes à table avec les deux cardinaux. A la fin du repas, le cardinal de Manille propose que chacun des convives chante quelque chose, selon la meilleure tradition des « karaoke ». Quand c’est le tour du cardinal Gong Pinmei, le vieil évêque entonna le chant « Tu es Petrus et super hanc Petram aedificabo Ecclesiam meam » (Tu est Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise).

Plusieurs assistants, embarrassés, tentent de l’interrompre, mais le cardinal continue, fixant le Cardinal Sin. L’archevêque de Manille peut ainsi apporter au monde le message que 30 années de prison n’avaient pas affaibli la foi et la fidélité au pape de l’évêque de Shanghai. (apic/cip/fides/pr)

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