Lucerne Les catholiques chrétiens disent oui à l’ordination sacerdotale des femmes
Lucerne, 7 juin 1999 (APIC) On pourra désormais ordonner des femmes au diaconat, au sacerdoce et à l’épiscopat dans l’Eglise catholique chrétienne. La décision a été prise vendredi à Lucerne, en deuxième lecture, par les délégués du Synode national. Un vote presque unanime: 90 voix pour avec seulement 2 voix contre. Une confirmation de la première lecture faite l’an dernier au Synode national de Gwatt, près de Thoune.
Lors du Synode national catholique chrétien à Gwatt, une majorité de 85 voix contre 5 et 4 abstentions avait déjà accepté le principe de l’ordination diaconale, sacerdotale et épiscopale des femmes. Cette décision n’était cependant pas entrée immédiatement en vigueur car le changement de Constitution de l’Eglise, nécessité par ce vote, devait être confirmé en deuxième lecture par le Synode de Lucerne. Une assemblée qui rassemble aussi bien des clercs que des laïcs, hommes et femmes.
La motion sur l’accès des femmes aux ministères apostoliques d’évêque, prêtre et diacre était proposée à Gwatt conjointement par l’évêque de Suisse, Mgr Hans Gerny, et le Conseil synodal, l’exécutif de cette Eglise qui compte quelque 14’000 membres en Suisse. Mgr Gerny avait alors déclaré à l’APIC qu’un examen théologique approfondi avait conclu qu’il n’y a pas de raisons théologiques fondamentales qui empêcheraient l’accès des femmes au service sacerdotal. Ce sont avant tout des raisons culturelles et sociales qui ont fait que la prêtrise a été jusqu’à présent réservée aux hommes.
Avec cette décision très nette, confirmée une deuxième fois par le Synode national, l’Eglise catholique chrétienne de Suisse conclut un long processus. En 1976 encore, la Conférence internationale des évêques vieux-catholiques de l’Union d’Utrecht excluait encore l’idée de l’ordination sacerdotale des femmes.
L’Eglise suisse avait accepté le diaconat féminin au milieu des années 80 déjà, ce qui suscita certaines réactions au niveau international. Après de multiples tentatives pour définir une position commune – et une sévère crise provoquée notamment par la première ordination d’une femme prêtre en Allemagne -, la Conférence des évêques de l’Union d’Utrecht a finalement laissé la liberté de choix à ses membres en 1997.
Proposée conjointement par l’évêque de Suisse et par le Conseil synodal (exécutif), cette modification sera ressentie «avec la plus grande joie par les théologiennes formées à l’Université de Berne et des femmes diacres». En l’an 2000, il y aura donc certainement des femmes curés de paroisse en Suisse, au sein de l’Eglise catholique chrétienne.
Pas encore d’unanimité dans les Eglises «vieilles catholiques»
En discussion depuis une vingtaine d’années, cette question ne fait pas l’unanimité dans les communautés «vieilles-catholiques» ainsi nommées hors de nos frontières. En 1976, la Conférence des évêques s’est même formellement opposée à l’ordination de femmes à l’épiscopat, au presbytérat et au diaconat. Mais depuis lors, diverses Eglises dites «locales» se sont distancées de cette déclaration. Celle de Suisse en est un bon exemple.
Aujourd’hui, malgré d’intenses négociations internationales, la question n’est toujours pas réglée. La majorité des Eglises soeurs s’acharnent à refuser l’ordination des femmes et par-là ne respectent pas le voeu de la communauté suisse. Les délégués suisses ont ainsi suivi en cela l’exemple de leurs voisins allemands et autrichiens, qui ont déjà introduit le ministère féminin, au risque de voir se rompre la communion ecclésiale avec les Eglises de Pologne, de Tchéquie, de Bosnie, de Croatie ou encore avec la communauté polonaise des Etats-Unis d’Amérique.
Relations oecuméniques compromises ?
La décision risque également de bouleverser les relations avec d’autres communautés chrétiennes. Le Vatican, qui reconnaissait jusqu’ici les ministres ordonnés au sein de l’Union d’Utrecht, voit d’un mauvais oeil qu’une Eglise dite «catholique» conjugue la prêtrise au féminin. Le clergé orthodoxe sera lui aussi perturbé. Par contre, l’ordination des femmes pourrait rapprocher les catholiques chrétiens des luthériens, des anglicans et des protestants.
Née d’une réaction au Concile Vatican I de 1870, au cours duquel ont été décrétées l’infaillibilité du pape sur les questions de foi ou de morale et sa primauté sur tous les évêques, l’Eglise catholique chrétienne se réclame de l’héritage des tout premiers chrétiens, bien avant les schismes successifs, alors que l’unité de la communauté n’exigeait pas de gommer les différences.
14’000 fidèles en Suisse
Avec seulement 400’000 fidèles de par le monde, dont 14’000 en Suisse dans 40 paroisses, cette communauté minoritaire demeure méconnue. Selon Jean-Claude Mokry, curé des deux seules paroisses genevoises, catholiques «romains» et «chrétiens» partagent en gros la même tradition, si ce n’est que les seconds refusent l’autorité du pape, ne vouent de culte ni aux saints, ni à Marie, ni aux reliques, que leurs prêtres ne font pas voeu de célibat et que le re-mariage n’est pas interdit aux divorcés. «Mais notre liturgie ressemble davantage à celle des luthériens et notre structure est nationale, comme chez les orthodoxes! Par ailleurs, ils manifestent un attachement quasi protestant à la lecture de la Bible ainsi qu’à la démocratie, et un pluralisme qui fait penser aux différents courants coexistant au sein de l’Eglise anglicane.
L’organisation de l’Eglise catholique chrétienne est fondée sur un système dit «synodo-épiscopal». Le synode national, assemblée des délégués laïcs des paroisses et du clergé, se réunit au moins une fois par an. Organe législatif, il dirige l’Eglise avec l’évêque de Suisse et le Conseil synodal. L’évêque est élu par le synode national et reçoit son ordination d’autres évêques vieux-catholiques. Chaque Eglise nationale est autonome. (apic/gs/spp/pr/ba)
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