Kenya: L’Eglise anglicane du Kenya veut alléger la double peine des familles en deuil
Nairobi, 8 juin 1999 (APIC) Une initiative de l’Eglise anglicane devrait passablement modifier la célébration des funérailles au Kenya, pays où celles-ci sont liées à des coutumes compliquées et fort coûteuses. Des us et coutumes pour le moins dures pour la femme, non seulement veuve du défunt mari, mais encore spoliée des biens de ce dernier.
Le synode de l’Eglise anglicane de Kenya a en effet approuvé un programme visant à réduire les coûts des funérailles en limitant certaines pratiques culturelles telles que la saisie, par la famille du défunt mari, des biens du ménage, du bétail et autres possessions. Ces coutumes sont encore pratiquées dans certaines communautés.
« Les veuves souffrent ainsi doublement après la mort de leur mari – la perte de leur époux et la perte de leurs biens », fait remarquer David Gitari, archevêque de Nairobi et primat de l’Eglise anglicane du Kenya, à l’issue du synode.
La décision du synode a été en partie suscitée par les événements qui ont suivi la mort de l’évêque John Henry Okullu en mars. Sa veuve ayant déclaré que l’évêque avait eu une prémonition de sa mort et lui avait dit où il devait être enterré et que l’on ne devrait pas festoyer durant ses funérailles. Les membres de son ethnie ont protesté vigoureusement. Joseph Omollo, doyen de la cathédrale St Stephen, a finalement tranché et décidé que la volonté de la famille de l’évêque Okullu devait être respectée.
Selon les nouvelles lignes adoptées par le synode: les corps ne devraient pas être gardés plus d’une semaine dans les morgues avant les funérailles; le service funèbre ne devrait pas dépasser deux heures; il ne sera plus nécessaire que tous les gens présents aux funérailles s’inclinent devant la dépouille mortelle; les membres du clergé devront respecter le temps prévu pour permettre à ceux qui habitent des villages éloignés de rentrer chez eux à temps.
Traditions onéreuses
Lors d’une interview accordée à la radio, l’archevêque Gitari a rappelé que les funérailles et les pratiques qui y sont liées entamaient les maigres revenus des familles. Les corps étaient souvent conservés dans des morgues pendant deux semaines, et devaient parfois être transportés du lieu de naissance du défunt jusqu’à l’autre bout du pays. Par ailleurs, les Kenyens pensent aussi que le défunt doit porter des chaussures et des vêtements neufs. Enfin la tradition veut que des festins soient organisés avant, pendant, et après les funérailles, et parfois plusieurs taureaux sont tués pour nourrir les gens. De telles coutumes peuvent coûter jusqu’à 8’000 dollars alors que le produit intérieur brut par habitant par an au Kenya est d’environ 1’170 dollars.
« Nous devons aussi tenir compte du clergé, a dit l’archevêque. Il y a trop de décès au Kenya, et le clergé passe trop de temps à enterrer les gens – célébrant parfois trois à quatre funérailles par semaine ». Même si certaines communautés veulent perpétuer leurs traditions, les temps changent et il appartient à l’Eglise de remédier à cette situation.
L’initiative anglicane est soutenue par d’autres Eglises – entre autres par un grand nombre d’ecclésiastiques catholiques – et par plusieurs politiciens.
Dans la ville côtière de Mombasa, l’évêque anglican Julius Kalu a lancé une campagne visant à expliquer aux membres de son Eglise les nouvelles directives. Il a commencé par leur suggérer d’avancer la date des funérailles pour réduire certains coûts.
Pour Joseph Mutisya, responsable de l’Eglise de la Bonne Nouvelle dans la ville de Machakos, même si les traditions africaines ne peuvent pas être totalement ignorées, le temps est venu de se débarrasser de certaines pratiques démodées et indésirables. (apic/eni/pr)
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