Après l’athéisme, le matérialisme capitaliste envahit la Chine

Shanghai: Rencontre avec Mgr Jin Luxian, évêque catholique officiel

Fribourg,

(APIC) En Chine la question du sens de la vie est toujours plus forte. Ni l’enseignement de Marx, ni le confucianisme traditionnel ne peuvent offrir une orientation à la jeunesse, estime l’évêque catholique officiel de Shanghai, Mgr Alosyus Jin Luxian. Le jésuite, aujourd’hui âgé de 83 ans, était récemment de passage à Fribourg, à l’invitation de Missio OPM. Confrontée naguère à l’idéologie athée, l’Eglise catholique chinoise doit faire face aujourd’hui à la frénésie de la consommation.

Le diocèse de Shanghai rassemble quelque 160’000 catholiques répartis dans 92 paroisses. Il dispose d’un petit et d’un grand séminaire et compte 59 prêtres dont 16 ont plus de 80 ans. «Nous avons encore beaucoup trop peu de prêtres», déplore Mgr Luxian.

L’évêque jésuite accorde beaucoup d’importance à la formation du clergé. Si les obstacles mis par les autorités civiles sont moins nombreux, d’autres ont surgi. Une part non négligeable des jeunes prêtres et des séminaristes quittent le service de l’Eglise cédant à la tentation du matérialisme. En outre, des jeunes séminaristes envoyés étudier en Europe ou au Etats-Unis, seuls la moitié rentrent au pays. Autre obstacle l’inexpérience des jeunes prêtres. Ils commencent certes avec enthousiasme mais se heurtent aux difficultés. «En Chine, il y a partout des murs. Les jeunes foncent la tête dedans. Je sais par contre qu’il faut faire des détours», note Mgr Luxian.

Avec le retour de la liberté religieuse, Mgr Luxian aurait pu faire plus s’il avait eu plus de personnes et d’argent. En Chine on constate un grand besoin d’orientation. L’enseignement de Marx, qui durant cinquante ans a dominé toutes les écoles chinoises, a perdu son prestige après la Révolution culturelle. Mais le confucianisme n’offre pas non plus d’orientation à la jeunesse du pays. Il a d’ailleurs été combattu par l’Etat comme toutes les autres religions. «La jeunesse n’a plus de liens avec les grands maîtres de la pensée chinoise», relève l’évêque.

La succès rapide et l’argent sont aujourd’hui les buts essentiels des jeunes, la corruption et le crime sont les moyens pour y parvenir. Malgré tout, l’intérêt pour l’enseignement du christianisme se développe notamment parmi les étudiants. «Je ne dispose malheureusement pas d’un assez grand nombre de prêtres pour les accompagner», regrette Mgr Luxian. La plupart du temps nous sommes contraints de simplement leur donner quelques livres, mais la moitié des jeunes contactés de la sorte gardent un intérêt persistant pour le christianisme.

Mgr Luxian a fondé il y a douze ans une association des intellectuels catholiques qui compte aujourd’hui 700 membres. Cette association ne compte cependant pas de jeunes étudiants. Mgr Luxian a donc chargé ses curés de prendre contact avec les jeunes catholiques au sein des universités pour fonder également une association.

Au moins huit millions de catholiques

Malgré les difficultés, l’Eglise chinoise est en augmentation constante. Avant la prise du pouvoir par les communistes en 1949, le pays comptait trois millions de catholiques. Selon les données gouvernementales, la Chine en compterait aujourd’hui 4 millions. Les catholiques sont au moins huit millions, affirme l’évêque de Shanghai. Les chiffres des instituts de Hong Kong parlent eux de 12 millions de catholiques. Quant aux protestants, ils ont dépassé le chiffre de 20 millions. L’Eglise catholique compte une quarantaine de congrégations religieuses féminines. C’est trop, estime Mgr Luxian, mais chaque évêque estime devoir avoir la sienne.

Pour l’évêque de Shanghai, un des besoins les plus urgents est la diffusion de littérature religieuse. Une imprimerie soutenue par des partenaires européens fonctionne depuis quelques années. Mgr Luxian se félicite ainsi de l’impression de 300’000 missels qui, malgré les réticences des autorités, ont été distribués également parmi les catholiques de l’Eglise clandestine. Grâce à du papier fourni par l’Eglise évangélique, 300’000 Nouveaux Testaments ont également été imprimés.

Les catholiques chinois n’ont toujours pas l’autorisation d’ouvrir des écoles, mais le diocèse organise des cours du soir pour lesquels la demande est forte, en particulier pour l’informatique. Mgr Luxian a également d’autres projets dans le domaine social en particulier. Uniquement dans la ville de Shanghai, vivent plus de 200’000 personnes de plus de 80 ans. L’Eglise souhaite ouvrir des maisons pour les plus nécessiteuses. L’an prochain devrait également voir la fondation d’une Caritas diocésaine. Une démarche possible parce que Shanghai appartient à une zone économique spéciale loin du pouvoir central de Pékin. L’évêque rêve même de l’ouverture d’une université catholique à Shanghai, sans cependant se faire trop d’illusion. Il en a parlé à la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Allbright: (apic/gs/mp)

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