«Ne restez pas sourds au cri des pauvres !»
Elk, 8 juin 1999 (APIC) Pour la quatrième journée de son voyage en Pologne, le pape Jean Paul II s’est rendu à Elk, ville située au nord-est du pays, dans une région verdoyante, connue pour ses lacs et ses forêts, et qui compte une importante minorité de Lituaniens. Célébrant la messe devant 250’000 personnes, le pape a lancé un vibrant appel aux chrétiens à lutter concrètement contre la pauvreté.
S’adressant aux fidèles rassemblées devant la cathédrale d’Elk, Jean Paul II a centré son message sur la pauvreté, encore bien visible dans cette région de la Pologne, proche des pays encore plus pauvres que sont aujourd’hui la Russie, la Lituanie et la Biélorussie. «Ne restez pas sourds au cri des pauvres, le cri des enfants, des femmes, des vieillards, des réfugiés, de ceux qui souffrent de l’injustice, des victimes de la guerre, des chômeurs. Ces victimes sont au milieu de nous: les sans-abris, les mendiants, ceux qui ont faim, ceux dont on abuse. Beaucoup cherchent à cacher leur misère», a relevé le pape en citant entre autres les malades et les orphelins. «Il est des situations de misère qui devraient choquer la conscience humaine et qui attendent un engagement personnel et communautaire urgent.»
Dans une région où le taux de chômage atteint 20%, la question de la justice sociale n’est pas un problème dont la solution peut être remise à demain. L’Eglise n’admet la propriété personnelle des biens matériels que s’ils sont utilisés pour servir les autres, a-t-il insisté. «Le développement et le progrès économique ne peuvent pas être poursuivis à tout prix !»
Reprenant la notion d’option préférentielle pour les pauvres développée en Amérique latine, Jean Paul II n’a pas hésité à l’appliquer à sa Pologne natale. Cette option ne saurait être un sentiment superficiel. «Essayons d’agir et de vivre pour que dans notre patrie personne ne manque d’un toit sur la tête et de pain sur la table», a lancé le pape.
Au cœur de l’ancienne Prusse orientale
Elk est au cœur de l’ancienne Prusse orientale, territoire allemand partagé entre la Pologne et l’Union soviétique en 1945. Sans citer nommément le passé allemand de la région, Jean Paul II a souligné sa riche tradition faite de l’apport de cultures diverses. Alors que le passé allemand appartient désormais à l’histoire, Elk compte une importante minorité de Lituaniens. Des groupes de pèlerins lituaniens étaient également venus s’ajouter aux fidèles du diocèse d’Elk, leur frontière avec la Pologne se trouvant à 70 km. Jean Paul II s’est adressé à eux dans leur langue. Il a salué en particulier leur président de la République, Valdas Adamkus. «Construisez l’avenir de votre pays sur la foi, pour le bien de l’Eglise, de l’Europe et de l’humanité», leur a demandé le pape.
Jean Paul II se trouvait par ailleurs à moins de 100 km de la Biélorussie et de l’enclave russe de Kaliningrad, dont des groupes de pèlerins étaient également présents, ainsi qu’un groupe de séminaristes de Saint-Pétersbourg. «Une telle rencontre est un symbole significatif et un espoir pour le prochain millénaire», a souligné de sont côté l’évêque d’Elk, Mgr Ziemba. Il a poursuivi en expliquant que l’Eglise travaille à construire patiemment la réconciliation entre ces peuples autrefois souvent en conflit.
Dans l’après-midi, Jean Paul II devait se rapprocher encore de la Lituanie en rejoignant le monastère de Wigry, à un cinquantaine de kilomètres d’Elk, pour y passer une journée et demi de repos.
Hommage du pape à Copernic
Lundi le pape s’était également vu remettre mardi le titre de docteur honoris causa de l’Université Nicolas Copernic de Torun, où il a rencontré les recteurs d’universités, les présidents des Conseils des écoles supérieures et des professeurs de tout le pays, à 200 km au nord-ouest de Varsovie.
Le pape a saisi l’occasion pour rendre hommage à Copernic. Selon Jean Paul II, le savant astronome vouait une admiration pour le Créateur du monde et pour la puissance de la raison humaine, qui a encore grandi après sa découverte que la terre et les autres planètes tournaient autour du soleil. Beaucoup ont ensuite pris prétexte de cette découverte pour opposer la raison à la foi, a déploré Jean Paul II sans mentionner toutefois la mise à l’Index de l’ouvrage de Copernic en 1616, 70 ans après la mort de l’astronome.
La foi sans la raison risque d’être «réduite à un mythe ou à la superstition», a-t-il ajouté en évoquant sa dernière Encyclique «Fides et Ratio», tandis que la raison sans la foi oublie qu’elle doit rechercher «le sens définitif et global de l’existence humaine». (apic/imed/mp)
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