Mgr Lovey: «Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame»

« La parole est si fragile et si pauvre », confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L’évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2025 à Montana dans un église « archi-comble » avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l’église. Avec le vicaire général, les services d’aumônerie dans les hôpitaux et les paroisses, l’évêque de Sion est proche des habitants frappés par l’incendie du bar « Le Constellation » qui a endeuillé la fête du nouvel an.

Mgr Jean-Marie Lovey était présent dès le 1er janvier à Crans-Montana, avec Pierre-Yves Maillard, le vicaire général du diocèse de Sion, où il a célébré la messe. Alors que le bilan de l’incendie qui a ravagé le bar « Le Constellation » s’élève à 40 morts et 119 blessés, l’évêque de Sion est proche des habitants et des vacanciers présents dans la station valaisanne à l’occasion des fêtes. Il témoigne pour cath.ch de ce qu’il a vécu lors des premières heures qui ont suivi le terrible incendie.

Il célèbrera la messe de l’Epiphanie, dont il prépare l’homélie, avec Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, et Mgr Alain de Raemy, administrateur apostolique du diocèse de Lugano, le 4 janvier à l’église de Crans. Le pasteur de Montana, le président du Conseil synodal Stephan Kronbichler et le président du Synode suisse Gilles Cavin seront également présents à la messe.

Comment avez-vous vécu cette soirée du 1er janvier?
Assez rapidement je m’étais déterminé à venir célébrer avec le curé de Crans-Montana ce qui était la messe habituelle de fête. Au vu de ce drame, cela ne pouvait pas demeurer la messe du 1er janvier, fête de Marie mère de Dieu. Impossible de ne pas faire référence à l’incendie de ce bar. Cela a été une très forte impression au moment où nous sommes sortis de la sacristie, de traverser une église archi-comble. Il y avait un monde fou! Beaucoup de jeunes et de grands jeunes, j’imagine probablement des amis, des connaissances qui étaient présents dans les différents établissements de Montana pour fêter le nouvel an. Lorsqu’il traverse de grandes épreuves, l’être humain a besoin de communion. Cela me concerne aussi. J’étais touché de voir tant de monde. Nous avons tous besoin d’être épaulés dans ce genre de situation.

A l’issue de la messe vous avez eu l’occasion d’échanger avec les gens et des sauveteurs présents à la messe. Qu’est-ce qu’ils ont le plus exprimé?
Des personnes ont exprimé l’horreur et l’incompréhension totale devant un tel drame. «Comment se fait-il que…?». Plusieurs sauveteurs ont eu des propos assez réalistes et terribles sur ce qu’ils ont vécu en entrant dans le bar pour secourir les victimes. C’est très violent.

Que leur dites-vous dans un tel moment?
La parole est si fragile et si pauvre. Je ne sais pas s’il y a une parole adaptée à un tel drame. Il n’y a pas grand-chose à dire. Le fait d’être présent me paraît essentiel. Indépendamment de la parole, un geste, un coup d’œil, un sourire peuvent être perçus comme un soutien.

Connaissez-vous des gens qui ont été touchés par ce drame?
Je ne sais pas encore précisément si telle ou telle famille se retrouve au premier rang des personnes touchées. Hier soir, à la sacristie, une personne est venue me dire: «Tu sais, le neveu d’untel est parmi les brûlés et se retrouve à l’hôpital ». Le Valais est un village. Les gens se connaissent et ont des liens de proximité assez forts.

Outres les célébrations et les différents temps de prière, qu’est-ce qui a été mis en place par l’Eglise pour accompagner les gens?
La paroisse de Montana a ouvert ses portes à tous ceux qui souhaitent s’exprimer et rédiger un mot dans un registre dédié: leurs attentes, leurs souffrances, leurs espérances. Les personnes qui travaillent dans les aumôneries de l’hôpital sont mobilisées. Des paroisses ont organisé des temps de rencontre, de discussion et de prière.

Comment vous préparez-vous pour une telle messe qui n’est pas une messe de funérailles, mais qui va être célébrée dans ce contexte dramatique?
Dimanche sera celui de l’Epiphanie. D’une certaine façon, il y a quelque chose de providentiel car l’Epiphanie, est une lumière qui vient dissiper les ténèbres et Dieu sait qu’elle est nécessaire à ce moment précis et pour toutes les personnes frappées par ce drame. La liturgie sera donc celle de l’Epiphanie avec les textes y afférant. Concernant l’homélie que je suis en train de préparer, je veux mettre en parallèle le drame de Montana et le drame de l’humanité de toujours: le peuple qui marche dans les ténèbres et qui voit se lever une lumière.
J’essaierai d’apporter l’ouverture possible vers une lumière qui nous vient d’en haut et que Noël vient de promettre à travers la naissance de Jésus. (cath.ch/bh)

Bernard Hallet

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