Pologne: Le pape dans la ville de son enfance, pour évoquer ses souvenirs
De notre envoyée spéciale, Caroline Boüan
Wadowice, 17 juin 1999 (APIC) « Je regarde cette ville de mes années d’enfance avec une grande émotion ». C’est ainsi que Jean Paul II, apparemment complètement remis de sa fatigue et de sa fièvre de la veille, a ouvert un dialogue spontané avec les habitants de Wadowice dans la soirée du 16 juin, alors qu’il visitait sa ville natale à la veille de son retour pour Rome. La foule était massée devant l’église, une petite église de style baroque au clocher typiquement slave, où Karol Wojtyla avait prié toute son enfance.
Arrivé en papamobile sur la place adjacente, entourée de maisons colorées, le pape a été salué par des cris d’affection. « Bienvenue chez toi ! », lui chantaient les jeunes en agitant leurs foulards. « Nous t’aimons ! »
Entrant d’abord à l’intérieur de l’église, le pape a tenu à embrasser le baptistère où il avait lui-même été baptisé le 20 juin 1920. Un geste devenu traditionnel pour Jean Paul II à chacun de ses passages à Wadowice, comme évêque, comme cardinal, puis comme pape au cours de ses deux précédentes visites, en 1979 et en 1991.
Cette fois-ci un podium en bois – orné des armes de Wadowice et des clefs pontificales – avait été construit à l’extérieur de l’église, sur les quelques mètres la séparant de la maison natale de Karol Wojtyla. Jean Paul II a pu y monter à pied en saluant la foule, grâce à une pente douce conduisant jusqu’à son fauteuil.
« Je suis né ici, derrière mon dos, dans la rue de l’église ! » s’est-il exclamé en arrivant. « Tu es ici chez toi ! », a répondu la foule. « On dit qu’on est bien partout, mais on est mieux chez soi ! » a avoué le pape. « C’est ici que tout a commencé pour moi », a-t-il ajouté, « la vie, l’école, les études, le théâtre, la prêtrise ». « Sto lat » lui a alors chanté la foule, en lui souhaitant comme c’est la tradition en Pologne pour les anniversaires, de pouvoir vivre cent ans. « C’est plus dur à faire qu’à chanter ! » a répondu le pape en riant.
La pâtisserie de l’enfance
« C’est dommage que je ne puisse pas visiter tous les petits coins de la ville ! » a-t-il alors poursuivi au milieu d’un éclat de rire général. « Heureusement que j’ai pu les voir depuis l’hélicoptère ! ». Et le Pape de commencer à désigner une à une les maisons de la place, en citant les noms des personnes qui les habitaient à son époque. « Et là se trouvait mon collège! » s’est-il souvenu en désignant l’un des édifices. « Et là la pâtisserie où nous sommes allés acheter des mille feuilles à la crème après notre baccalauréat ! » « Viens, on ira en prendre ! criait la foule.
« Maintenant ça suffit ! Assez de souvenirs comme çà ! » a alors lancé le pape dont le visage particulièrement expressif reflétait une joie malicieuse. « Encore ! », criaient les Polonais. Et Jean Paul II d’évoquer une pièce de théâtre qu’il avait joué lorsqu’il était lycéen. Récitant quelques vers d’une tirade d’Antigone, il s’est fait applaudir par une foule enthousiaste, avant de citer les noms de chacun de ses camarades qui avaient participé à la pièce. « Je ne me souviens pas de tout, mais quand même de pas mal de choses ! » s’est-il exclamé devant la foule hilare, avant de demander aux jeunes si le cinéma qu’il avait connu autrefois existait toujours. « Non ! » lui ont-ils crié. « Tout change ! » a alors convenu Jean Paul II avec bonne humeur.
La voix joyeuse du pape est cependant devenue plus grave lorsqu’il a désigné la maison d’un juif qu’il avait connu. « Je ne sais pas ce qui lui est arrivé » a-t-il confié. Beaucoup de juifs d’ici sont morts pendant la seconde guerre mondiale. Ils ont été mis dans des ghettos puis emmenés en camps de concentration. La plupart n’en sont pas revenus ». Le pape avait quelques instants auparavant évoqué son ami juif d’autrefois, Jerzy Kluger.
Retour à Cracovie
Se faisant finalement signaler qu’il était temps de mettre fin à ce dialogue, Jean Paul II a solennellement couronné un tableau de la Vierge vénéré dans l’église de Wadowice, selon une coutume polonaise. Il a remercié à cette occasion tous les habitants pour leurs offrandes d’anneaux, bijoux et médailles en vue de cette couronne, les encourageant à prier la Vierge avec confiance, et leur assurant que cette prière « ne reste jamais sans réponse ».
De retour le soir à Cracovie, le pape s’est encore rendu dans deux églises de la ville, avant de regagner l’archevêché où une foule de jeunes l’attendait. Apparaissant comme la veille à sa fenêtre, Jean Paul II a de nouveau plaisanté avec eux, se trouvant manifestement en bonne forme. « Vive le Pape ! » ont à nouveau crié les jeunes. « Vous avez raison, je suis toujours vivant ! » s’est-il exclamé.
Evoquant enfin plus sérieusement la figure du cardinal Sapieha – l’archevêque de Cracovie qui l’avait ordonné prêtre en 1946 – comme une grande figure de résistance pendant la guerre, le pape a conclu sa journée en invitant les jeunes à réfléchir sur son exemple pour construire l’avenir de la Pologne. (apic/cb/pr)
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