Comment une erreur typographique peut avoir des conséquences dévastatrices

Un simple « not » omis dans les Dix Commandements a déclenché un énorme scandale en Angleterre, au XVIIe siècle, ruiné les imprimeurs et changé les règles de l’imprimerie. Les correcteurs orthographiques et l’intelligence artificielle feraient-ils mieux aujourd’hui? Rien de moins sûr.

Imaginez ouvrir une Bible au chapitre des dix commandements (Exode 20:14) et y lire «Tu commettras l’adultère» au lieu de «Tu ne commettras pas d’adultère». Cette énorme erreur s’est produite en 1631 dans une édition officielle de la Bible King James imprimée en Angleterre.

La malheureuse omission de trois lettres du petit mot ›not’ a provoqué une vive réaction du roi et de l’Eglise, gagnant le surnom de ›Bible des adultères’. Sur le millier de bibles faussement imprimées la plupart ont été détruites sur ordre de la maison royale.

Aujourd’hui, moins d’une douzaine d’exemplaires survivent, considérés comme de véritables reliques à la British Library, la Bibliothèque publique de New York et la bibliothèque de Cambridge.

L’erreur a eu de graves conséquences pour Barker et Lucas qui avaient le monopole de l’impression des bibles. L’atmosphère religieuse tendue qui régnait en Angleterre en faisait un acte considéré comme blasphématoire. Le roi Charles Ier a infligé une amende de 300 livres, une somme considérable pour l’époque, et a retiré le permis d’impression. Barker a fini emprisonné au King’s Bench, où il est mort en 1645. Pour Barker, issu d’une longue tradition familiale dédiée à l’imprimerie, un moment de négligence a détruit son héritage.

Dans le contexte de l’impression manuelle, ces erreurs étaient relativement courantes; cependant, en ce qui concerne la Bible, leurs conséquences étaient dévastatrices. Certains ont suggéré un possible sabotage interne; les rivaux de Baker jaloux de son monopole auraient pu effacer le«not». Cependant, sans preuve concluante, l’idée de négligence prévaut. Cette affaire a aussi conduit à des règles de relecture plus rigoureuses. Il fut désormais nécessaire de faire de multiples révisions et d’obtenir des autorisations préalables pour imprimer tout texte sacré. (cath.ch/mp)

Maurice Page

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