Homélie du 11 janvier 2026 (Mt 3, 13-17)

Abbé Boniface Bucyana – Eglise Saint-Joseph, Lausanne

Un Dieu qui se fait baptiser par sa créature faible et pécheur ! Un Dieu saint qui est lavé dans les eaux sales du Jourdain ! Un Dieu tout grand qui s’abaisse pour faire comme tout le monde ! Un Fils de Dieu qui choque et surprend pour révéler et réveiller ! Un baptisé qui purifie l’eau au lieu d’en être purifié ! Le baptiste découvre que le Sauveur arrive parmi nous, pour nous, en nous et rien de nous ne lui est étranger !

Au catéchisme, on nous a appris que le baptême était aussi pour nous purifier de nos péchés et leurs séquelles. Bien sûr, il nous incorpore aussi dans l’Eglise, famille des enfants de Dieu. Alors pourquoi, Jésus se fait-il baptiser, Lui qui est sans péché, Lui qui est plutôt l’Agneau de Dieu qui enlève tous les péchés du monde ! Son baptême que nous célébrons en ce dimanche qui suit le temps de Noël, est un baptême de révélation : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma joie », déclare la voix du Père. L’enfant de Noël est révélé comme enfant de Dieu Père en qui il se complait, dont il est fier. C’est le baptême, signe d’appartenance au Père et de relation d’un Dieu trinitaire, du Père, du Fils et de l’Esprit Saint symbolisé par la colombe.

Baptisé pour être envoyé

Ce baptême inaugure aussi la mission publique de Jésus. Cela nous rappelle qu’on n’est pas baptisé juste pour soi-même, mais pour être envoyé, pour une mission divino-humaine. Au nom de notre baptême, à l’exemple du Christ, nous devons être des serviteurs fidèles de cette mission, dite mission baptismale. Et notre service, comme le suggère le prophète Isaïe dans la première lecture, nous oblige à proclamer le droit, la justice, à être la lumière des nations, éclairer tous sans frontières, ouvrir les yeux des aveugles. Pour cela nous devons d’abord ouvrir les yeux de notre cœur pour rester attentifs, disponibles aux attentes de Dieu et celles de nos semblables.

Nous laisser éclairer par l’Esprit Saint

Mais comment proclamer le droit en vérité dans un monde où la volonté de puissance nous laisse sans voix ? Comment offrir les lois de Dieu, la loi d’amour devant la loi du plus fort qui sème la violence et la mort ? Comment ouvrir les yeux des aveugles alors que nous sommes nous-mêmes aveugles ? Autrement dit, nous sommes invités à éviter d’être des aveugles qui veulent guider d’autres aveugles.
Par notre baptême, nous devons nous laisser éclairer par la lumière de l’Esprit Saint pour être des portes flambeaux du Christ, c’est-à-dire ses témoins, les témoins de l’amour de Dieu miséricordieux qui pardonne tous les péchés, et rend les pécheurs sans péché s’ils le demandent et l’accueillent, par et dans la foi baptismale.

Notre mission baptismale, comme nous le rappelle les actes des apôtres, est aussi prophétique, c’est-à-dire parler du Dieu juste et impartial, dire qu’il accueille celui qui le vénère et dont les œuvres sont justes, parler en son nom sans peur, annoncer la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ qui est Seigneur de tous, Roi et Serviteur qui ne méprise, n’écrase, ne condamne personne, Prince de la paix qui peut faire taire les sirènes de la guerre. Il guérit tous les maux et répand le bien là où le mal risque de pulluler dans l’indifférence totale, le mal de la division et la confrontation, le mal de la corruption etde l’exploitation, le mal du mensonge et de la manipulation.

Le baptême de Jésus rapporté dans l’évangile de Matthieu, nous révèle l’appartenance, comme Fils du Père, dans la communion de l’Esprit Saint. Cela fonde notre appartenance lorsque nous sommes baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Le signe de croix, signe d’appartenance rappelle que nous sommes fils et filles du même Père, enfants de la même famille, que par le Fils de Dieu nous devenons frères et sœurs pour une fraternité universelle, que par l’Esprit Saint nos esprits sont reliés à Dieu et que la sève divine coule dans nos veines pour nous purifier, nous sanctifier pour être plus spirituels, nous rendre meilleur parce que nous valons mieux et plus que nous sommes. Et comme dit l’écriture, dans la vie comme dans la mort, tous nous appartenons au Seigneur, au Maître de la vie qui s’est offert pour tous.

Tenir debout malgré l’opacité des ténèbres de la mort

Justement, le baptême du Seigneur préfigure son baptême sauveur où il est plongé dans la souffrance et la mort pour resurgir vivant et révéler qu’au nom de l’amour la vie reste plus fort que la mort. Aujourd’hui, au moment où la tragédie de Crans-Montana nous écrase, nous aplatit au-delà de notre pays, la voix retentit pour couvrir nos cris, notre colère, nos révoltes pour nous dire : « Morts ou vivants vous êtes mes enfants bien-aimés ». Et le Christ, le saint, le juste, qui a souffert, qui est mort injustement nous souffle discrètement « je suis là, dans ces silences assourdissants ». Il offre respectueusement sa compassion à tous ceux qui souffrent, sa proximité avec les blessés, les survivants, les parents, les proches afin qu’ils continuent à croire en la vie, et non en la mort, pour tenir debout malgré l’opacité des ténèbres de la mort. Le baptême du Seigneur nous rappelle que la souffrance et la mort ne doivent pas avoir le dernier mot, qu’au bout de la nuit, il ne doit pas y avoir la nuit, qu’au bout de la vie il n’y a pas la mort, mais la Vie au-delà de nos horizons si courts et obscurcis par la douleur extrême. Nous devons continuer à croire en la vie continuer à vivre la vie que ces jeunes nous laissent sinon nous risquons d’être des morts vivants et ce n’est ce qu’ils nous souhaitent là où ils sont.

À l’exemple du Christ, vivons notre compassion au nom de la vie qui nous est tous prêtée et que nous partageons malgré nos fragilités, notre impuissance devant des épreuves énormes. C’est donc dans la solidarité humaine, dans le respect de tous ceux qui souffrent et dans l’humilité devant l’incompréhensible, dans le silence présence que nous devons nous incliner devant les décédés, porter dans nos cœurs et nos pensées les blessés et ceux qui les accompagnent. Bref, pour être serviteur humble de Dieu parmi son peuple et solidaire avec l’humanité restons vivants aussi pour les autres, serviteurs de toute vie, témoins de la compassion du Christ auprès de tous ceux qui souffrent dans leur chair, dans leur cœur et dans leur esprit. Ravivons la foi de notre baptême, la foi en la vie qui se reçoit et qui se donne que nous célébrons en chaque eucharistie.
Amen.

Fête du Baptême du Seigneur
Lectures bibliques : Isaïe 42, 1-7; Psaume 28; Actes 10, 34-38; Matthieu 3, 13-17

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