Basée aux Pays-Bas, Portes Ouvertes répertorie depuis 1993 les 50 pays où il est le plus dangereux pour les chrétiens de vivre et de professer leur foi. Pour la quatrième fois consécutive, et pour la 24e fois depuis la première publication de l’Index, la Corée du Nord arrive en tête du classement.
Globalement, un chrétien sur sept est persécuté dans le monde, montre le rapport de Portes Ouvertes publié le 14 janvier 2025 (qui porte sur la période comprise entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025). Les chiffres sont éloquents: 4849 chrétiens dans le monde ont été tués en raison de leur pratique religieuse, contre 4476 relevés dans l’Index 2025. «Le nombre réel de victimes est probablement plus élevé», indique l’ONG.
Le nombre d’agressions sexuelles, de viols et de mariages forcés liés à la foi chrétienne des victimes est passé de 3944 (2025) à 5202. Les attaques contre des églises ou des institutions religieuses ont, par contre, fortement diminué, passant de 7679 (2025) à 3632.
C’est en Asie que les chrétiens sont le plus en danger. Deux chrétiens sur cinq sont persécutés sur ce continent, affirme l’association, contre 1 sur 5 en Afrique
Ainsi, après la chute du dictateur Bachar al-Assad, la violence à l’encontre des chrétiens a considérablement augmenté en Syrie. Ce pays est passé du 18e au 6e rang de l’Index mondial de persécution de Portes Ouvertes. Au moins 27 chrétiens syriens ont été tués en raison de leur foi, contre aucun l’année précédente. Cette augmentation est le fait de l’attentat suicide contre l’église grecque orthodoxe Mar Elias à Damas, en juin 2025, lors duquel 22 chrétiens sont morts et 63 autres ont été blessés.
La violence à l’encontre des chrétiens s’exprime encore dans le pays par d’autres types d’exactions. À Hama, des hommes armés non identifiés ont attaqué l’archidiocèse grec orthodoxe, détruisant des biens appartenant à l’église et des symboles religieux, et profanant des tombes dans un cimetière chrétien voisin. Dans d’autres régions de Syrie, des églises ont été attaquées et des écoles chrétiennes ont été momentanément fermées.
«L’attaque de Damas a incité de nombreux chrétiens à ne plus se rendre à l’église», constatent les rapporteurs de Portes Ouvertes. La crainte de nouvelles attaques et la montée du radicalisme islamique ont poussé les croyants à cacher les symboles chrétiens et à éviter toute manifestation publique de leur foi.
«Lorsque le régime d’Assad est tombé, en décembre 2024, un optimisme prudent s’est installé, laissant penser que les chrétiens de Syrie pourraient trouver un répit avec la coalition HTS (Hay’at Tahrir al-Sham) au pouvoir. Au lieu de cela, nous avons assisté à un revirement désastreux», commente Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse. «Cette réalité difficile exige une attention urgente: lorsque la protection de l’État s’effondre et que les idéologies extrémistes comblent le vide, ce sont les minorités religieuses qui en paient le prix. Le monde ne doit pas détourner à nouveau le regard.»
Il ne reste actuellement plus que 300’000 chrétiens en Syrie – des centaines de milliers ont quitté le pays. Une évolution similaire s’est déjà produite en Irak et s’observe actuellement dans tout le Proche-Orient, indique Portes Ouvertes.
La violence contre les chrétiens a aussi augmenté de manière «historique» en Afrique subsaharienne où de nombreux pays sont, là aussi, gérés par des États faibles. Les 14 pays qui composent cette partie du monde comptent plus de 721 millions d’habitants et près de la moitié d’entre eux sont chrétiens.
«La faiblesse des gouvernements crée un vide de pouvoir qui est comblé par des islamistes militants »
Si le Nigeria reste un «épicentre mondial de la violence meurtrière contre les chrétiens», avec 3490 chrétiens tués dans le monde en raison de leur foi, le Soudan et le Mali sont clairement devenus très dangereux pour eux. Au Soudan, 9,6 millions de personnes ont fui la guerre civile qui oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide. Ces deux belligérants «prennent régulièrement pour cible les chrétiens afin de renforcer leur profil islamique, analyse l’ONG évangélique, selon un schéma qui se retrouve dans toute la région».
«La faiblesse des gouvernements crée un vide de pouvoir qui est comblé par des islamistes militants. Ils opèrent en grande partie sans entrave dans certaines régions du Burkina Faso, du Mali, de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine, de la Somalie, du Niger et du Mozambique.»
Au-delà de la violence physique, l’Index mondial de persécution 2026 documente une autre évolution qui menace la liberté religieuse des chrétiens. Dans certains pays, les églises sont poussées dans la clandestinité par la surveillance étatique et une réglementation stricte. C’est le cas en Algérie, où les églises protestantes ont dû fermer leurs portes dès 2024, poussant les chrétiens à l’isolement. Les autorités de ce pays ont aussi fermé un groupe Facebook chrétien comptant plus de 50’000 abonnés. «Plus de 75% des chrétiens algériens ont perdu le contact avec leur communauté», s’alarme Portes Ouvertes.
Une dynamique similaire est observée en Chine. Les réglementations de septembre 2025 sur le comportement en ligne des ecclésiastiques interdisent les applications bibliques, les collectes de fonds et le travail auprès des jeunes, et exigent des chefs religieux qu’ils soutiennent le Parti communiste. Les églises de maison indépendantes, qui se réunissaient autrefois dans de grands centres commerciaux, se sont scindées en petits groupes de 10 à 20 personnes se réunissant dans des maisons privées.
Ce schéma s’étend également à la Tunisie, à la Mauritanie et au Vietnam, où des contrôles bureaucratiques plus stricts, la surveillance et des restrictions en tous genres isolent les chrétiens de leurs communautés. (cath.ch/com/lb)
Lucienne Bittar
Portail catholique suisse
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