La révélation d’un «mal-être» de la société actuelle
Paris, 21 juin 1999 (APIC) Les causes du dopage ne traduisent-elles pas un certain mépris de la vie? " Elles révèlent en tout cas une abdication de la maîtrise de soi, un affaiblissement du sens de la responsabilité personnelle et de la liberté de l’être humain créé à l’image du Dieu créateur «, souligne dans une déclaration le comité épiscopal français du tourisme et des loisirs.
Ce comité existe au sein de la Commission sociale des évêques de France et est présidé par Mgr Jacques Noyer, évêque d’Amiens. S’il publie sa déclaration à la veille du Tour de France, c’est parce qu’il a été très actif surtout en 1998, dans le cadre du «Mondial» du football.
Pourquoi les évêques s’intéressent-ils à cette question ? Parce que le dopage est une pratique très répandue. Parce que, si le Comité international Olympique, le Conseil de l’Europe, les pouvoirs publics, les Fédérations sportives ont agi contre ce fléau, ni les interrogations ni les suspicions n’ont pris fin. Or le dopage pose des questions majeures, tant pour les sportifs que pour ceux qui les entourent: «Il menace la vie personnelle, familiale et sociale des premiers; il met en cause la déontologie des seconds, explique la déclaration. Il nous conduit aussi à nous interroger sur la manière dont fonctionnent les organisations et les institutions du monde du sport. C’est tout le système sportif qui peut être ainsi atteint dans une société de plus en plus perméable aux influences de puissances financières ou commerciales de dimension internationale».
Le sport pris en otage
La déclaration le rappelle: le dopage ne date pas d’aujourd’hui. Déjà à Olympie, lors des «premiers jeux», on cherchait à améliorer les performances des athlètes en leur faisant absorber des matières organiques qui stimulaient leur énergie. La nouveauté consiste à recourir systématiquement aux produits chimiques qui menacent la santé et l’intégrité de la personne humaine.
Contre les bénéfices d’une performance, le suivi médical suffira-t-il pour éviter les conséquences néfastes à long terme pour la santé? «Notre société attend que le sport soit porteur d’un certain idéal d’équilibre, de loyauté, de respect de l’adversaire et d’esprit d’équipe, observe la déclaration. Si l’exploit sportif devient spectacle, si le sportif n’est plus qu’un agent commercial, si le club devient une société à but lucratif, le sport est pris en otage et perd sa signification première. Déjà, dans un passé récent, la pratique du dopage s’était institutionnalisée dans certains pays pour exploiter les sportifs à des fins de propagande politique. D’autres intérêts peuvent aujourd’hui pousser à reproduire semblables situations. «
La déclaration le note que le dopage sportif est rarement mis sur le même pied que la pharmacothérapie, devenue banale dans d’autres secteurs de la vie. Est-ce le signe qu’on ne se résigne pas à voir le sport renoncer à son idéal? Il faut d’autant plus veiller à ne pas le laisser dériver sur des terrains où il n’est plus qu’apparence: «La lutte contre le dopage serait vaine si le sport lui-même perdait son âme».«
La définition du dopage par l’interdit légal des substances utilisées ne développe-t-elle pas une mentalité du «pas vu, pas pris»? «On apprend à tricher comme on le fait déjà, hélas, dans le jeu et la compétition, relève le texte. L’utilisation des produits «masquants» et des méthodes cherchant à déjouer toute détection détruisent le climat de loyauté et de vérité.
Gagner à tout prix
Le comité épiscopal s’est penché aussi sur les causes du dopage, à commencer par la volonté de gagner à tout prix et de maximaliser les performances: «L’esprit de concurrence nationale et internationale, le prestige du sport et sa puissance médiatique portent les forces économiques à sponsoriser les athlètes et les organisations sportives. Face aux intérêts financiers en jeu, les exigences des résultats entraînent une escalade du dopage».«
D’autres causes sont le fait que l’institution sportive elle-même, obligeant le sportif à des compétitions de plus en plus nombreuses avec des délais de plus en plus rapprochés, pousse à recourir aux substances actives de récupération rapide; l’’appât du gain pour les sportifs et le souci de rentabiliser les investissements de leurs sponsors ; l’attitude d’un public toujours plus insatiable, qui réclame des succès et ne pardonne pas les échecs. Enfin, si le monde sportif est l’objet d’une attention spéciale, l’homme actuel vit dans un univers de banalisation du recours à des produits pharmaceutiques. Il utilise de plus en plus de soutiens et de stimulants d’ordre médicamenteux. Les exemples ne manquent pas, depuis celui de l’étudiant devant le stress de l’examen jusqu’à celui de la personne angoissée en quête de tranquillisants et d’antidépresseurs.
Tous concernés
Le comité épiscopal du tourisme et des loisirs pose alors la question: «Toutes ces causes ne traduisent-elles pas un certain mépris de la vie? Elles révèlent en tout cas, souligne-t-il, une abdication de la maîtrise de soi, un affaiblissement du sens de la responsabilité personnelle et de la liberté de l’être humain créé à l’image du Dieu créateur».
L’Eglise, dont la mission d’éducation est, selon le mot de Paul VI, de «promouvoir le libre développement de tout l’homme et de tout homme», se doit d’être particulièrement vigilante sur une situation qui tend à nier la valeur de la vie humaine. Elle apprécie les initiatives prises tant par les pouvoirs publics et les institutions que par les fédérations sportives pour combattre les pratiques du dopage, leurs effets néfastes et leurs causes.
L’Eglise invite chacun à promouvoir une réflexion afin de réagir, à court et à long terme, contre une pratique qui nuit à la vie humaine et à ses droits les plus fondamentaux. Elle encourage plus particulièrement les milieux éducatifs de l’enfance et de la jeunesse (écoles, aumôneries, mouvements…) à promouvoir toute réflexion et à s’associer à toutes démarches qui éveillent une prise de conscience personnelle et collective. Elle recommande aux parents de relativiser succès et échecs sportifs de leurs enfants au profit de l’épanouissement et du respect de soi et des autres et leur demande d’encourager les éducateurs de leurs enfants à aller aussi dans ce sens. Elle souhaite que les médias sportifs, dans leurs reportages, soient toujours respectueux de la personne humaine et de son image.
«Le développement du dopage dans le sport révèle le «mal-être» de la société humaine de notre temps et sa quête de sens, conclut le comité épiscopal. L’Eglise a mission de rappeler la vocation de l’homme créé par Dieu et sauvé en Jésus Christ pour être, dans la liberté de l’Esprit, témoin de la vie dans le monde… Elle désire ouvrir le dialogue avec tous ceux qui ont le souci de l’homme dans son activité sportive et de loisir.
«Le sport, de l’école au plus haut niveau, du stade à la télévision, peut inviter les hommes à se dépasser et à se rencontrer. Il peut parfois brûler dans la gloire d’un instant la santé d’une vie. Il peut faire d’un jeu de copains une rivalité d’ennemis. Ne renonçons pas à en faire un lieu d’épanouissement et de rencontre, d’ouverture et de fraternité». (apic/cip/snop/pr)
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