L’attestation de consultation modifiée à la demande du pape

Allemagne: L’Eglise catholique reste dans le système de conseil aux femmes enceintes

Bonn,

(APIC) L’Eglise catholique allemande va rester dans le système étatique de conseil aux femmes enceintes en difficultés. A la demande du pape, l’attestation exigée par la législation allemande sera cependant modifiée grâce à l’ajout d’un additif précisant qu’un tel certificat ne pourra être utilisé pour une interruption de grossesse dépénalisée, a révélé mercredi à Bonn Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande. Avec cette solution, les évêques allemands semblent avoir préservé l’unité au sein de l’Eglise allemande et avec Rome.

La décision d’accepter ou non une telle adjonction reviendra aux différents Länder. Les nouvelles attestations ne seront pas émises avant le 1er octobre. Mgr Lehmann a demandé aux instances étatiques de les accepter, car elles correspondent à toutes les dispositions légales.

Au cours d’une conférence de presse, le président de la Conférence épiscopale allemande a reconnu que l’adjonction proposée pourrait susciter gêne et incompréhension voire même être considérée comme une « provocation », mais l’Eglise devra y faire face. Ne sachant pas si les instances étatiques accepteront la position de l’Eglise – « je ne suis pas prophète », a-t-il souligné à cette occasion – Mgr Lehmann a souhaité cependant qu’il n’y ait pas de « fixations prématurées » du côté politique. L’évêque de Mayence a une fois encore souligné que le pape Jean Paul II n’avait demandé aux évêques allemands ni de sortir du système de consultation ni exigé la fin des certificats. Mgr Lehmann en a profité pour critiquer les commentaires médiatiques et les opinions exprimées sur le sujet avant que le contenu exact du message romain ait été connu.

Le texte complet de la lettre du pape adressée le 3 juin aux évêques allemands concernant la présence des catholiques au sein du système étatique de consultation pour les femmes enceintes a été dévoilé mardi par la presse allemande. Le pape demande en fait que les attestations délivrées par les centres de consultation catholiques ne puissent plus servir à procéder à des avortements dépénalisés selon l’article 218 du code pénal allemand. Le texte même de l’attestation devra mentionner explicitement cette réserve.

Clarification du rôle des centres de consultation catholiques

La proposition de solution de la majorité des évêques allemands, réunis lundi et mardi à Würzburg, prévoit un « plan d’aide et de conseil » conséquent en faveur des femmes enceintes vivant des situations conflictuelles. Ce plan offre une série d’éléments orientés clairement vers le bien de la femme enceinte et la protection de l’enfant à naître, reconnaît de son côté le pape. Pour les évêques allemands, cette aide doit rendre encore plus compréhensible et plus claire dans la société allemande que le but des centres de consultation de l’Eglise est le soutien aux femmes en situation de conflit et la défense du droit à la vie de l’enfant à naître.

L’attestation écrite de la consultation, exigée par la loi pour que l’éventuelle interruption de grossesse soit dépénalisée, sera par conséquent modifiée, pour que la qualité juridique et morale de ce document produit sur demande soit sans équivoque: il ne mentionnera que le but du conseil et de l’aide. A la fin, il sera précisé: « Ce certificat ne peut pas être utilisé pour réaliser des avortements dépénalisés ». Les évêques allemands, pressés par les mouvements catholiques, les organisations de femmes et quasiment l’ensemble des forces politiques allemandes – démocrates chrétiens compris -, restent ainsi dans le système de consultation. Mais ils insistent encore davantage et de façon encore plus explicite qu’auparavant sur le sens de cette présence, à savoir un engagement sans compromis pour la défense de la vie.

Sentiments mitigés en Allemagne

Le Comité central des catholiques allemands (ZdK), qui avait fait part la semaine dernière de sa « profonde déception » à l’annonce de la demande supposée du pape de sortir du système étatique, a salué mercredi le maintien de la présence de l’Eglise dans les centres de consultation pour les femmes enceintes. Hans Joachim Meyer, président du ZdK, a exprimé à Bonn l’espoir que l’attente des évêques allemands se réalise. A savoir que le complément au certificat demandé par le pape puisse mettre un terme aux conflits du passé. Caritas s’est également dit soulagée par la solution trouvée par les évêques allemands.

Son de cloche plus critique du côté des mouvements de base comme « Nous sommes l’Eglise », qui parle, lui, d’ »artifices formels ». Porte-parole et responsable du mouvement, Christian Weisner reconnaît certes les efforts que les évêques allemands ont faits pour rester dans le système de consultation. Mais l’additif exigé par Rome signifie de fait une grande incertitude pour les femmes qui fréquentent les centres de consultation catholiques. Ce procédé ne rend pas services aux femmes, surtout pas à celles qui ont le plus besoin des conseils des institutions de l’Eglise, affirme-t-il.

L’association « Dignité de la femme », proche de « Nous sommes l’Eglise », considère toujours comme nécessaire de trouver un autre support juridique pour les centres de consultation catholiques. Elle se tourne vers la Caritas, le ZdK et le Service social des femmes catholiques (SkF). Le SkF de son côté accueille favorablement le compromis des évêques allemands, estimant qu’il s’agit là d’une clarification attendue depuis longtemps, démontrant que le dispositif de consultation légale était compatible avec le souci pastoral de l’Eglise.

Un avenant légal ou illégal ?

Auprès de l’alliance verte, le ton est plus polémique. Porte-parole des « Bündnisgrünen » pour les questions de politique ecclésiastique, Christa Nickels estime que « l’additif illégal » apposé sur le certificat de consultation remet en question le financement des centres agissant ainsi. Pour la militante verte, le travail de conseil dans le sens voulu par le législateur n’est plus garanti. Ce n’est pas l’avis d’Ernst-Wolfgang Böckenförde, ancien juge à la Cours constitutionnelle, qui considère que le certificat modifié correspond aux dispositions légales en vigueur en Allemagne. Du côté des évêques allemands, on exprime la satisfaction d’avoir, dans cette délicate question, préservé l’unité dans ses propres rangs et avec Rome. Même si Mgr Karl Lehmann, mercredi à Bonn, a qualifié de « décevante » la façon dont les évêques allemands ont été traités par Rome ces derniers mois, même s’il y a toujours eu un accord fondamental en la matière. (apic/kna/be)

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