Jacques Berset, pour cath.ch
Le jeune évêque de 55 ans a été dès son adolescence fasciné par la force que représentent la foi et le témoignage des martyrs pour s’opposer aux systèmes totalitaires, que ce soit le nazisme ou le communisme. Il a étudié la théologie à l’Université de Fribourg, à Vienne et à Innsbruck. Cette résistance aux totalitarismes a forgé ses convictions. Ce n’est pas pour rien qu’il a rédigé son travail de licence en théologie sur le théologien protestant allemand Dietrich Bonhoeffer. Ce membre de l’Eglise confessante opposée au nazisme et à l’emprise que le régime hitlérien voulait exercer sur le protestantisme allemand par le biais des «Chrétiens allemands» l’a payé de sa vie. Bonhoeffer fut pendu par les nazis le 9 avril 1945 au camp de concentration de Flossenburg.
Dans son homélie, l’évêque saint-gallois a relevé qu’en tant que chrétiens, «nous ne devons pas renoncer à la vérité», selon les mots du cardinal Kurt Koch, nouveau président d’«Aide à l’Église en Détresse» et cette vérité rend libre. Mais si l’évêque dit vouloir promouvoir la foi chrétienne, s’appuyant sur un amour qui n’exclut rien ni personne, «je ne peux contraindre ni forcer personne à adhérer à cette foi chrétienne, car Dieu ne veut pas d’une confession forcée, ni d’une conversion violente».
«Je ne veux pas d’un État théocratique chrétien»
On ne peut croire que dans la liberté, insiste l’évêque de Saint-Gall, «c’est pourquoi je ne veux pas qu’un État impose la foi chrétienne par la force et la violence. Je ne veux pas d’un État théocratique chrétien. Je veux un État qui respecte et protège la liberté de religion pour tous. Et je ne veux pas d’une Église qui impose ses revendications religieuses par la violence!»
Mgr Beat Grögli déplore qu’aujourd’hui encore prévale la loi du plus fort: les hommes de pouvoir imposent sans vergogne leurs propres intérêts et se moquent du droit international, la fin justifie tous les moyens. «C’est une catastrophe, dans ce poker du pouvoir, tout le monde finit par perdre!» Et de souligner que le service religieux de ce dimanche est célébré en lien avec les grandes préoccupations d’«Aide à l’Église en Détresse» (ACN). Cette œuvre d’entraide sait où cela mène lorsque la liberté de religion n’est pas respectée dans tant de pays dans le monde, a-t-il souligné. Et de saluer l’aide qu’ACN apporte aux chrétiens persécutés et l’information qu’elle fournit pour faire connaître leur situation tragique.
Lors des intentions de messe lues par les collaborateurs d’ACN, il a d’abord été fait mention de la catastrophe de Crans-Montana et des jeunes gens dont la vie s’est terminée si soudainement et si cruellement. Une première bougie a été allumée sur l’autel pour Arthur, Charlotte, Emmanuele et pour tous ceux qui ont perdu la vie ou ont été gravement blessés, pour tous ceux qui ont été touchés et pour leurs familles.
La deuxième bougie a été allumée sur l’autel pour les 200 prêtres qui ont été enlevés l’an dernier au Nigeria. Certains ont été libérés, d’autres ont été assassinés ou sont morts à la suite de mauvais traitements. La troisième bougie était dédiée à la situation des femmes au Pakistan, souvent victimes de conversions forcées, de mariages sous la contrainte et de violences sexuelles, à l’exemple de Saba, une chrétienne de 14 ans, qui a été droguée par ses voisins islamistes pour être vendue à des fins de mariage. ACN soutient la démarche des évêques afin qu’elle soit libérée.

La quatrième bougie a été allumée pour Rufinus Tigau, un professeur de religion de 28 ans, qui a été abattu sans raison par les forces de sécurité indonésiennes le 26 octobre 2020 en province de Papouasie, pour avoir tenté de négocier avec des policiers lors d’une opération de ratissage dans un quartier d’habitation.
A la conclusion de la messe, animée par la yodleuse Nicole Flühler et le club de yodel d’Alpnach (Obwald), Lucia Wicky, une collaboratrice de longue date d’ACN, a remis à Mgr Grögli une icône peinte sur le couvercle d’une caisse de munition américaine livrée à l’armée ukrainienne. La collecte de ce dimanche était destinée aux chrétiens du Nigeria vivant dans des situations de violence et victimes d’actions terroristes. Ainsi les déplacés internes vivant dans des camps pourront recevoir des vivres, bénéficier de soins psychologiques et d’une assistance pastorale. (cath.ch/be/rz)
Mgr Beat Grögli, très tôt sensibilisé à l’oppression
Très tôt sensibilisé au sort des populations vivant dans des systèmes oppressifs, notamment durant ses études à Innsbruck, le jeune évêque a fait en 1996 un premier voyage en Ukraine, à Lviv (anciennement Lemberg) et à Kiev. «J’ai tout de suite ressenti ce que vivait l’homo sovieticus, ce que produisait un système totalitaire sur l’être humain: l’apathie, une personnalité sans vision, sans espérance», confie-t-il à cath.ch. «On a aussi apporté du soutien à un prêtre de Chine populaire, qui faisait sa licence et son doctorat à Innsbruck et aujourd’hui pastoralement actif près de Pékin. Je suis toujours en contact avec lui par courriel, mais je vois qu’il est sous surveillance et je dois lire ses messages entre les lignes… Mais sa décision de rentrer au pays dans ces circonstances, malgré la pression, m’a fait une grande impression!»
L’évêque de St-Gall a aussi été Impressionné par le témoignage du martyre de Mgr Oscar Arnulfo Romero, assassiné par un escadron de la mort d’extrême droite pour avoir dénoncé les massacres de population civiles par l’armée salvadorienne. Mgr Grögli connaît aussi la contribution de l’Eglise en Colombie, qui milite pour la paix en encourageant le dialogue entre les parties en conflit.
C’est cette même volonté de dialogue et de pacification qui l’a incité, lors de son ordination, à faire la collecte en faveur de la communauté de Mar Moussa, en Syrie, engagée dans le dialogue spirituel avec les musulmans et dans l’action sociale. Mgr Grögli précise encore que c’est grâce à la Communauté Sant’Egidio à Rome, une communauté regroupant des laïcs impliqués dans la lutte contre la pauvreté et pour la paix, qu’il a découvert le livre d’Andrea Riccardi, fondateur de Sant’Egidio, «Ils sont morts pour leur foi: La persécution des chrétiens au XXe siècle». Instituée par le pape François en vue du Jubilé de 2025, la ‘Commission des nouveaux martyrs – témoins de la foi’, a été chargée de recueillir un catalogue de tous ceux qui, depuis l’an 2000, ont «versé leur sang pour confesser le Christ et son Évangile». Elle a confié à Andrea Riccardi ces recherches effectuées à partir de plus de 9’600 témoignages. BE
Rédaction
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