Père Fortunato: «L’Année sainte m’a apporté une profonde joie intime»

En tant que directeur de la communication de la basilique St-Pierre, le Père Enzo Fortunato a été fortement sollicité durant l’Année sainte qui vient de s’achever. Mais le prêtre italien garde surtout en mémoire la ferveur et la joie des pèlerins alors que la Porte sainte a été récemment murée pour les 25 prochaines années.

Le Père Enzo Fortunato a de nombreuses tâches au Vatican. En tant que directeur de la communication de la basilique St-Pierre, il est notamment le «gardien» de la Porte sainte, qui a été un passage obligé pour presque tous les pèlerins venus massivement à Rome à l’occasion du Jubilé. cath.ch, qui l’avait rencontré une première fois au Vatican en janvier 2025, l’a recontacté pour savoir comment il avait traversé cette période particulière.

Sait-on combien de personnes sont passées par la Porte sainte de St-Pierre?
Enzo Fortunato: Le Vatican a donné le chiffre de 33 millions. C’est réaliste parce que pratiquement tous les pèlerins venus à Rome ont voulu faire ce geste hautement symbolique.

La gestion de tout cela a dû être compliquée…
Oui, bien sûr, il y a énormément d’aspects à couvrir. Il faut courir partout, être tout le temps au téléphone et la fatigue est là, bien sûr. Mais tout cela n’est rien comparé aux bienfaits spirituels de cette période où Rome a été emplie d’une ferveur et d’une liesse inoubliables.

«Dieu a donné au pape François une grâce particulière en lui permettant de partir le Lundi de Pâques d’une Année sainte»

Justement, comment avez-vous passé cette année jubilaire si particulière?
Je l’ai passée avec une profonde joie intime. Et aussi, paradoxalement, avec une grande paix intérieure. Une paix qui m’a été offerte par la possibilité de voir et de rencontrer les pèlerins dans la basilique. La grâce de Dieu peut être transmise et c’est justement ce dont j’ai bénéficié lors de cette Année sainte. Cela a donc été une grande bénédiction.

Lors des rencontres avec les pèlerins, des anecdotes vous ont-elles spécialement touché?
Même sans parler avec les personnes qui passaient par la Porte sainte, j’ai été ému par leur visage. Beaucoup étaient en larmes, c’était très fort. J’ai pu entendre de très nombreuses histoires. Mais je crois que celles qui m’ont le plus touché concernaient les pèlerins qui ont fait le voyage jusqu’à Rome à pied.

Il y a peut-être quelque chose de plus intense chez eux. Atteindre le but de la Porte sainte après tant d’efforts rend la démarche certainement plus significative. Je suis sûr que cette ancienne et traditionnelle façon de faire pèlerinage recèle une force supplémentaire.

Comment avez-vous vécu le décès du pape François?
J’ai été très touché. Je le connaissais très bien et il était comme un père pour moi. Je pense que Dieu lui a donné une grâce particulière en lui permettant de partir le Lundi de Pâques d’une Année sainte. Dans tout Rome, il y avait une grande émotion, partagée par les pèlerins qui étaient là.

Plus de 33 millions de personnes sont passées par la Porte sainte de la basilique St-Pierre durant l’Année sainte | © Raphaël Zbinden

Avez-vous déjà rencontré le pape Léon XIV?
Je l’ai déjà rencontré deux fois. J’en ai retiré une très bonne impression, c’est quelqu’un de merveilleux, de très humble. Je crois qu’il est la personne appropriée pour guider l’Église aujourd’hui. Il va certainement le faire dans un style autre que celui de François, peut-être avec plus de discrétion et de circonspection.

Quels seront selon vous les fruits de ce Jubilé?
Sur le plan individuel, je suis persuadé que les personnes qui ont fait le pèlerinage à Rome se sentiront renforcées sur leur chemin de foi. Dieu leur a accordé toute Sa grâce pour traverser les épreuves qui peuvent les attendre dans les années à venir. Je pense surtout aux personnes venues d’un pays en guerre.

Au niveau international, sans doute que les politiciens pourront être inspirés par cette Année sainte à accomplir des actions décisives et fortes pour le bien de l’humanité toute entière. Je pense par exemple à l’amnistie de certains prisonniers, comme il est de tradition dans les jubilés. Il faut aussi aller vers un désarmement global et l’abolition de la peine de mort.

L’année 2026, qui est le jubilé de saint François d’Assise, peut certainement aussi donner au monde un élan en faveur de la sauvegarde de la création, si chère à notre regretté pape François. (cath.ch/rz)

Murage de la Porte sainte et clôture définitive du Jubilé
Le vendredi soir 16 janvier 2026, le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique St-Pierre, a présidé en privé le rite du murage de la Porte sainte de la basilique St-Pierre de Rome. Il a «prié pour les nombreux pèlerins qui, pendant l’Année Sainte, ont franchi la Porte sainte», afin «qu’ils restent fermes dans la foi et dans la communion avec le Successeur de Pierre», rapporte Vatican News.
Il s’agissait de la dernière porte sainte murée des quatre basiliques papales de Rome ouvertes par le pape François entre le 24 décembre 2024 et le 5 janvier 2025. Elles ont été refermées entre le 25 décembre 2025 et le 6 janvier 2026. Chacune d’entre elles a ensuite été murée au cours d’une cérémonie privée entre le 13 et le 16 janvier. La cérémonie de St-Pierre a clôturé l’ensemble des cérémonies liées au Jubilé de l’espérance.

La cérémonie de murage de la Porte sainte de la basilique St-Pierre de Rome s’est déroulée le 16 janvier 2026 | © Vatican Media

Pour sceller la Porte sainte de St-Pierre (financée en 1949 par les diocèses de Bâle et de Lugano), les ouvriers de la Fabrique de Saint-Pierre y ont élevé un mur composé d’environ 3200 briques. À l’intérieur du mur un coffret en bronze a été placé, réalisé pour l’occasion et sur lequel ont été gravées les armoiries du pape François qui a ouvert le Jubilé ordinaire 2025, et du pape Léon XIV, qui l’a clôturé.
Dans le coffret, ont été déposés: une boîte métallique contenant le parchemin attestant l’ouverture et la fermeture de la Porte sainte, deux médailles de la première année du pontificat du pape Léon XIV, une médaille correspondant à la dernière année du pontificat du pape François, d’autres médailles en souvenir des dix années écoulées entre le dernier Jubilé, celui de la Miséricorde de 2016, et le Jubilé de l’espérance, ainsi qu’une médaille commémorant la vacance du Siège apostolique en 2025. La clé de la Porte Sainte a également été déposée dans le coffret. RZ

Le Père Enzo Fortunato avec une miniature de la Porte sainte de la basilique St-Pierre | © Raphaël Zbinden

Outre les aspects liés à la Porte sainte, le Père Enzo Fortunato préside le comité de la Journée mondiale des enfants. La première édition de cette grande rencontre entre le pontife et des enfants du monde entier a eu lieu en mai 2024. Presque 8’000 garçons et filles étaient présents autour du pape François pour l’occasion.
A cause de la mort de ce dernier, le 21 avril 2025, cette rencontre n’a pas eu lieu en 2025.
Le Père Fortunato dirige également la nouvelle ‘revue de la basilique’ qui s’intitule Piazza San Pietro. Le magazine se charge notamment de publier les réponses du pape François à des courriers qu’il reçoit.
Le directeur de la communication de la basilique est également la cheville ouvrière de la démarche de webcams installées au Vatican. Elles permettent aux fidèles qui ne peuvent pas se déplacer d’avoir une vue en direct sur la Place Saint-Pierre, le tombeau de saint Pierre et la Porte sainte. RZ

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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