Actualité: Il y a un an, Mgr Amédée Grab a été élu évêque de Coire pour succéder au très contesté Mgr Wolfgang Haas déplacé à Vaduz. Il a pris ses fonctions le 23 août 98. L’ancien évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, dresse un bilan pour l’APIC.

APIC – Interview

Rencontre avec Mgr Amédée Grab, évêque de Coire

La polarisation est un problème fondamental des diocèses suisses

Par Maurice Page, de l’Agence APIC

Fribourg, 24 juin 1999 (APIC) La polarisation dans les diocèses de Suisse a souvent pour cause le fait de coller des étiquettes sur les gens, estime Mgr Amédée Grab. Un an après sa nomination comme évêque de Coire, le président de la Conférence des évêques suisses est parvenu à sérieusement apaiser les tensions nées durant les 10 ans qu’aura duré « l’affaire Haas ».

Mgr Grab plaide pour une Eglise ouverte, où les groupes de sensibilités différentes puissent vivre en harmonie. Une Eglise où l’on s’attache plus aux personnes qu’aux étiquettes. Pour sa première année à Coire, le nouvel évêque explique avoir généralement rencontré une atmosphère positive.

APIC: Depuis votre élection à Coire, pour succéder à Mgr Haas, la situation s’est visiblement détendue. Quelles raisons y voyez-vous ? Est-ce seulement ’le ton qui fait la musique’ ?

Mgr Amédée Grab : Dans la mesure où les difficultés étaient d’ordre personnel, il est compréhensible qu’une autre personne contribue au changement de climat. Je ne peux pas juger si d’autres éléments ont joué un rôle car je ne suis en fonction que depuis à peine un an. Beaucoup des occasions de rencontres que j’ai eues sont dues au hasard du calendrier, selon les invitations. Je ne suis pas parti d’un plan préparé à l’avance. Mais les rencontres qui ont eu lieu se sont passées dans une atmosphère très positive.

APIC: Lors de ces rencontres, vous avez pu constater que beaucoup de choses étaient en suspend, sans avoir pu trouver d’issue…

A.G.: Oui sans doute. Certaines revendications et certains postulats ont été traités pendant des années sans jamais trouver une décision définitive. Je rencontre encore de très nombreux cas qui démontrent que pendant des années aucune direction générale reconnue n’a été possible.

APIC: Vous voulez dire que sous Mgr Haas, le diocèse de Coire n’a pas été suffisamment dirigé ?

A.G.: Dans son fondement, la direction était très claire, les buts de mon prédécesseur étaient connus, mais la forte résistance a conduit une situation où beaucoup faisaient ce qu’ils voulaient. Il y a aussi des milieux qui n’ont pas voulu de querelles ecclésiales et qui n’ont pas désiré prendre position contre l’évêque, en attendant simplement une période meilleure.

APIC: De manière générale on pouvait donc parler d’un climat totalement bloqué.

A.G.: Il n’était absolument pas pensable que dans un tel climat, on puisse planifier l’avenir. Tandis qu’une partie du clergé et des fidèles travaillaient de manière très engagée avec l’évêque, la plus grande partie menait une résistance passive ou active.

APIC: La question de la formation au séminaire a été un des principaux points de la querelle à Coire. Vous avez mis sur pied une Commission d’étude pour les questions de formation, mais vous avez maintenu à son poste de recteur du séminaire l’abbé Peter Rutz, membre de l’Opus Dei.

A.G.: Le fait qu’un recteur appartienne à un mouvement tel que l’Opus Dei n’est en soi pas essentiel. Il est cependant compréhensible que beaucoup de prêtres se posent la question légitime de savoir s’il n’y a personne dans le clergé diocésain qui soit capable de prendre la direction du séminaire. La Commission d’étude n’a pas pour but d’écarter une personne, mais doit se poser la question comment continuer pour donner au diocèse les meilleurs conditions pour une bonne relève.

A Coire, nous n’avons pas seulement un grand séminaire, mais aussi une Faculté de théologie ouverte à toutes les personnes, qu’elles désirent travailler ou non ensuite dans le diocèse. La question des lieux de formation ne peut pas se décider seulement à l’intérieur du diocèse de Coire. Je me fais du souci pour l’avenir de nos Facultés de théologie en général et je constate que la Suisse, qui est un petit pays, dispose d’un nombre relativement élevé d’écoles et de facultés dont l’avenir pose quelques questions.

APIC: Pensez-vous que nous avons trop de lieux de formation ?

A.G.: La nécessité d’une coordination est toujours plus sérieuse. Même si l’existence de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg est assurée par l’Etat, celle-ci connaît aussi une perte au niveau des étudiants. L’avenir de la Faculté de théologie de Lucerne est à voir en lien avec la préparation de la nouvelle loi cantonale sur l’Université. A côté de ces deux facultés publiques, deux autres en Suisse sont proprement ecclésiales : celle de Coire avec un très petit nombre d’étudiants immatriculés et celle italophone de Lugano qui, au contraire, est en pleine expansion. Je ne sais pas si nous avons trop de facultés, mais peut être en avons nous plus que ce que nous pouvons assurer financièrement.

APIC: Pour en revenir au séminaire de Coire, nombre de critiques estiment qu’il n’est pas souhaitable qu’un recteur représente et privilégie une spiritualité telle que celle de l’Opus Dei….

A.G. : Le recteur du séminaire Peter Rutz ne représente pas l’Opus Dei dans l’exercice de ses fonctions. Son appartenance à la prélature est une adhésion personnelle. Le fait que des religieux dirigent des séminaires est une tradition constante, par exemple en France. Un grand nombre de diocèses dans le monde n’ont pas dans leur clergé les forces nécessaires pour diriger un séminaire.

La malchance est que les critiques se sont concentrées sur une personne sans vraisemblablement se poser la question de savoir comment cette personne exerce sa fonction. Elle est étiquetée. C’est un problème fondamental dans nos diocèses suisses. La polarisation provient très souvent de l’image qu’on a à l’extérieur et de ce pourquoi on est sensé s’engager selon l’opinion générale. Mais cela n’a rien à voir ni avec les qualités humaines, ni avec les compétences.

APIC: A la fin du mois de mai vous avez ordonné cinq nouveaux prêtres à Coire. Vous les avez rendus attentifs à la fausse prétention à vouloir détenir seuls la vérité. Etait-ce une mise en garde?

A.G. : Oui, c’était un avertissement général à l’adresse des jeunes prêtres, qui sont peut-être des convertis et qui ont des convictions radicales inconditionnelles, mais qui courent le danger de perdre leur orientation lors du contact avec la réalité. Autrement dit : je dois reconnaître que lorsque quelqu’un ne partage pas ma vision d’une certaine réalité de l’Eglise, cela ne signifie pas que cette personne soit dénuée de toute inspiration et de toute fidélité ecclésiale. Selon les circonstances, il s’agit même d’un signe de Dieu à travers cette personne.

APIC: Vous appelez donc à la tolérance.

A.G.: C’est un appel à un dialogue plus approfondi, dans la fidélité à l’Esprit-Saint. Je ne désire pas inviter à un dialogue dans le sens d’un nivellement général mais au respect de ce que communique l’Esprit à l’Eglise, à travers des hommes et des femmes qui n’ont pas tous fait la même expérience spirituelle.

APIC: Les croyants zurichois sont ceux qui font le plus l’opinion dans le diocèse de Coire. A Zurich, on parle aujourd’hui d’un ’nouveau départ’. Comment voyez-vous la chose ?

A.G.: Je n’ai jamais eu l’impression que Zurich était particulièrement difficile. A travers les invitations, j’ai toujours refait la même expérience. Les catholiques zurichois ne sont pas des croyants qui auraient été engagés de manière spécialement critique envers le diocèse et l’Eglise. J’ai trouvé partout des personnes qui veulent vivre dans l’Eglise et qui sont heureuses de pouvoir avoir des relations plus normales avec le diocèse. Dans ce sens, les rencontres avec les diverses instances de l’Eglise zurichoise m’ont montré des gens qui s’engagent totalement et qui ne veulent rien d’autre que la réalisation des buts de l’Eglise dans une situation normale.

APIC: Zurich a pourtant été le lieu de la plus forte résistance à Mgr Haas…

A.G: Il y a eu d’autres endroits où cette résistance s’est exercée. Mais Zurich est un autre monde que la Suisse centrale ou les Grisons. C’est un milieu urbain où les catholiques sont en minorité et où la tolérance traditionnelle et la conscience œcuménique ont été cultivées. Cela à partir de la conviction que réformés et catholiques doivent travailler ensemble pour être les témoins de Jésus Christ. Cette ouverture est certainement un signe de l’Esprit.

APIC: Des cercles traditionalistes déplorent le départ de Mgr Haas et qualifient d’abus les développement actuels dans le diocèse. Comment réagissez-vous ?

A.G.: Je ne veux exclure personne. J’ai reçu aussi des chrétiens déçus. Je réponds à leurs lettres, je suis prêt à aller au devant de leurs attentes. Je crois simplement que eux aussi doivent pourvoir s’intégrer à une vie ecclésiale normale où tous ne pensent pas la même chose. Il ne me semble pas possible que quelqu’un puisse revendiquer pour lui tout seul la catholicité. Il me paraît évident qu’on ne peut pas se définir comme catholique, lorsqu’on ne veut pas et qu’on ne représente pas ce que l’Eglise catholique veut et représente. Mais dans ce que l’Eglise vit et expérimente de manière légitime, l’existence de groupes divers est compréhensible et justifiée.

APIC: Mgr Haas installé à la tête de l’archidiocèse de Vaduz nouvellement créé demeure votre voisin direct.

A.G. : La principauté du Liechtenstein est un Etat indépendant, c’est pourquoi l’archevêque de Vaduz n’est pas membre de la Conférence des évêques suisses. C’est un bon voisin avec qui j’entretiens des relations normales et fraternelles. Mais il ne m’appartient pas de donner un jugement sur la manière dont est administré l’archidiocèse.

L’incardination des prêtres a été précisée. Les prêtres qui travaillent dans la principauté du Liechtenstein mais qui veulent rester rattachés au diocèse de Coire ont pu choisir, quelques-uns ont agit dans ce sens. D’autres, incardinés à Coire, ont demandé au contraire de rejoindre le clergé de Vaduz, ce qui a également été fait. Parmi les candidats au sacerdoce, quelques-uns souhaitent être incardinés à Vaduz et non pas à Coire. Aussi longtemps qu’ils ne sont pas diacres, le choix est possible sans autres. On peut être incardiné dans n’importe quel diocèse du monde pour autant que l’évêque soit d’accord. (apic/mp)

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