«La dignité de la personne humaine» au cœur des débats
Bruxelles, 3 mai 1999 (APIC) Le drame du Kosovo est resté constamment en toile de fond du colloque organisé la semaine passée à Bruxelles par Caritas Secours International à l’occasion de ses 50 ans. Des responsables et des collaborateurs de l’organisation catholique de différents pays ont réaffirmé sous divers angles «la dignité de la personne humaine dans l’action humanitaire».
En 50 ans, bien des questions ont été soulevées à propos de l’aide d’urgence, de son efficacité. Ses effets pervers ont aussi été dénoncés: ne renforce-t-elle pas à long terme la dépendance des victimes? Ne sert-elle pas d’alibi à l’absence de projet politique à long terme? Aucune de ces questions n’a été esquivée par le colloque.
«La naissance officielle de Caritas Secours International (15 janvier 1949) et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (10 décembre 1948) relève un lien fondamental: il y a des victimes parce qu’il y a des conflits. Ceux-ci sont devenus multiples et souvent même structurels. Or tout conflit dérive d’une violation des droits humains», observe Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani (République démocratique du Congo) et président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM).
Que peut l’action humanitaire face aux conflits? C’est un appel à la raison et au cœur, à la liberté et à la responsabilité. L’action humanitaire, ajoute Mgr Monsengwo, sera d’autant plus efficace qu’elle passera du constat à la prévention des conflits. Ceux-ci, insiste-t-il, ne pourront être éradiqués que par la mise en place de systèmes respectueux de la dignité humaine, donc de l’Etat de droit.
Les besoins ne cessent de croître
Luc Trouillard, secrétaire général de Caritas Internationalis à Rome, emboîte volontiers le pas à Mgr Monsengwo: «Les conflits sont presque toujours le résultat d’un long processus, où le mépris des droits humains a nourri des haines, dont le conflit est l’expression et l’explosion». Autant dire que la violence ne se vaincra pas à coup de diplomatie ou d’interventions militaires: «la résolution du conflit relève d’une éducation à mener sur plusieurs générations».
Si l’aide d’urgence continue à mobiliser bien des efforts matériels au sein de Caritas Secours International, l’optique a considérablement évolué depuis 50 ans. Le drame des réfugiés du Kosovo comme celui du Rwanda précédemment ont montré notamment que l’aide humanitaire débordait largement les besoins alimentaires et les soins de santé pour s’étendre à l’accompagnement psychologique et socio-éducatif.
Vu l’accroissement des besoins, nombre d’opérations de Caritas sont cofinancées par ECHO, l’Office Humanitaire de la Communauté européenne. Avec 25 % de toute l’aide humanitaire, ECHO est devenu «le plus grand donateur au monde», constate un de ses responsables, Giorgio Guarneri, chargé des relations avec les organisations non gouvernementales (ONG). Si on y ajoute encore plus de 25 % globalisant les dons distincts des Etats membres de l’Union européenne, celle-ci contribue à plus de la moitié de cette aide humanitaire.
Les médias aggravent-ils les problèmes ?
L’action humanitaire ne peut plus aujourd’hui se passer des médias. Mais ceux-ci ne biaisent-ils pas et n’aggravent-ils pas les problèmes, du point de vue de «la dignité de la personne humaine». Els De Bens, professeur à l’Université de Gand, reste perplexe, surtout devant le poids de la télévision. Ses journalistes, dit-elle, «sélectionnent, interprètent, privilégient les images chocs et négatives d’une grande partie du monde. Des journalistes s’imaginent même que des images choquantes vont mobiliser davantage la solidarité avec les personnes en détresse. Ils oublient que la profondeur des détresses et que la plupart des victimes échapperont toujours à leurs caméras».
Le secrétaire d’Etat belge à la Coopération et au Développement, Réginald Moreels, plaide pour la force contraignante des droits humains. «Je n’accepterai jamais la sélectivité des interventions. Devant le génocide perpétré au Rwanda, ainsi que devant les crimes génocidaires commis à l’est du Congo, il y a eu, de la part de la communauté internationale, non-assistance des personnes en danger. Entre le pacifisme et l’activisme au nom des droits humains, il y aura toujours un devoir élémentaire: celui de protéger le droit à la vie». (apic/cip/ab)
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