Afrique: Des ONG dévoilent les armées d’enfants en Afrique
Berne, 4 mai 1999 (APIC) Tous les assassins avaient moins de 17 ans; plusieurs d’entre eux n’avaient pas plus de douze ans. Ils ont décapité une fille de quinze ans et ont joué à la balle avec sa tête. Terrible témoignage, celui d’une jeune Algérienne après un massacre dans son village, contenu dans le rapport de «Coalition pour arrêter l’utilisation des enfants-soldats». Une association qui a son siège en Suisse et réunit sept organisations non gouvernementales (ONG), dont «Amnesty International» et «Human Rights Watch».
D’après ce rapport, plus de 120’000 enfants de moins de 18 ans sont utilisés comme soldats en Afrique. Certains d’entre eux n’ont pas plus de sept ans. Les pays les plus touchés par ce phénomène: Algérie, Angola, Burundi, Congo-Brazzaville, République Démocratique du Congo, Liberia, Rwanda, Sierra Leone, Soudan, et Ouganda.
Les gouvernements pas meilleurs que les rebelles
Au Burundi, en plus du recrutement fait par l’armée, des groupes armés Tutsis, constituent des patrouilles d’enfants et de jeunes âgés de 12 à 25 ans, avec la permission des autorités. L’opposition armée des Hutus recrute elle aussi des enfants de moins de quinze ans. En Sierra Leone, les rebelles ont recruté de manière systématique des enfants, dont certains âgés de sept ans.
En Ouganda, la «Lord’s Resistance Army» (LRA: Armée de Résistance du Seigneur), qui s’oppose au gouvernement du président Museveni, enlève les enfants dans les écoles, dans les communautés et dans les maisons. Ceux qui tentent de s’enfuir ou de se cacher sont abattus, et le même sort est réservé à ceux qui tombent malades ou à ceux qui ne veulent pas combattre. Mais le gouvernement ougandais ne se comporte pas mieux que les rebelles: en janvier 1999, l’armée a tué froidement cinq enfants âgés de 14 à 17 ans, suspectés d’appartenir à la LRA.
Nombreux aussi seraient les enfants recrutés par l’armée régulière, en Ouganda, au Congo-Brazzaville, en République Démocratique du Congo, et en Angola. La plupart des pays africains fixent pourtant à 18 ans l’âge pour être appelé sous les armes ou pour s’engager dans l’armée. L’Angola a ramené cet âge minimum à 17 ans; l’Ouganda permet le recrutement à partir de 13 ans; l’Afrique du Sud accepte des volontaires à partir de 17 ans, mais envisage de porter la limite d’âge à 18 ans.
Les filles aussi
Le phénomène ne concerne pas seulement les garçons: de nombreuses filles sont recrutées pour combattre, et quand on ne peut leur donner de fusil, on les emploie à d’autres services. Le témoignage en a été donné par Concy, une Ougandaise de 14 ans. Elle a été enlevée à Kitgum, en Ouganda, et emmenée au Soudan par la LRA: " Au Soudan, nous sommes attribuées à des hommes; j’avais été remise à l’un d’eux qui venait de tuer sa femme». Même si elle n’est pas utilisée dans des opérations de guerre, une fille comme Concy vit la violence de la guerre: «Les filles qui refusent de servir d’épouses aux hommes de la LRA, sont tuées devant nous pour servir d’avertissement aux autres». (apic/cip/fides/ab)
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