Le cardinal Müller constate que l’on trouve, sur la Via della Conciliazione, beaucoup plus d’objets souvenirs avec le pape François qu’avec Benoît XVI. Le prélat allemand estime également que c’est le «fantôme» du pontife argentin et non celui de l’Allemand, qui a plané sur les travaux du consistoire extraordinaire de début janvier 2026. Une popularité et une influence posthumes qui n’ont pas l’heur de plaire à l’ancien «gardien du dogme».
Dans le journal Catholic Herald (28 janvier 2026), le cardinal qualifie la vénération des opinions privées et politiques du pape François «d’hérésie» et déclare qu’il est de son devoir de la critiquer. Pour lui, le culte d’un pape quel qu’il soit est d’ailleurs préjudiciable.
«C’est une critique des protestants que nous ayons fait du pape un second Dieu, a-t-il poursuivi (…) 500 ans plus tard, certains catholiques, par leur manque de retenue, donnent raison à ces critiques protestantes.»
Il a toujours été entendu que le pape était un évêque parmi d’autres évêques, rappelle-t-il; bien que possédant un charisme particulier: celui d’être, en tant qu’évêque de Rome, le successeur personnel de saint Pierre et le principe d’unité de l’Église. «Non pas une unité faite par l’homme, mais une unité donnée par la foi, par Jésus-Christ et par la vérité révélée.»
Le cardinal Müller a insisté sur le fait que les catholiques ne devaient pas tomber dans une posture spirituelle hérétique connue sous le nom «d’ultramontanisme », qui exagère le rôle et les doctrines entourant la papauté. «Il est le premier serviteur de l’Eglise, avec un rôle particulier, mais nous n’avons pas une Eglise centrée sur le pape. Dans le diocèse, nous n’avons pas une Eglise centrée sur l’évêque. Et dans la paroisse, nous n’avons pas une Eglise centrée sur le curé. Ils doivent guider le peuple, mais ils ne peuvent pas donner la grâce. Ils sont des instruments de la grâce.»
«Le pape n’est pas un Führer»
L’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi suggère que le pape émérite Benoît XVI était peut-être «trop intellectuel» pour susciter une adulation populaire comparable à celle de François. Mais il exhorte les catholiques à écouter et à lire son défunt compatriote s’ils veulent comprendre pourquoi les attitudes exagérées envers la papauté sont erronées. «Il [le pape Benoît] a critiqué la façon dont, à partir du XIXe siècle, un certain culte du pape s’est développé. Cela a à voir avec les médias de masse. Nous devons l’éviter. Le pape n’est pas un Führer.»
Le cardinal Müller explique qu’à travers l’histoire récente, notamment l’épisode du Kulturkampf, les catholiques ont, pour défendre le pape, développé «un certain culte» de ce dernier.
Il fustige au passage certains comportements de starification du pape par les fidèles. «Quand il entre dans la basilique Saint-Pierre, tout le monde le prend en photo. Non, ils devraient faire le signe de croix puisqu’ils sont bénis.»
Le prélat allemand, réputé conservateur, n’a jamais retenu ses critiques envers les décisions du pape François, notamment sur son attitude envers les divorcés remariés ou les homosexuels. «C’était une exagération de dire que chaque signification privée du pape est un dogme ou une interprétation de la vérité révélée», soutient-il au Catholic Herald. «Il n’y a pas de doctrine de François, il n’y a que la doctrine de l’Église, qui peut être exprimée par le pape.» (cath.ch/catholicherald/arch/rz)
Raphaël Zbinden
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