Dans sa lettre pastorale envoyée avant Noël 2025, l’évêque de Charlotte indique que les paroissiens ne peuvent plus utiliser les prie-Dieu et les balustrades d’autel pour l’eucharistie. Et Mgr Martin, parlant d’un effort pour «favoriser l’unité», précise que la manière moderne de communier est ‘debout’.
Une mesure très mal reçue par un certain nombre de fidèles, note le Washington Post (3 février 2026). Trente et un des 147 prêtres actifs du diocèse ont envoyé une lettre au Vatican, remettant en question le pouvoir de leur évêque d’interdire certaines façons de recevoir la communion. Cette vive réaction témoigne d’un conflit plus large au sein de la communauté catholique américaine, explique le journal.
Autrefois difficilement imaginable, la critique ouverte des évêques et des papes est devenue monnaie courante parmi une minorité restreinte mais croissante de catholiques conservateurs américains. Ces derniers ont récemment gagné en influence politique et culturelle. Des catholiques éminents tels que le vice-président des Etats-Unis JD Vance ou le podcasteur Stephen K. Bannon n’hésitent pas à critiquer les dirigeants de l’Eglise, jusqu’au pape. Ils ont fustigé les autorités ecclésiales pour leur soutien aux immigrés, mais aussi leurs efforts de limiter la messe en rite extraordinaire, comme l’avait fait François lors de son pontificat.
Pour John McGreevy, historien du catholicisme à l’Université de Notre Dame (Indiana), «ce qui semble être une lutte liturgique concerne en réalité l’avenir de l’Église». Selon lui, les catholiques opposés à Vatican II «ne se contentent pas de vivre et laisser vivre, mais s’orientent vers une fracture».
Les disputes sur la manière de prier ne sont pas nouvelles dans le catholicisme. Mais une pression accrue s’est fait sentir aux États-Unis au cours de la dernière décennie en raison de la croissance des communautés catholiques conservatrices.
A Charlotte, il s’agit d’une frange nombreuse et bien organisée. Elle a été soutenue pendant plus de 20 ans par l’évêque traditionaliste Peter Jugis, qui a favorisé l’essor de la messe préconciliaire. Mais ce n’est qu’au cours de la dernière décennie que des balustrades et des prie-Dieu ont été installés dans certaines églises. Et de plus en plus de personnes ont demandé au prêtre de déposer l’hostie directement sur leur langue, estimant cela plus respectueux que de la toucher avec la main.
Après le départ à la retraite de Mgr Jugis, en 2024, le pape François a nommé à sa place Mgr Martin, un franciscain tenant d’une ligne «progressiste». Avant sa lettre de décembre, le nouvel évêque avait déjà, en mai, mis fin à la messe en latin dans les quelques églises où elle était célébrée, l’autorisant encore dans une seule chapelle. Le prélat a précisé que, même sans les prie-Dieu, les fidèles pouvaient s’agenouiller par terre s’ils le souhaitaient.
Mais «les prêtres ne doivent pas inciter leurs fidèles à le faire comme si c’était ‘mieux’». La norme, a-t-il rappelé, est que les catholiques marchent en procession, puis se tiennent debout pour recevoir la communion. Ce qui est censé représenter «le cheminement de l’Église… comme un peuple pèlerin en route». Suite à la lettre des prêtres, il a assuré qu’il annulerait sa mesure si le Vatican l’exigeait.
«Si l’Église nous enseigne qu’il est normal de rester debout, alors c’est une marque de respect. Nous devons écouter l’Église», a déclaré Mgr Martin au Washington Post. «Si moi-même ou quelqu’un d’autre disons que ce n’est pas vraiment respectueux, où cela peut-il s’arrêter? Et si s’agenouiller ne suffisait même pas?» (cath.ch/washingtonpost/arch/rz)
D’après l’Instruction générale du Missel romain: «La norme pour la réception de la Sainte Communion dans les diocèses des États-Unis est de rester debout. Les communiants ne devraient pas se voir refuser la Sainte Communion parce qu’ils s’agenouillent. Il convient plutôt de traiter ces cas de manière pastorale, en fournissant aux fidèles une catéchèse appropriée sur les raisons de cette norme.»
Raphaël Zbinden
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/un-eveque-americain-precise-la-bonne-maniere-de-communier-debout/