Une «guerre juste» pour contrer «l’impérialisme serbe»
Cologne, 6 mai 1999 (APIC) Contrairement à des nombreuses personnalités catholiques, notamment le cardinal américain John Joseph O’Connor, qui a clairement remis en question la moralité des bombardements contre la Yougoslavie, le cardinal tchèque Miloslav Vlk s’est déclaré favorable aux frappes de l’OTAN. L’archevêque de Prague, lors de son passage cette semaine à Cologne, a souligné que pendant plus de huit ans la communauté internationale a tenté en vain de «réfréner l’impérialisme serbe» par le biais de la négociation.
Maintenant, a poursuivi le président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, la communauté internationale «n’est pas seulement autorisée mais également obligée d’empêcher l’assassinat des Kosovars et de leur restituer leur droit au retour dans leur patrie». Si dans les colonnes de son hebdomadaire diocésain, «Catholic New York», le cardinal O’Connor – qui ne peut être qualifié de pacifiste: il fut 27 ans aumônier militaire et finalement aumônier en chef de la marine des Etats-Unis – doute qu’il s’agisse là d’une «guerre juste», ce n’est pas le cas du cardinal tchèque.
Mgr Vlk estime qu’on doit considérer l’action de l’OTAN à la lumière de la doctrine de l’Eglise sur la «juste défense». L’archevêque de Prague et le porte-parole de la Conférence épiscopale catholique de Tchéquie ont révélé avoir reçu des menaces de mort en raison de leurs prises de position sur le conflit du Kosovo.
L’archevêque de Prague a relevé que l’échec de solutions politiques depuis l’agression serbe contre la Slovénie en 1991 avait également montré que l’Europe n’avait pas été en mesure d’élaborer une politique commune pour les Balkans. A la fin de ce siècle, l’Europe est toujours, selon lui, dans la même situation.
Sévère critique de l’Eglise serbe contre la politique de Milosevic et les frappes de l’OTAN
L’Eglise orthodoxe serbe, accusée souvent à tort de défendre des positions ultranationalistes parce qu’elle insiste sur l’importance du Kosovo (»notre Jérusalem à nous») pour la Serbie, vient d’adresser un sévère réquisitoire contre la politique de Milosevic et les frappes de l’OTAN. Le journal du patriarcat orthodoxe «Pravoslavije», qui ne peut paraître actuellement qu’au prix d’extrêmes difficultés, publie dans sa dernière édition une lettre pastorale très critique de Mgr Artemije Marko Radosalvjevic, évêque de Raska-Prizren, au Kosovo.
Mgr Artemije, qui avait déjà rédigé sa lettre au début avril, mais ne peut la publier qu’aujourd’hui, écrit que la direction du pays mène une politique erronée depuis dix ans et a ainsi conduit la population dans la grave situation actuelle. Dans le collimateur de l’évêque du Kosovo, les médias contrôlés par le pouvoir: ils publient des informations fausses ou des demi-vérités. Les Serbes du Kosovo sont instamment priés de renoncer à toute forme de violence et d’actions contraires à la loi. Et de mentionner les informations faisant état d’individus et de groupes qui profitent de façon honteuse des troubles au Kosovo pour s’emparer des biens d’autrui de façon illégitime, voler leurs voisins, enlever des gens, les chasser voire les tuer.
«On ne peut guérir le mal par le mal»
L’évêque de Raska-Prizren condamne aussi durement les attaques aériennes «sans aucune justification» contre la Yougoslavie, les qualifiant de «contraires au bon sens et criminelles». «On ne peut guérir le mal par le mal», écrit-il, et la violence ne peut pas soulager la souffrance des innocents au Kosovo, à quelque nation ou religion qu’ils appartiennent. Pour le prélat orthodoxe, le conflit du Kosovo va rester «une tache noire sur la conscience de l’humanité à la fin du XXème siècle.» Il estime que tout le mal qui est fait «reviendra finalement comme un boomerang». Dans ce contexte, Mgr Artemije met aussi en cause la responsabilité des autorités politiques de Belgrade pour les bombes qui tombent sur les sanctuaires, les maisons, les villes et les villages de la Serbie. En conclusion, l’évêque du Kosovo en appelle à ses fidèles pour qu’ils résolvent pacifiquement et dans la dignité tous les malentendus entre eux et avec les personnes d’une autre religion ou appartenance nationale. «C’est seulement ainsi qu’on peut avoir l’espoir que ce qui est fait aujourd’hui aux Serbes prenne fin et que des jours meilleurs viendront». (apic/kap/kna/be)
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