Evangile de dimanche: Meurtrier, meurtrière, moi?

Toute société édicte des lois, elles ont même tendance à se multiplier et «nul n’est censé ignorer la loi», affirme le code pénal! Bien sûr, il est normal pour tout groupe constitué de baliser le vivre ensemble. Mais le danger serait de penser que lois et décrets suffisent pour faire des citoyens et citoyennes, des personnes responsables et authentiques et leur assurer le bonheur!

 Or, en ce dimanche, c’est bien de Loi dont Jésus nous parle; il affirme: Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Comment l’entendre? Il ne projette donc pas de fonder une nouvelle religion, mais il veut rétablir la vérité de la révélation faite par Dieu à son peuple, en particulier par les prophètes, vérité mise à mal et pervertie dans la religion de son temps… et peut-être de tous les temps? A nous, de nous interroger.

« Il y a la Loi et il y a la justice. C’est la justice interprétée par les scribes et les pharisiens que Jésus remet en cause. »

Il y a la Loi et il y a la justice. C’est la justice interprétée par les scribes et les pharisiens que Jésus remet en cause. Dans la perspective du Royaume, est juste celui qui accueille dans sa vie les valeurs des Béatitudes. Il ne faut pas se contenter de suivre la Loi à la lettre, il faut la suivre dans son esprit.

Ici, Jésus en vient à la mise en œuvre concrète d’un style de vie enraciné dans les commandements reçus de Dieu au Sinaï. Ces dix Paroles ont été transmises par les anciens et interprétées par les guides spirituels d’Israël, les scribes. Mais Jésus prend ses distances par rapport à leur interprétation en revenant à la source divine de la Loi. Il y va de sa mission.

« C’est Lui qui a autorité sur la Loi et non l’inverse ! »

Faut-il dans le passage d’aujourd’hui opposer la rumeur: vous avez entendu qu’il a été dit… À la vigoureuse affirmation de Jésus: mais moi je vous dis! C’est Lui qui a autorité sur la Loi et non l’inverse. Dans l’évangile de ce dimanche, il retient trois points du Décalogue: le meurtre, l’adultère et le serment. Autrement dit ce qui relève de la violence, de la sexualité et de la parole, trois thèmes qui concernent l’existence humaine en son essence.

Il n’oppose rien, mais il invite ses auditeurs, comme les lecteurs que nous sommes aujourd’hui, à aller plus loin. Il ne s’agit pas seulement d’éviter le meurtre, mais déjà la colère; pas seulement l’adultère, mais d’abord la convoitise; pas du tout de serment ni faux ni vrai.

« Quand Jésus s’exprime, il s’agit de sentiments et de paroles… »

Il faut donc prendre le commandement ancien et entendre la manière dont Jésus en parle. Quand il est question de meurtre, c’est un acte. Quand Jésus s’exprime, il s’agit de sentiments et de paroles. Jésus met le sentiment et les mots prononcés contre autrui sur le même plan que le meurtre.

Voilà qui aggrave singulièrement le commandement initial et qui nous oblige à nous sentir concernés, car, si nous ne sommes pas des meurtriers aux yeux de la Loi, il y a bien des manières d’empêcher l’autre de vivre, de se mettre en travers de son bonheur ou de sa liberté, bien des manières de l’ignorer ou de le rayer des vivants qui nous intéressent.

Alors, meurtriers, meurtrières, moi? nous?

Sœur Véronique | Publié initialement le Vendredi 10 février 2023


Mt 5, 17-37

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
    Amen, je vous le dis :
Avant que le ciel et la terre disparaissent,
pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi
jusqu’à ce que tout se réalise.
    Donc, celui qui rejettera
un seul de ces plus petits commandements,
et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,
sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.
Mais celui qui les observera et les enseignera,
celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.
    Je vous le dis en effet :
Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

    Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne commettras pas de meurtre,
et si quelqu’un commet un meurtre,
il devra passer en jugement.
    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui se met en colère contre son frère
devra passer en jugement.
Si quelqu’un insulte son frère,
il devra passer devant le tribunal.
Si quelqu’un le traite de fou,
il sera passible de la géhenne de feu.
    Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel,
si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
    laisse ton offrande, là, devant l’autel,
va d’abord te réconcilier avec ton frère,
et ensuite viens présenter ton offrande.
    Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire
pendant que tu es en chemin avec lui,
pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,
le juge au garde,
et qu’on ne te jette en prison.
    Amen, je te le dis :
tu n’en sortiras pas
avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

    Vous avez appris qu’il a été dit :
Tu ne commettras pas d’adultère.
    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui regarde une femme avec convoitise
a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
    Si ton œil droit entraîne ta chute,
arrache-le
et jette-le loin de toi,
car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres
que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
    Et si ta main droite entraîne ta chute,
coupe-la
et jette-la loin de toi,
car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres
que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
    Il a été dit également :
Si quelqu’un renvoie sa femme,
qu’il lui donne un acte de répudiation.

    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui renvoie sa femme,
sauf en cas d’union illégitime,
la pousse à l’adultère ;
et si quelqu’un épouse une femme renvoyée,
il est adultère.

    Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne manqueras pas à tes serments,
mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

    Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout,
ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
    ni par la terre, car elle est son marchepied,
ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
    Et ne jure pas non plus sur ta tête,
parce que tu ne peux pas
rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
    Que votre parole soit ›oui’, si c’est ›oui’,
›non’, si c’est ›non’.
Ce qui est en plus
vient du Mauvais. »

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