Sant’Egidio vu par son fondateur, Andréa Riccardi
Dans une interview accordée à l’APIC, le fondateur de Sant’Egidio, Andréa Riccardi, professeur d’histoire du christianisme à l’Université romaine « La Sapienza », dresse un bref portrait de son mouvement.
« Notre charisme, c’est d’être l’Eglise de tous, et surtout des pauvres…être des chrétiens avec les démunis, insérés dans le monde contemporain. Nous sommes dans le quartier du Trastevere, au centre de Rome, dans la banlieue, et un peu partout. Nous nous consacrons aux personnes âgées, aux malades du sida, aux prisonniers. Nous prions ensemble. » Algérie, Burundi, Soudan, Mozambique, Guatemala, Kosovo, sont parmi les endroits chauds du globe où Sant’Egidio offre ses services pour la paix ».
« Au Mozambique, nous avons joué le rôle de médiateurs… Le Frelimo et la Renamo, qui se sont affrontés militairement pendant 16 ans, ont négocié durant deux ans et demi à la Communauté de la Piazza S. Egidio. La paix a été signée chez nous le 4 octobre 1992 ».
Au Kosovo, la violence était programmée
« Au Kosovo, nous avons travaillé pour la réouverture des écoles et de l’Université de Pristina dont étaient exclus les jeunes Albanais. Nous avons gardé des contacts avec les Serbes, pour maintenir l’accord scolaire signé par Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova. On avait bien expliqué au pouvoir serbe que c’était une folie de fermer les écoles pour les Albanais. On aurait dû continuer avec des accords différenciés sur le terrain. L’option de la lutte armée, celle de l’UCK, est une option que nous avions prévue depuis toujours. Les Kosovars ont perdu patience. La voie de la guérilla et des attentats n’est jamais une bonne voie. Ibrahim Rugova avait cherché la voie politique non-violente et nous avons appuyé les tentatives de réconciliation. Mais c’est aux Kosovars de choisir leur voie ».
Quelques inimitiés en Algérie
Certaines initiatives lui ont valu quelques solides inimitiés. Ainsi celle qui a abouti à la signature, le 13 janvier 1995, de la « Plate-forme de Rome » par les partis de l’opposition algérienne, réunis à Rome dans les locaux de la Communauté de Sant’Egidio. Cette « Plate-forme de Rome » a soulevé pas mal de questions, notamment de la part de Mgr Pierre Claverie, l’évêque d’Oran. Ce dernier estimait, dans un entretien accordé à l’agence APIC peu de temps avant son assassinat le 1er août 1996, qu’elle faisait la part trop belle au FIS, le Front islamique du salut, dont le refus de la violence armée était loin d’être explicite. (apic/be/ab)
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