Depuis le début de l’année, on a beaucoup parlé de l’action de la police de l’immigration aux USA et en particulier de la forte pression exercée par les milliers d’agents de l’ICE déployés à Minneapolis.
On y a décrit une présence accentuée de miliciens masqués procédant à des arrestations en pleine rue en fonction du profil ethnique, créant un fort sentiment d’insécurité chez les personnes non-blanches.
On aurait pu craindre que, dans le clivage politique entretenu par les dirigeants actuels, une partie de la population se solidarise avec cette chasse aux étrangers et participe aux expulsions des boucs émissaires désignés. Des exemples de pogroms ou de ratonnades ne manquent malheureusement pas.
Or, bonne surprise, les habitants de la ville, en grand nombre, nous donnent une belle leçon de civisme et de solidarité. Loin de dénoncer leurs voisins trop bronzés, les gens des quartiers s’organisent pour escorter leurs enfants à l’école, ils leur amènent de la nourriture et soutiennent ceux qui n’osent plus sortir de chez eux. On voit des rassemblements de centaines de gens en plein air par -20° ou dans les églises, chantant «Our love for each other will carry us through (notre amour les uns pour les autres nous aidera à traverser cela)».
«Trop souvent la bonté se cache au fond de nous, endormie»
Cette attitude m’impressionne et me réjouit. Elle me remplit d’espérance et me conforte dans ma conviction que la bonté des humains, leur solidarité qui s’exprime jusque dans l’amour mutuel n’est pas un vernis culturel qui cache la férocité innée d’un homme qui serait un loup pour l’homme.
Le discours officiel de l’état trumpien donne licence aux habitants de Minneapolis de s’entre-déchirer et même les y encourage. Certains le font, mais il semble qu’ils sont une minorité et que, pour beaucoup d’autres, il y a comme un fond de bonté qui se réveille et qui remonte à la surface, traverse le tissu d’égoïsme et le dissout, au moins pour un temps.
On a parlé de résistance chantante (Singing Resistance), il y a aussi une résistance au mal par la bonté. Mais trop souvent la bonté se cache au fond de nous. Endormie, il faut constamment aller la réveiller. Ou plutôt il nous faut nous laisser réveiller individuellement et collectivement pour pouvoir enfin être des communautés bonnes qui soient guérissantes et non mortifères.
«Il ne s’agit pas simplement de résistance, mais de quelque chose de beaucoup plus durable et puissant: c’est l’amour» – Jacob Frey
En éthique sociale la notion de bien commun est centrale, mais elle est souvent mal comprise. Il s’agit bien de quelque chose que nous possédons en commun, mais non dans un sens matériel. Il s’agit de ce qui nous relie et qui fait qu’ensemble nous sommes une meilleure expression d’une communauté humaine. On pourrait nommer ce lien solidarité, mais je pense qu’il faut oser aller plus loin et parler de compassion, de bonté ou d’amour. C’est ce qu’ose faire Jacob Frey, le maire de Minneapolis, dans un langage assez rare chez un politicien: «Il ne s’agit pas simplement de résistance, mais de quelque chose de beaucoup plus durable et puissant: c’est l’amour, c’est aimer les personnes qui vivent autour de vous, c’est considérer votre ville comme une grande famille.»
Aller au-delà de la résistance politique pour croire qu’il est possible de construire une société basée sur la bonté et la bienveillance. Ce maire me plaît! En tout cas il m’interpelle dans ma réflexion en éthique sociale chrétienne, comme m’interpelle Etty Hillesum dans son camp de concentration: «Au camp, j’ai senti de tout mon être que le moindre atome de haine ajouté au monde le rend plus inhospitalier encore. Et je pense, avec une naïveté puérile peut-être, mais tenace, que si cette terre redevient un jour tant soit peu habitable, ce ne sera que par cet amour dont le juif Paul a parlé jadis aux habitants de Corinthe au treizième chapitre de sa première lettre.»
Réveillez la bonté, de toute urgence!
Thierry Collaud
18 février 2026
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