L’économie n’a-t-elle vraiment rien à voir avec la justice sociale? Telle était la question posée vendredi soir lors de la Table ronde organisée dans le cadre de la troisième rencontre de l’Assemblée diocésaine 2000 réunie du 13 au 16 mai à Genève.

«Les paramètres économiques sont instables et bouleversent la vie des entreprises», relève d’emblée conseiller d’Etat genevois Carlo Lamprecht. Pour lui répondre, Dominique Froidevaux, responsable de la Commission tiers monde de l’Eglise catholique à Genève (COTMEC) et le théologien Pierre Emonet . Un autre jésuite, Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’Echo magazine, règle le débat.

Les intervenants posent un constat. L’économie échappe à la maîtrise des pouvoirs politiques. Elle stipule un effort constant de spécialisation, de mobilité. Elle laisse des personnes en marge. Et pourtant, nous aurions les moyens, à l’heure actuelle, d’éradiquer la pauvreté. Pour autant que nous prenions en compte les valeurs évangéliques qui fondent notre lutte pour la justice. Et que nous acceptions l’idée d’interdépendance. Laquelle est à la fois le passage obligé vers des solutions et une valeur morale laïque.

Pour Carlo Lamprecht, «l’économie doit être au service de l’homme et non le contraire, mais comment passer du credo à l’action ?» Comment le faire lorsque l’on sait à quel point les entreprises sont fragilisées dans le tourbillon de la mondialisation. Leur survie passe parfois par des sacrifices immédiats en matière de ressources humaines. «Pourrons-nous exiger de tout le monde les efforts qui sont demandés dans la formation, dans les compétences, dans la mobilité ?»

Les services de proximité

Le ministre de l’économie genevoise voit quelques pistes possibles par exemple la recherche de nouvelles activités dans les métiers qui peuvent rendre des services de proximité. Il estime que toutes les forces doivent être réunies, celles des Eglises comprises, afin de «donner à chacun sa chance de s’épanouir et d’avoir sa place dans la société.»

Pour Dominique Froidevaux, le «type de développement qui s’impose à nous n’est pas soutenable. Si tout le monde vivait comme les Suisses, il faudrait multiplier par cinq les ressources de la planète.» Le responsable de la COTMEC dénonce l’injustice flagrante envers le Sud. Il estime que «nous avons les moyens de résoudre les problèmes des 841 millions de personnes qui sont mal nourries, des 1,3 milliard d’autres qui manquent d’eau et des 2,6 milliards de personnes privées de soins de santé.»

Une autre logique

D. Froidevaux rappelle que c’est à partir du sort réservé au plus faible que se révèle la qualité d’une société. Et chez nous ? Le sociologue estime à 10’000 le nombre de travailleurs clandestins, sans papiers. Il souhaite que leur situation de non-droits soit prise en compte.

Il demande de mettre en œuvre une autre logique et met les délégués à l’épreuve de la vérité. «Serons-nous capables de prendre des décisions en faveur d’une épargne responsable, d’un commerce équitable, d’une économie solidaire ?»

Quant au théologien Pierre Emonet, s’il pense que l’Eglise a sa place dans le débat économique, il en rappelle quelques principes. A commencer par celui-ci : «on n’est pas chrétien si on n’est pas engagé pour la justice :» Il place en premier la supériorité de l’homme par rapport au capital et précise que cela implique notamment une éducation à une conscience sociale.

La primauté du travail dans l’économie vient en second. Elle est assortie du droit à un travail rémunéré par un juste salaire, ainsi que du droit à des conditions de travail qui ne compromettent ni la santé, ni la moralité.

Le principe de subsidiarité et la concertation entre les nations apparaissent importantes à Pierre Emonet. Il demande des réformes des systèmes économique et monétaire internationaux. Et voit l’interdépendance comme une valeur morale laïque qui requiert toute une sensibilisation, une formation, une éducation. (apic/mif/mp)

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