Actualité: Mgr Bernard Genoud, nouvel évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg recevra l’ordination épiscopale le 24 mai à la cathédrale de Fribourg.

APIC – Interview

Mgr Bernard Genoud, nouvel évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

Rappeler à l’homme son droit au bonheur

Maurice Page, Agence APIC

Fribourg,

(APIC) Mgr Bernard Genoud, nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a des idées bien arrêtées, mais n’aime pas les réponses toutes faites. A l’occasion de son ordination épiscopale, Mgr Genoud fait part à l’APIC de sa vision de son ministère. Aujourd’hui l’Eglise et les évêques doivent défendre l’homme dans sa dignité fondamentale face au matraquage d’une société matérialiste qui n’offre pour horizon que celui du cimetière. Le rôle de l’évêque est de rappeler à l’homme qu’il a droit au bonheur, insiste-t-il.

«Je considère d’abord la fonction d’évêque comme une vocation, un appel, explique Mgr Bernard Genoud. Pour devenir prêtre j’ai fait une demande personnelle et je suis devenu candidat au sacerdoce. Pour être évêque je n’ai pas pris d’initiative, j’ai été choisi, appelé par l’Eglise au nom de Dieu. Cela souligne le côté «vertical» de la vocation d’évêque. Par conséquent l’épiscopat est une participation très particulière à la paternité divine. L’évêque devient le «père des pères» que sont les prêtres. La première paroisse d’un évêque ce sont ses prêtres et à travers eux l’ensemble du diocèse. Et en tant que successeur des apôtres, il a en outre le souci de l’Eglise universelle. On ne peut pas parler d’Eglise en termes «égoïstement» diocésains.

L’évêque a pour mission de sanctifier de diriger et d’enseigner. Il est successeur des apôtres. Cela m’impressionne beaucoup de penser que quand Jésus parle aux douze, il me parle.

APIC: Pour parler de l’Eglise et de la mission vous utilisez volontiers cette image du père et de la famille…

B.G.: Il s’agit d’exercer cette paternité sans paternalisme. J’aimerais que l’évêché soit une maison de famille dans la quelle on se sente à l’aise. J’imagine faire régulièrement une «journée portes ouvertes» à l’évêché où les prêtres puissent venir de manière spontanée, sans prendre rendez-vous. Je souhaite cette même manière de contact avec le peuple chrétien. Je veux éviter de me laisser trop manger par le côté «bureau» de mon travail. Retrouver la mission d’enseignant de l’évêque est aussi un de mes désirs, par exemple en ouvrant le dialogue dans une salle de paroisse ou pourquoi au bistrot lorsque l’Eglise prend position sur un sujet important.

APIC: Certaines des prises de position de Rome seront difficiles à expliquer…

B.G. : En conscience je suis persuadé que je n’aurai pas à défendre de choses contraires à ma foi profonde. Rome ne peut aller contre la foi. Il peut y avoir des positions différentes sur des choses secondaires. Les grandes lignes données par le pape et par Rome doivent être traduites dans les diocèses. La lettre sur la collaboration des laïcs au ministère des prêtres qui a provoqué de vives secousses en Suisse en donne un excellent exemple. La Conférence des évêques suisses a parfaitement reconnu les risques d’abus, mais a déclaré clairement que le travail effectué en Suisse avec les laïcs était plus que respectable et que le texte de Rome ne changeait rien pour nous.

APIC: Dans le même ordre d’idée, la prise de parole des évêques dans la société suisse ne devrait-elle pas être parfois plus claire, plus forte ?

B.G.: La position des évêques suisses ne semble actuellement très respectueuse des personnes et des situations. J’ai rencontré pour la première fois les membres de la Conférence des évêques pour une journée de retraite avec le cardinal Danneels, de Bruxelles. J’ai été très impressionné par les personnalités présentes, ainsi que par leur souci missionnaire et pédagogique.

Il ne paraît important de dire clairement les choses et de ne pas pratiquer la langue de bois. Ce n’est pas mon style. Pour moi vérité et charité vont ensemble, c’est la «tunique sans couture» du Christ. On ne peut jamais voiler la vérité sous prétexte de charité et on ne peut jamais, sous prétexte de vérité, attenter à la charité. C’est comme dans une famille, il faut parfois tenir bon devant un enfant qui piaffe contre les murs. Un jour ou l’autre l’enfant découvre que la raison du refus des parents est leur amour. Le rôle d’un évêque est parfois de voir les choses en profondeur et de résister au désirs trop immédiats.

APIC: Dans une société où domine l’idée de la liberté individuelle, y compris en matière religieuse, quelle peut-être encore la pertinence de la parole de l’Eglise et d’un évêque ?

B.G.: Aujourd’hui, la notion de liberté n’est pas correctement en place. La liberté n’est pas le droit de faire n’importe quoi. Il ne faut pas confondre liberté et absence de normes, liberté et pure spontanéité. La liberté est fondée sur la nécessité de la dynamique au bonheur. L’homme peut se tromper sur le bonheur et le confondre avec des plaisirs. Ce n’est pas parce qu’il est libre, mais plutôôt par carence.

Dans une civilisation très matérialiste, tournée vers l’argent, rappeler continuellement aux hommes qu’ils sont faits pour autre chose est une mission d’humanité. Laisser croire à l’homme qu’ils est fait uniquement pour les réalités d’ici-bas est, à mes yeux, un crime contre l’humanité. L’homme ne peut pas se satisfaire des choses de ce monde. Enfermé dans la matérialité, il sombre, tôt ou tard, dans la dépression. Le rôle d’un évêque et de l’Eglise est de rappeler à l’homme son droit au bonheur, qui n’est pas nécessairement un droit au plaisir immédiat.

APIC: Un message qu’il n’est pas forcément facile de faire passer…

B.G.: L’Eglise arrive à une époque où elle doit défendre l’homme. Nous ne sommes pas des schizophrènes, d’un côté humains, de l’autre chrétiens. Non, nous sommes des humains chrétiens. Aujourd’hui, c’est l’homme qui est menacé et qu’il faut défendre. L’une des attaques principales n’est pas tant celle des mouvements pseudo-mystiques, mais bien le nihilisme qui consiste à fire croire à l’homme qu’il n’a pas d’horizon, pas d’avenir, que tout va se terminer dans le trou noir, la tombe. Et qu’au fond, l’essentiel de l’existence consisterait à être le plus riche du cimetière.

Rappeler des normes authentiques, comme les commandements de Dieu, n’est pas donner des ordres ou imposer des écrasements à la nature, mais au contraire faire la déclaration des droits de l’homme. Tu as droit à la vie, donc ne tue pas. Tu as droit à la vérité, donc ne mens pas. Tu as droit à Dieu, donc aime Dieu. Tu as droit à l’amour donc ne galvaude pas l’amour.

APIC: L’homme refuse aujourd’hui un discours moralisateur et d’interdits que l’Eglise a tenu très longtemps.

B.G.: Oui je comprends. Noter néanmoins qu’il ne s’agit pas seulement de l’Eglise, mais de toute une mentalité du temps. La littérature profane elle-même au XIXe siècle et avant était très moralisante. Aujourd’hui, l’humanité, sous prétexte de liberté, tombe dans le libertinage. Saint Augustin disait déjà «Aime et fais ce que tu veux». Si on enlève le terme aimer, il y a déséquilibre. En rappelant la vraie signification d’aimer, on retrouve ce que saint Paul dit toujours: l’amour libère. Le premier commandement du Christ c’est l’amour de Dieu et du prochain. Parfois, on a oublié le terme aimer et on a commenté les préceptes qui deviennent alors des normes qui écrasent.

Rappeler les grandes normes qui sont faites pour le bonheur de l’homme orienté vers Dieu, c’est montrer à l’homme son ossature fondamentale. Ce n’est plus imposer quelque chose de l’extérieur. Dire à un enfant : «tu dois aller à l’école» ou lui dire: «tu as la chance d’apprendre pour faire plus tard le métier que tu aimes et être heureux dans la vie» est très différent. Matériellement cela se traduit par le même travail, mais dans la psychologie de l’enfant, il comprend qu’il est le premier bénéficiaire de ce que son père lui demande. Avant il croyait seulement devoir obéir à son père.

APIC: Vous êtes proche des jeunes, vous avez été longtemps professeur de philosophie. C’est souvent sur la question de l’amour et de la sexualité qu’ils contestent le discours de l’Eglise.

B.G. : Le problème pour les jeunes est que la notion d’amour est aujourd’hui totalement «bloquée» avec celle de génitalité. On croit que s’il n’y a pas activité sexuelle, il n’y a pas amour. Mais c’est faux. L’amour authentique des parents n’est pas un amour génital. Le cinéma, la presse, la télévision ont donné aux jeunes la conception que si l’on aime on doit immédiatement passer à l’activité sexuelle. La fameuse BD «JO» sur le sida l’illustre parfaitement. L’héroïne croit que s’il n’y a pas relations sexuelles, il y a dessèchement de l’affectivité.

Il faut refaire cette éducation, car sinon nous n’aurons que des êtres qui «couchottent» à gauche et à droite. Cela me fait souci. Avec la manière d’avoir un copain ou une copine que l’on jette après trois semaines, comment se fixer plus tard sur un conjoint ? Cette manière de tolérance, parfois des parents aussi, forme les jeunes à l’instabilité. Ils ont l’impression qu’ils ne vivent pas s’ils n’ont pas d’aventures sexuelles. C’est un scandale de leur faire croire que l’amour c’est cela. Il y a un immense mensonge de la civilisation, avec un matraquage terrible. On parle beaucoup de pollution, mais qui ose encore gueuler contre les pollueurs de l’âme.

APIC: Scandale, matraquage, pollueurs, vous ne craignez pas d’user d’un langage fort.

B.G.: Aujourd’hui, les fumeurs, dont je suis, sont presque des parias de la société. Partout il y a des zones non-fumeurs, dans les lieux publics, les gares, les aéroports, mais partout aussi des distributeurs de préservatifs. Le message est clair: «Ne fumez pas mais coucher à droite et à gauche n’est pas un problème». Lorsque j’étais encore enseignant à Bulle, un car qui faisait de la prophylaxie contre le tabac est passé à l’école secondaire. Dans le bus un des panneaux disait «Philippe et Nathalie ont quinze et quatorze ans, ils partent en vacances en Grèce. Que peuvent-ils oublier de mettre dans leur valise ? 1) une brosse àà dent 2) des cigarettes, 3) des préservatifs. Comme c’est une campagne antitabac, ce que l’on ne doit pas prendre c’est évidemment les cigarettes, mais par contre il ne faut pas oublier la brosse à dent et les préservatifs. Comme manipulation des consciences l’effet était réussi. Le message réel était «tu peux coucher avec ta copine de 14 ans, l’essentiel est de ne pas fumer.» J’ai foncé à la direction pensant que les parents allait réagir, mais il n’y a eu aucune réaction. Ce qui est encore plus grave.

Deuxième message: il est normal que les parents payent des vacances en Grèce à leur fille de quatorze ans et qu’elle parte en couple avec son copain de 15 ans. Que se passe-t-il si les parents ne sont pas d’accord avec ce modèle ? Comment aider ainsi les parents ?

On s’étonne ensuite du taux de divorce et de l’instabilité des jeunes, mais on aura tout fait pour. On est en train que casser la jeunesse avec ces pollueurs de l’âme. On ne peut plus brûler une branche dans son jardin, mais la jeunesse on s’en out, on la matraque avec ce prétendu idéal.

APIC: Le manque de prêtres est de plus en plus criant dans l’Eglise en Suisse. Quelle solution voyez-vous ?

B.G.: Je suis pas alarmiste. Statistiquement le nombre de prêtres correspond à celui des pratiquants. Il y a aujourd’hui 31 jeunes qui se préparent au sacerdoce chez nous. On ne voit pas suffisamment l’énorme part des laïcs. Naguère le prêtre faisait tout, y compris la colonie de vacances et la gestion de la caisse Raiffeisen. Aujourd’hui il y a des centaines probablement des milliers de personnes qui s’engagent pour des heures de catéchisme où tout autre service. J’ai même l’impression qu’on en fait plus qu’autrefois au niveau de l’évangélisation.

Il est clair qu’il faut des prêtres, car sans eucharistie, il n’y aurait plus d’Eglise. Mais il ne faut pas oublier que l’Eglise se manifeste aussi par le laïcat. Cette réalité n’est pas assez prise en compte et on ne regarde que le nombre de prêtres. Notre vision reste encore trop focalisée sur le strictement sacerdotal.

APIC: un nombre croissant de paroisses vont néanmoins se trouver sans prêtre résident. Le manque de prêtres ne va-t-il pas obliger à restructurer les paroisses ?

B.G.: Je crois que c’est envisageable. Cela pose probablement un problème de culture. Chez nous, on a encore l’esprit de clocher, avec une paroisse par village et un curé par paroisse. Mais il faut regarder de plus en plus en termes de secteurs. Je crois que les vues s’ouvrent peu à peu. Le manque de prêtres a peut-être ceci de bénéfique qu’il oblige à se regrouper davantage.

En outre je souhaite rappeler que les paroisses et le peuple chrétien ont leur responsabilité pour l’éveil des vocations. Jusqu’à présent la question des vocations sacerdotales a été vue de manière très individualiste. Comment les paroisses suscitent-elles des vocations? Comment engendrent-elles les «pères» dont elles ont besoin. On se défile volontiers, car être prêtre aujourd’hui n’est plus une promotion sociale. Un jeune homme doué peut faire une carrière plus dorée ailleurs. Etre prêtre n’est pas immédiatement valorisant.

Pour relancer le diaconat permanent dans le diocèse, nous avons interpellé les paroisses en leur disant: «qui verriez vous pour devenir diacre ?» Il faut faire de même pour les candidats au sacerdoce. Il faut en parler et encourager les jeunes.

APIC: La question des vocations se heurte aussi à celle de l’identité du prêtre, avec entre autre le problème du célibat ?

B.G: L’identité du prêtre est à revaloriser. Je n’aime pas beaucoup les discours de renoncement que l’on entend encore trop souvent lors des premières messes: «vous monsieur l’abbé vous renoncez à une famille, vous les parents vous offrez un fils à l’Eglise». Ce n’est pas vrai. Il faut arrêter avec ce côté victime et doloriste de la vision du prêtre. Les enfants religieux ou prêtres restent le plus souvent plus proches de leurs parents que les enfants mariés.

La vocation sacerdotale et le célibat ont leur exigences, mais celles du mariage ne sont pas moindres. Par boutade on peut dire que pour nous prêtres, religieuses ou religieux, dans notre relation à Dieu, il y a au moins une personne qui est stable. Dans un couple, les deux membres sont instables et les enfants le sont parfois aussi. Nous n’avons pas ce genre d’épreuves et de difficultés. Le célibat sacerdotal n’est pas que renoncement, il apporte aussi beaucoup de paix intérieure.

Pour le prêtre il y a une autre fécondité. J’ai moi-même la joie d’avoir une bonne dizaine de personnes qui se considèrent pratiquement comme mes enfants. C’est vers moi qu’elles sont venues demander des conseils, présenter leur copain ou leur copine, avant même leurs parents. Au-delà de la fécondité biologique il y a la fécondité spirituelle plus large et plus longue. Celui qui vient se confier à nous l’a librement choisi. Mais on choisit pas ses parents, pas plus qu’on ne choisit ses enfants. Il faut revoir le cliché «sacrificiel» du prêtre. Il est très épanouissant d’avoir des amis ou des jeunes pour lesquels vous avez pu jouer un rôle important.

APIC: Votre prédécesseur, Mgr Amédée Grab a lancé le processus de l’assemblée diocésaine AD 2000. Comment allez-vous poursuivre ?

B.G.: La démarche AD 2000 montre de manière extraordinaire comment tout le monde se mobilise pour réfléchir à l’évangélisation, alors autrefois le prêtre le faisait tout seul dans sa cure. C’est un processus bourré d’espérance surtout quand ces gens ont des compétences remarquables sur le plan théologique ou humain. Toutes les suggestions pour mieux incarner l’Eglise sur le terrain sont bienvenues.

APIC: Vous devrez peut-être dire non à certaines revendications ?

B.G.: Je crois que les chrétiens du diocèse sont assez lucides pour ne pas demander n’importe quoi à l’évêque. Ils sont au courant de ce qui est faisable ou pas. Je ne sais pas trop quelles seront les revendications qui en sortiront, mais je crois qu’elles seront équilibrées car il y a derrière cette démarche un véritable feu missionnaire. Cette mise en route des fidèles leur a permis de comprendre qu’ils sont acteurs de la pastorale et pas seulement objets. Il y a une réelle prise de conscience que l’Eglise ce n’est pas seulement la hiérarchie, les curés ou les «professionnels du système».

APIC: Le sacerdoce des femmes est une revendication récurrente, surtout dans les pays de langue allemande

B.G. : Il est évident qu’une question comme l’ordination des femmes ne peut pas être résolue de manière diocésaine. Le sacerdoce n’est peut-être pas la seule façon pour une femme d’exercer un ministère dans l’Eglise. La situation est assez curieuse, parce que d’un côté on relativise le sacerdoce masculin et de l’autre on tend à absolutiser la question du sacerdoce féminin. Il y a un peu deux poids deux mesures. Je pense qu’au niveau de l’Eglise universelle cette question cette question n’est pas du tout prête

J’ai l’impression que la réflexion est analogue à celle sur le droit de vote des femmes. Après le droit de vote, il faudrait maintenant passer au droit d’être prêtre. Mais la question est d’un autre ordre, il s’agit d’un sacrement d’origine divine qui ne peut pas dépendre d’un plébiscite. Je le dis très clairement: je pense que théologiquement, il n’y a pas beaucoup de chances pour le sacerdoce féminin. Je sais que cela peut décevoir.

Mais il faut s’expliquer: le sacerdoce n’est pas un but, il est uniquement au service de la sainteté. Si on voit le sacerdoce en termes de pouvoir ou de dignité personnelle; il est évident que les femmes ont droit à autant de pouvoir et sont aussi dignes que les hommes. Cela ne fait aucun pli. Si l’élément principal est le service de la sainteté, le sacerdoce n’est plus un pouvoir et il y a diverses manières de servir la sainteté.

Le cardinal Journet nous rappelait toujours «Les grandeurs des hiérarchies sont au service des grandeurs de sainteté.». Dans l’Eglise, la hiérarchie n’est pas première. Le seul être humain totalement saint est une femme, la Vierge, tandis que le premier pape est le plus faible de l’équipe, Pierre qui a renié trois fois. Je crois qu’il y a là de la part du Christ une volonté de relativiser le sacerdoce.

APIC: Sur le territoire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, les catholiques et les protestants sont aujourd’hui plus ou moins aussi nombreux les uns que les autres. L’œcuménisme est donc un grand défi.

B.G.: Il y a encore beaucoup à faire dans le domaine. Le dialogue n’est pas toujours facilité du fait de l’atomisation de l’Eglise réformée qui par essence est très diverse jusque dans sa théologie. Il faut donc commencer par agir ensemble dans le domaine ou c’est immédiatement possible c’est-à-dire le service de l’homme. Ensuite nous avons le même Dieu, le même Christ et le même baptême. Nous partageons donc l’essentiel de notre foi et donc de notre prière.

APIC: Pourquoi alors ne pas pouvoir partager la même eucharistie ?

B.G.: Les sacrements sont un aboutissement. Je pense qu’il faut être faire attention de ne pas faire croire que l’unité est arrivée en disant oui à l’intercommunion ou à des choses analogues. Ce serait un peu menteur. Nous pouvons prier beaucoup plus ensemble, mais j’ai l’impression que l’on a peur de souffrir ensemble. Je dis souvent aux couples mixtes que je partage leur souffrance. C’est le jeudi Saint, alors qu’il est déjà trahi, que le Christ prie pour l’unité. Mais l’évangile de Jean insiste d’abord sur l’unité en Dieu et dans Christ dans un sens vertical, ce qui permettra l’unité avec les autres au niveau horizontal.

Il ne faut pas mettre exclusivement l’accent sur la doctrine ou les sacrements, c’est par la sainteté que se fera l’unité. Nous voulons tous en priorité que Dieu soit connu, aimé et servi, alors les manières peuvent être différentes. Est-il absolument nécessaire de gommer les différences et faire comme si l’on était unis? Je ne crois pas que cela soit le bon chemin. Il ne faut pas trop hâter l’histoire. En s’acharnant sur un bouton de rose pour l’ouvrir on le blesse, en attendant un matin de printemps et un peu de rosée, la fleur s’ouvre.

APIC: Les croyants et surtout les non-croyants ne comprennent pas ce manque d’unité…

B.G.: Le manque d’unité reste en soi un scandale. Nous avons notre part de responsabilité dans l’incroyance du monde, parce que nous chrétiens ne portons pas le témoignage de l’unité et de la charité. Mais la division entre les hommes existe partout. Si je suis un incroyant, qu’est-ce que je fais pour l’unité entre les hommes, contre la guerre, la concurrence déloyale. Il est parfois facile d’accuser la division entre chrétiens de tous les maux et d’être un requin individualiste et capitaliste dans ses affaires ou en famille. Il faut reconnaître que la division existe partout, parce que tous sont attaqués par le diable, diabolos, le diviseur. Le chrétien est aussi un être divisé, il est impossible que cela ne se traduise pas au niveau de la religion. (apic/mp)

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