«Je ne puis accepter, par honnêteté intellectuelle et fidélité sacerdotale, devant Dieu et devant les âmes, la perspective et les objectifs au nom desquels le Dicastère propose une reprise du dialogue dans la situation actuelle; ni, d’ailleurs, le report de la date du 1er juillet», écrit le supérieur de la FSSPX, l’abbé Pagliarani dans sa lettre datée du 18 février 2026, mercredi des Cendres, et signée par l’ensemble des membres de son conseil.
Comme lors des prises de positions précédentes, loin de faire profil bas, l’abbé Pagliarani met en avant la ‘loi du salut des âmes’ qui doit passer avant toute autre considération théologique ou disciplinaire. La logique est implacable. La FSSPX ne cède pas un pouce.
«Nous savons d’avance tous deux que nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur le plan doctrinal, en particulier concernant les orientations fondamentales prises depuis le Concile Vatican II. Ce désaccord, du côté de la Fraternité, ne relève pas d’une simple divergence de vue, mais d’un véritable cas de conscience, né de ce qui s’avère une rupture avec la Tradition de l’Église», souligne le supérieur de la FSSPX. Avant d’enfoncer le clou: «Je ne vois donc pas comment un processus de dialogue commun pourrait aboutir à déterminer ensemble ce qui constituerait ‘les exigences minimales pour la pleine communion avec l’Église catholique’, puisque – comme vous l’avez vous-même rappelé avec franchise – les textes du Concile ne peuvent être corrigés, ni la légitimité de la Réforme liturgique remise en cause.»
L’abbé Pagliarini affirme avoir attendu «depuis sept ans un accueil favorable à la proposition de discussion doctrinale formulée en 2019.» «Or, après un long silence, ce n’est qu’au moment où des sacres épiscopaux sont évoqués que l’on propose la reprise d’un dialogue, lequel apparaît donc comme dilatoire et conditionné. En effet, la main tendue de l’ouverture au dialogue s’accompagne malheureusement d’une autre main déjà prête à infliger des sanctions.» Une menace publique qui mettrait la FSSPX sous une pression intolérable »difficilement compatible avec un vrai désir d’échanges fraternels et de dialogue constructif. »
Pour la FSSPX la question est plus fondamentale, car «tout au long des siècles, les critères d’appartenance à l’Église ont été établis et définis par le Magistère. Ce qui devait être cru obligatoirement pour être catholique a toujours été enseigné avec autorité, dans une fidélité constante à la Tradition.»
Revenant sur l’histoire des discussions avec le Vatican, l’abbé Pagliarani accuse le cardinal Müller (alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi NDLR) d’avoir, en juin 2017, «solennellement établi, à sa manière, les ‘minima nécessaires pour la pleine communion avec l’Église catholique’, incluant explicitement tout le Concile et le post-Concile. Cela montre que, si l’on s’obstine dans un dialogue doctrinal trop forcé et sans suffisamment de sérénité, à long terme, au lieu d’obtenir un résultat satisfaisant, on ne fait qu’aggraver la situation.»
Malgré le refus de tout dialogue, l’abbé Pagliarani tente néanmoins de préserver la situation acquise par la FSSPX: «C’est pourquoi, au fil des années, les Souverains Pontifes ont pris acte de cette existence et, par des actes concrets et significatifs, ont reconnu la valeur du bien qu’elle peut accomplir, malgré sa situation canonique. C’est également pour cela que nous nous parlons aujourd’hui.»
«Cette même Fraternité vous demande uniquement de pouvoir continuer à faire ce même bien aux âmes auxquelles elle administre les saints sacrements. Elle ne vous demande rien d’autre, aucun privilège, ni même une régularisation canonique qui, dans l’état actuel des choses, s’avère impraticable en raison des divergences doctrinales. La Fraternité ne peut pas abandonner les âmes. Le besoin des sacres est un besoin concret à court terme pour la survie de la Tradition, au service de la sainte Église catholique.»
Le supérieur termine en appelant à une application pastorale et flexible du droit, n’hésitant pas à s’en référer au pape François. «Au cours de la dernière décennie, le pape François et vous-même avez abondamment prôné ‘l’écoute’ et la compréhension des situations particulières, complexes, exceptionnelles, étrangères aux schémas ordinaires. Vous avez également souhaité une utilisation du droit qui soit toujours pastorale, flexible et raisonnable, sans prétendre tout résoudre par des automatismes juridiques et des schémas préétablis.»(cath.ch/com/mp)
Maurice Page
Portail catholique suisse
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