À seulement 36 ans, le peintre suisse Manuel Andreas Dürr a relevé un grand défi: peindre quatorze stations du Chemin de croix pour la basilique Saint-Pierre. Ses peintures ont été présentées pour la première fois le 20 février 2026.
Ce geste artistique rare, d’installer une nouvelle œuvre dans une église déjà riche d’un patrimoine inestimable, s’inscrit dans les célébrations à l’occasion des 400 ans de la consécration de la basilique papale, survenue en 1626.
L’artiste, présent à Rome pour l’inauguration, a souligné l’importance de sa démarche, notamment sur le plan spirituel en tant que protestant.
La Via Crucis ou Chemin de croix est un rituel catholique qui commémore en plusieurs étapes – le plus souvent quatorze – le parcours de douleur de Jésus, depuis sa condamnation à mort jusqu’à sa crucifixion et sa mise au tombeau. Cet itinéraire spirituel, recommandé pendant la période du Carême et notamment le vendredi, jour de la mort du Christ, a beaucoup inspiré les artistes. Leurs œuvres sont utilisées dans les églises pour aider les fidèles à la méditation des épisodes douloureux, appelés stations.

Dans la basilique papale, les tableaux du peintre Manuel Andreas Dürr ont été disposés sous les grandes statues de saints et saintes qui ornent les piliers de la nef et entourent l’autel central, sous la coupole. Discrets en raison des volumes gigantesques de la basilique, ces cadres sont en soi inhabituels sur les parois de Saint-Pierre, qui ne sont parées que de mosaïques.
L’artiste biennois a remporté le concours lancé en décembre 2023 par la Fabrique de Saint-Pierre – l’organisme en charge de l’entretien du monument – et a passé huit mois dans son atelier de Bienne pour les réaliser. Malgré son jeune âge – il a seulement 36 ans –, il a pu s’appuyer sur un important bagage humaniste, lui qui a appris la peinture à Florence et a étudié la philosophie, l’histoire de l’art et la culture slave dans les universités de Fribourg et de Berne.
«Pour moi, c’est vraiment surréaliste d’avoir l’honneur de tenter de réaliser une chose si grande», a confié le peintre à I.MEDIA lors de l’inauguration de ses toiles dans la basilique, estimant qu’elles avaient su y trouver leur place. Pour cela, il explique avoir dû sortir du «petit univers propre» dans lequel l’artiste contemporain est souvent habitué à évoluer, et accepter le «contexte spécifique» et «l’univers symbolique» du lieu, mais aussi s’imprégner du «mystère de l’incarnation et de la passion».

Manuel Andreas Dürr n’est pas catholique, mais appartient à une petite Église protestante suisse, la communauté «Jahu», qui compte près de 500 membres. Exposer dans un lieu catholique ne l’a pas perturbé, notamment parce que la spiritualité de sa communauté est très tournée vers le dialogue œcuménique, mais aussi parce qu’il se considère assez proche, d’un point de vue théologique, des catholiques.
Originellement inspirée par le courant réaliste de la fin du XIXe siècle, sa peinture s’est peu à peu tournée vers la peinture italienne de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, avec une admiration toute particulière pour Fra Angelico et Michel-Ange. Des inspirations qui se ressentent dans ses tableaux peints à l’huile, où la dureté des lignes franches – notamment celle de la croix ou de l’embrasure du tombeau – tranche avec la délicatesse des postures des personnages représentés. Dominent des nuances de bleu, de rouge pastel et d’un ocre qui tire parfois vers le doré des icônes orientales.
Son grand modèle est en fait un peintre ukrainien rencontré lors de ses études, avec lequel il est toujours en contact: Sergey Chubirko. Ce dernier vit et travaille à Florence et l’a conseillé pour son chemin de croix.
Une chose était claire pour l’artiste dès le début: «Mon chemin de croix doit s’intégrer dans le magnifique écrin artistique qu’est la basilique Saint-Pierre. Je ne veux pas que mes peintures à l’huile soient perçues comme une intervention ou un corps étranger» relève-t-il dans le podcast ›Laut + Leis’ sur kath.ch. «J’ai peint Jésus tel qu’il est déjà représenté dans la basilique Saint-Pierre. Je me suis efforcé de m’adapter au contexte, tout en évitant de répéter servilement des archétypes.» «Mes tableaux ne sont pas des machines à remonter le temps. Ce sont des images qui s’inscrivent dans une tradition picturale et qui recherchent une approche critique tout en restant respectueuse.»
Pour le Suisse, cette commande a été une très belle aventure personnelle. La Fabrique saint Pierre, responsable de la basilique papale Saint-Pierre au Vatican, avait annoncé le 18 décembre 2024 que l’artiste biennois Manuel Dürr avait remporté le concours international pour la réalisation d’une «Via Crucis» dans l’édifice.
Près de 1’000 artistes du monde entier ont participé à ce concours. La seule condition était un casier judiciaire vierge. Le projet de Manuel Dürr a été sélectionné en raison de sa «qualité technique exceptionnelle, de son originalité et de son importante force d’expression». « Toutes les générations doivent tenter de trouver par elles-mêmes ce que cette histoire [de la Passion] veut vraiment dire », a-t-il expliqué.
Pour le moment, il ne sait pas si le pape Léon XIV a déjà vu ses tableaux. « J’espère bien entendu qu’il sera content de mon travail », confie-t-il. (cath.ch/imedia/mp)
Manuel Dürr
Manuel Andreas Dürr, né en 1989, a étudié la peinture à l’Académie d’art classique de Florence, puis la philosophie, l’histoire de l’art et les études slaves aux universités de Fribourg et de Berne. Ses œuvres ont été présentées dans des expositions internationales en Europe, en Chine et aux États-Unis. Il travaille en tant qu’artiste indépendant à Bienne (BE).
Manuel Dürr et sa famille appartiennent à la communauté Jahu de Bienne. Celle-ci se considère comme appartenant à l’Église réformée, tout en cultivant des traditions orthodoxes et évangéliques.
Ses peintures, qui ont été exposées dans le monde entier, sont connues pour leur langage visuel puissant et leur capacité à interpréter de manière frappante des thèmes religieux et sociaux. MP
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