Des religieux haïtiens engagés aux côtés des paysans

Haïti: un pays au bord de l’abîme?

Fribourg, 18 mai 1999 (APIC) Haïti serait-elle victime d’une image médiatique purement négative? Frère Léandre Destin, Haïtien, Supérieur de la Communauté des Petits Frères de sainte-Thérèse, n’est pas loin de le penser. Il était l’invité de Missio Suisse, pour apporter mardi à Fribourg un témoignage d’espoir. Avec son regard d’indigène, certes, mais réducteur aussi sur les réalités sociales et sur le monde paysan qu’il côtoie. Frère Léandre vit dans la région de Rivière Froide, au sud de Port-au-Prince, une des régions les plus démunies du pays. Qui passe pour l’un des plus pauvres du monde.

Créée en 1960 par Père Farnèse Louis-Charles, la Communauté des Petits Frères à ceci de particulier qu’elle est une des premières congrégations à avoir été fondée par des Haïtiens. Cette communauté forte de 66 membres, travaille actuellement dans 11 postes de missions à travers le pays, en zone rurale principalement. Son charisme est simple: tenter de redonner sa dignité à l’ouvrier agricole et de freiner l’exode rural.

Comme partout ailleurs en Amérique latine ou dans les Caraïbes, l’agriculteur passe pour quantité négligeable aux yeux des citadins en général. Et des nantis en particulier. Et pourtant, s’étonne Frère Léandre, le paysan est par tradition l’administrateur de la nature… chargé de nourrir les hommes. Dans un pays au bord de l’abîme, économiquement exsangue, déboisé et au sol érodé, dans un pays ou domine le chômage et ou la plus grande partie de la population vit de menus travaux informels, Frère Léandre se refuse à poser un regard désabusé. Même si, de l’aveu même du religieux, «on ne vit pas en Haïti, on survit». Raison de plus pour changer les mentalités, soutient-il, parfois réducteur dans son approche de la misère et de ses causes, des questions sociales et des autres grands problèmes de société.

L’attraction des écoles

Avec la pastorale, les Frères s’occupent d’écoles primaires, tout en s’impliquant dans les techniques de conservation du sol et de production, d’élevage de porcs et de volailles, de captage d’eau pour les populations locales, de création d’ateliers de fabrication artisanale, de craie pour les écoles, de vin… et de liqueur. Enfin, plusieurs hectares ont aujourd’hui été reboisés dans le but de redonner au sol sa verdure d’antan.

Toutes ces activités, a-t-il encore expliqué, sont mises sur pied dans le but d’encadrer les paysans pour intensifier leur présence dans leur milieu et les dissuader de se déplacer pour aller dans les grandes villes ou vers les côtes de la Floride. Là où se trouvent les écoles… sources d’attraction pour les paysans. Mais aussi motifs de fuite parce qu’ils en ont assez de toucher la terre et le fumier, relève encore le religieux haïtien.

Pour réaliser le changement dans les mentalités, le fondateur de la Communauté appelle ses filles et ses fils spirituels à pratiquer «l’éducation rentable»: préparer des techniciens, former des moniteurs, équiper des ateliers d’artisanat rural, mettre les terres en valeur, mise en place de structures communautaires, création de coopératives de crédits et d’épargne. Cela dans le but de «révéler à l’homme ce qu’il est, en révélant ce qu’est Dieu par une évangélisation adaptée pour développer le sens de sa dignité, de sa responsabilité et sa liberté». (apic/pr)

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