Les Eglises et les Philippins multiplient les protestations

Philippines: Débat au Sénat sur le traité militaire avec les Etats-Unis

Manille, 19 mai 1999 (APIC) La présence militaire des Etats-Unis inquiète de plus en plus la population des Philippines. Les protestations et les manifestations se multiplient contre le traité militaire qui lie ce pays aux Etats-Unis. Surtout que cette présence militaire est de plus en plus perçue comme un cheval de Troie. Responsables des Eglises et groupes de manifestants philippins multiplient les démarches contre cet accord qui approuve la présence du personnel civil et militaire des Etats-Unis (VFA).

Signé par des représentants des Philippines et des Etats-Unis l’an dernier, le traité sera présenté le 24 mai devant le Sénat à Manille pour ratification. Un minimum de 16 votes sur les 24 membres du Sénat est exigé pour que le document soit approuvé.

Des Eglises protestantes et l’Eglise catholique romaine ainsi que des groupes proches des Eglises multiplient les campagnes et les prières pour le rejet du traité. «Poussés par les impératifs de la foi chrétienne, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, nous n’accepterons pas le VFA», a lancé l’évêque Tomas Millamena, de l’Eglise philippine indépendante et président d’un groupe oecuménique – «The Promotion for Church Peoples Response» (PCPR).

Rappelant la coopération militaire qui existe depuis longtemps entre Washington et Manille, l’évêque Millamena a déclaré aux journalistes que le pays ne devrait jamais se soumettre au «joug de l’esclavage» et entraîner le pays au bord de la destruction.

Dans la prédication prononcée le 16 mai sur les lieux commémorant le soulèvement qui a renversé le président Ferdinand Marcos, le cardinal Jaime Sin, à la tête de l’Eglise catholique romaine, majoritaire dans le pays, a pour sa part demandé aux politiciens «de ne pas trahir l’indépendance pour laquelle nous avons tant lutté».

La guerre des Balkans renforce le camp des opposants

Depuis la colonisation des Philippines par les Etats-Unis en 1898, le pays est devenu un rouage important de la stratégie géopolitique du gouvernement des Etats-Unis. Après presque cent ans dans le pays, les bases américaines ont été fermées en 1991 après que le Sénat philippin eut rejeté un nouvel accord sur les bases militaires. Mais comme la Chine a adopté un profil militaire plus élevé dans la région au cours de ces dernières années, certains Philippins estiment que le traité renforcera la sécurité du pays. Le gouvernement Estrada a suspendu un programme de modernisation de l’armée de 8,7 milliards de dollars en raison d’un manque de fonds dû à la crise financière asiatique.

Les préoccupations concernant la puissance militaire chinoise portent essentiellement sur les nouvelles installations chinoises dans les Iles Spratley, un groupe d’atolls stratégiques dans la mer de Chine méridionale. Cependant, pour l’analyste politique Ricardo Malay, l’histoire récente montre que le traité ne va pas arrêter la progression chinoise. «Alors que le VFA est important pour l’Amérique, il ne sera pas un facteur important dans la querelle concernant les Iles Spratley. «Les frappes de l’OTAN en Yougoslavie, qui ont commencé le 24 mars, semblent avoir renforcé les arguments contre le traité. Le cardinal Sin a rappelé qu’après presque deux mois de bombardements, l’OTAN n’a pas réussi à atteindre l’objectif escompté – faire partir les forces militaires du Kosovo. «Nous sommes confrontés aujourd’hui à l’absurdité douloureuse de la logique de la guerre, a déclaré le cardinal Sin, quelle que soit la précision des bombes, quel que soit le droit de ceux qui les lancent, quel que soit le caractère néfaste de ses cibles».

Les débats au Sénat sur le traité seront retransmis à la télévision en direct. Les protestations – qui vont des rassemblements de prières à la destruction du drapeau des Etats-Unis – ont lieu dans les villes de Dumaguete, Naga, Legaspi, Sorsogon, et Bacolod. A Davao City, dans le sud du pays, les prostituées, qui avaient l’habitude de travailler dans les bars proches des bases américaines, se sont associées à des groupes homosexuels, à des féministes et à des conseillers municipaux pour demander aux sénateurs de rejeter le traité. (apic/eni/pr)

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