Regula Pfeifer, kath.ch / traduction et adaptation Maurice Page
Les personnes chargées de l’accompagnement spirituel doivent être capables d’assumer leurs responsabilités envers des personnes vulnérables. Pour en parler, kath.ch a réuni en visio-conférence un spécialiste de la médecine légale, des responsables de la formation et une personnes évaluée. Les participants soulignent les aspects positifs de ces assessments menés auprès de 72 personnes dont 60 en Suisse alémanique.
«L’Église n’est pas un vivier qui attirerait spécifiquement des personnes présentant un comportement sexuel déviant», précise d’entrée Jérôme Endrass. Le médecin légiste et son équipe ont développé et réalisé les évaluations pour l’Église catholique. Jérôme Endrass est directeur de recherche au sein du service pénitentiaire du canton de Zurich et dirige le groupe de travail sur la psychologie légale à l’Université de Constance.
«Je travaille depuis plus de vingt ans avec des délinquants violents et sexuels. Pendant tout ce temps, je n’ai jamais vu un seul pédophile qui ait délibérément étudié la théologie pour avoir accès à des victimes potentielles», explique Jérôme Endrass. Il existe des moyens plus faciles. Dans les associations, par exemple, les délinquants peuvent accéder beaucoup plus rapidement à des victimes potentielles.
Les assessments se déroulent en plusieurs phases. Après un premier test écrit, les candidat-e-s ont été convoqués à deux entretiens d’évaluation: le premier axé sur leurs compétences pour leur future profession, l’autre axé sur la psychologie, afin d’évaluer les risques de comportement destructeur, explique J. Endrass.
La Conférence des évêques suisses n’a cependant pas révélé combien de personnes sur les 72 évaluées avaient échoué à ces tests. Les responsables de la formation des diocèses de Bâle et de Coire respectent cette interdiction. «Nous ne communiquons pas de chiffres à ce sujet, car l’échantillon est trop petit», explique Kathrin Kaufmann-Lang, membre de la direction du diocèse de Bâle. Dans de petits groupes, cela permettrait d’identifier facilement des personnes.
Les évaluations visaient à détecter des comportements et des attitudes déviantes. Selon J. Endrass, le célibat, très discuté dans les médias, peut augmenter le risque de comportement destructeur chez les personnes vulnérables. Il est donc justifié d’y être attentif. Mais la médecine légale, cependant, ne considère pas le célibat comme un facteur de risque général. La grande majorité des personnes vivant dans le célibat sont capables de le gérer de manière à ne pas mettre en danger des tiers.
Plus généralement, il s’agit avant tout d’évaluer la capacité d’un candidat ou d’une candidate à établir des relations professionnelles et sa compréhension de son rôle dans une profession psychosociale exigeante.
«La question des abus sexuels n’était pas aussi importante qu’on pourrait le croire au vu des discussions autour du scandale des abus.» J.Endrass
Lors des évaluations, «la question des abus sexuels n’était pas aussi présente qu’on pourrait le croire au vu des retombées du scandale des abus», explique Jérôme Endrass. En outre seuls 10% des candidats testés s’orientaient vers la prêtrise, les autres ayant un autre projet de vie.
Les personnes qui n’ont pas réussi la procédure de sélection présentaient d’autres lacunes ou caractéristiques à risque. Les examinateurs recherchaient des traits de personnalité qui rendent difficile la collaboration avec d’autres personnes. Il s’agissait notamment de «structures de personnalité fortement narcissiques».
Pour J. Endrass les personnes «extrêmement méfiantes ou très impulsives, ou les deux à la fois», posaient également problème. Un autre aspect touche les personnes ayant tendance à vouloir exercer leur pouvoir ou celles ayant des opinions extrêmement rigides. De tels traits de personnalité «entrent fortement en conflit avec la tâche consistant à assumer la responsabilité d’autrui, en particulier de personnes vulnérables».
Les personnes potentiellement dangereuses peuvent-elles dissimuler cette réalité aux experts? Pour J. Endrass, «oui, c’est possible si quelqu’un a une forte énergie criminelle». Les experts psychologues recherchent des anomalies et les rendent plausibles en se basant sur le parcours de vie et les déclarations de la personne concernée. Mais une chose est sûre, ils ne peuvent pas «entrer dans la tête des gens.»
« Les évaluations attirent notre attention sur des choses que nous n’aurions peut-être pas remarquées. » Kathrin Kaufmann-Lang
L’expert est convaincu que les personnes qui se sont fait remarquer lors de l’évaluation auraient également échoué à une évaluation similaire pour futurs travailleurs sociaux ou psychothérapeutes. Mais, pour l’heure, aucune autre institution n’a pas intégré les évaluations dans leur processus de recrutement aussi systématiquement que l’Église catholique.
Les psychologues qui réalisent les évaluations envoient leurs conclusions accompagnées d’une recommandation aux responsables de formation des diocèses. Ceux-ci décident alors si la personne évaluée a réussi ou échoué. Une commission les conseille dans les cas douteux.
Les responsables de la formation soulignent les aspects positifs des évaluations. «Elles constituent une base de travail », explique Kathrin Kaufmann-Lang, du diocèse de Bâle. «Elles nous confortent dans nos hypothèses. Et elles attirent notre attention sur des choses que nous n’aurions peut-être pas remarquées.»
Un avis que partage Daniel Krieg, du diocèse de Coire: «Pour les personnes que je connais depuis longtemps et que j’accompagne, les évaluations confirment beaucoup de choses que j’avais déjà remarquées.» Et pour les personnes qu’il connaît moins, elles sont encore plus utiles.
Les responsables trouvent particulièrement constructives les recommandations de développement notées dans les évaluations. Il s’agit souvent de «conseils très pratiques» qui aident les personnes concernées à se développer. Kathrin Kaufmann a constaté que les personnes évaluées prenaient ces suggestions au sérieux et s’efforçaient de les mettre en œuvre.
Déjà active en catéchèse depuis quinze ans et souhaitant aujourd’hui devenir agente pastorale professionnelle à Lucerne, Christa Wandeler-Wey a vécu l’évaluation de manière très positive. «Je peux très bien imaginer que, dans mon propre intérêt, je discuterai ensuite des recommandations avec la personne responsable lors de mon initiation professionnelle.»
« L’évaluation m’a confirmée dans mon choix! » Christa Wandeler-Wey
Grâce aux évaluations, elle dit avoir reçu une forte confirmation. « J’ai été surprise de voir à quel point les résultats de ces entretiens correspondaient bien à ma personnalité.» Ces résultats l’ont finalement confortée dans son choix.
Il était également dans son intérêt de savoir qu’elle avait le potentiel et les ressources nécessaires pour réaliser son souhait de devenir agente pastorale. Pour elle c’est «un immense cadeau». Sans cette opportunité, elle aurait dû recourir à un coaching professionnel coûteux pour déterminer son aptitude à exercer cette nouvelle profession.
Christa Wandeler-Wey a apprécié aussi l’espace protégé garanti par les évaluations. «Lorsque les questions touchaient à des domaines intimes, je me sentais protégée, car c’était un psychologue qui m’interrogeait.» À cet égard, elle n’a jamais trouvé les questions intrusives. Elle a également apprécié la transparence de l’ensemble de la procédure. Elle savait notamment qu’aucun détail intime la concernant ne serait divulgué, sauf en cas de risque potentiel.
« L’Église joue désormais un rôle de pionnier dans le domaine psychosocial. »
Jérôme Endrass, expert médico-légal
L’Église catholique s’est montrée ouverte à l’égard des évaluations, se félicite Jérôme Endrass. «Elle joue désormais un rôle de pionnier dans le domaine psychosocial.» Le spécialiste part du principe que de nombreux autres secteurs professionnels suivront avec des évaluations similaires. Dans d’autres domaines, tels que le recrutement dans l’armée ou la justice, de telles procédures sont déjà établies.
Les résultats des évaluations intéressent les employeurs ecclésiastiques, qui sont habituellement les corporations ecclésiastiques locales ou cantonales. Devraient-ils systématiquement avoir accès aux dossiers? Pour des raisons liées à la protection des données, la réponse est délicate. Selon Jérôme Endrass, il est possible de fournir des informations sur les évaluations réussies dans le cadre de la formation, mais pas sur celles qui ont échoué. Il connaît cette procédure chez les procureurs, dont l’éligibilité doit être vérifiée.
La question de l’information est systématiquement difficile, reconnaît Daniel Krieg. «Du côté du diocèse, nous ne recommanderions pas l’embauche d’une personne qui n’a pas réussi l’évaluation.» «Mais si quelqu’un postule de sa propre initiative à un poste vacant, c’est à l’autorité qui recrute de se procurer des références», explique M. Krieg. Cela signifie qu’il faut se renseigner auprès du diocèse pour savoir si l’évaluation a été réussie. (cath.ch/kath.ch/mp)
Maurice Page
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