Des millions de travailleurs asiatiques touchés par la guerre en Iran

Les conséquences désastreuses de l’«Opération Fureur épique», qui enflamme depuis le 28 février 2026 le Moyen-Orient, se dévoilent peu à peu, en cascade. Des millions de travailleurs migrants asiatiques dans les pays du Golfe sont plongés dans la crainte, et avec eux les communautés dont ils assurent l’existence.

À elle seule, l’Inde compte environ huit millions de migrants dans le Golfe. Le Pakistan, trois millions, les Philippines, deux millions et demi, le Népal près de deux millions. Auxquels s’ajoute l’importante population en provenance du Bangladesh. Ces migrants jouant un rôle économique et social essentiel pour leurs familles et plus largement pour leurs communautés. Le conflit dans le Golfe représente donc un risque économique direct pour tous ces pays.

Le Moyen-Orient est considéré comme le «pilier de l’emploi à l’étranger» pour les Philippins. Pour Alicor Panao, professeur associé à l’Université des Philippines, cette guerre ne doit pas être considérée comme une confrontation géopolitique lointaine, mais comme «un événement économique à haut risque pour son pays, où les chocs de politique étrangère se traduisent par la vulnérabilité des ménages et l’incertitude macroéconomique». En 2024, les transferts de fonds en espèces en provenance du Moyen-Orient représentaient aux Philippines 17,77 %, soit 6,13 milliards de dollars, du total des transferts de fonds pour l’année, selon les données de la Banque centrale du pays.

Les évêques du Kerala prudents

En Inde aussi, où environ 100 milliards de dollars par an arrivent en transferts de fonds, le choc peut se révéler important. En particulier au Kerala qui, indique UCAnews, abrite la plus grande communauté de migrants travaillant dans le Golfe, avec trois millions de personnes. Beaucoup sont chrétiens, principalement catholiques syro-malabars. Les envois de fonds de tous ces travailleurs représentent environ 30% du produit intérieur brut de l’État du Kerala, soit quelque 20 milliards de dollars américains.

Conscient de ces enjeux, le Conseil des évêques catholiques du Kerala (KCBC), qui supervise 32 diocèses et quelque 6 à 7 millions de fidèles, a publié une circulaire exhortant les paroisses à organiser des messes spéciales, des chaînes de rosaire et des prières d’intercession pour les victimes de la guerre et pour la paix dans la région du Golfe.

La crainte de nouvelles tensions religieuses

Leur message reste prudent pour ne pas attiser des tensions entre les communautés religieuses, dans un État où les chrétiens coexistent avec d’importantes communautés hindoues et musulmanes, les directives du KCBC évitent de nommer les États-Unis ou Israël comme agresseurs. De son côté la Caritas Kerala prépare des centres d’accueil pour les migrants qui rentrent au pays et étudient la possibilité d’opérations d’évacuation à grande échelle, inspirés des ponts aériens de la guerre du Golfe de 1990, afin d’aider des milliers de migrants en péril.

Au Pakistan, où les chrétiens sont environ 2,5 millions mais font face à un risque élevé de persécution, la Conférence nationale des évêques catholiques (PCBC) a a opté pour encore plus de prudence, mettant l’accent sur l’harmonie interconfessionnelle et la protection des migrants sans faire de commentaires politiques directs.

Et dans son appel au cessez-le-feu immédiat, la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) écrit pour sa part: « Depuis notre contexte asiatique, caractérisé par une riche diversité religieuse, des traditions culturelles profondes et les luttes quotidiennes des pauvres, nous affirmons que la paix n’est pas simplement l’absence de guerre. Elle est le fruit de la justice, du dialogue et de la construction patiente de la confiance entre les peuples. La guerre, au contraire, touche de manière disproportionnée les plus vulnérables: les pauvres, les personnes déplacées, les enfants et les générations futures.» (cath.ch/ag/lb)

Lucienne Bittar

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