Une question éthique unissant paysans suisses et ceux du Sud

Suisse: Les œuvres d’entraide contre des brevets sur la vie végétale et animale

Berne, 6 avril 1999 (APIC) Les brevets sur la vie végétale et animale exaspèrent les Oeuvres d’entraide suisses. Face au débat qui aura lieu au Conseil national prochainement sur le sujet, la Communauté de travail Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas et Caritas a dénoncé mardi à Berne la pression des multinationales pour intensifier les brevets sur le vivant. Un pratique détestable qui va priver, entre autres, les paysans suisses et ceux du monde entier de leur droit inaliénable de pouvoir semer des graines issues de leur propre récolte.

Une fois de plus, les pays du Sud vont sortir perdants, déplore la Communauté de travail. Car l’échange traditionnel de semences est une pratique essentielle pour l’agriculture des pays pauvres. Elle peut ainsi limiter ses coûts et sa dépendance de fournisseurs extérieurs. Avec les brevets sur les semences, le paysan est de plus en plus dépendant des multinationales.

Peter Niggli, directeur de la Communauté de travail, a expliqué le pourquoi de la prise de parole des Oeuvres d’entraide. Le temps presse. Lors de la session extraordinaire du Conseil national les 19, 20 et 21 avril prochains, les parlementaires devront débattre de plusieurs interventions dont la motion de la Conseillère aux Etats radicale du canton Lucerne, Helen Leumann-Würsch, qui demande l’adaptation de la loi suisse sur les brevets aux directives européennes. Ces dernières prévoient de mettre en œuvre les brevets du vivant dès l’année prochaine.

Herbert Larch, directeur de l’Association de défense des petits et moyens paysans (VKMB), a d’abord expliqué que dans la riche palette de la nature, l’homme a choisi au cours des siècles, les espères animales et végétales, les races et les variétés qui s’avéraient d’une utilité particulière pour lui. Les caractéristiques désirées ont été peu à peu sélectionnées parmi l’éventail qu’offre la diversité naturelle. Le fondement de cette activité de sélection a été la transmission d’expérience de génération en génération.

Or cette diversité du sélectionneur, aux yeux d’Herbert Larch, risque d’être terriblement écornée par l’offensive de l’industrie chimique qui a choisi le commerce des semences des principaux aliments de base comme position stratégique. Pour faire des affaires à l’échelon mondial, les complexes industriels cherchent à obtenir un contexte juridique planétaire harmonisé leur garantissant des investissements productifs. Les paysans, ajoute-t-il, luttent pour leur survie partout dans le monde. Ce combat deviendra plus âpre encore si les semences et le bétail se voient grevés de «droits d’auteur».

Paysans suisses unis

Une pointe d’optimisme dans ce combat: «Pour une fois, les organisations paysannes suisses tirent toutes à la même corde: l’Union suisses des paysans, les associations de paysans bio et petits paysans sont toutes en faveur du maintien de la protection des espèces végétales en vigueur».

La nocivité de «Terminator»

Miges Baumann, de Swissaid dénonce la nocivité du procédé «Terminator» par le groupe américain Monsanto, le deuxième plus grand semencier du globe. Le procédé consiste à activer un gène de la graine par un antibiotique, en l’occurrence la tétracycline. Le gène déclenche alors «le suicide» de la plante. Juste avant la mise de la semence sur le marché, on plonge cette dernière dans l’antibiotique. Le gène commandant le suicide est alors activé. Comme le gène ne produira son effet qu’à la fin de la formation des graines en croissance, la semence achetée peut encore germer et pousser pour donner le végétal désiré mais ses graines en maturation seront stériles.

Cette technique dite «terminator» n’a pas d’utilité agronomique, constate Miges Baumann. Elle sert uniquement à garantir l’écoulement des semences des firmes productrices. La production de graines stériles signifient que les paysans doivent se réapprovisionner chaque année. Mais les plus pauvres ne peuvent tout simplement pas se permettre une telle dépense. Enfin une telle technique brevetée supprime un droit réellement fondamental des agriculteurs, celui de pouvoir semer des graines issues de leur propre récolte. Monsanto, dénonce encore le représentant de Swissaid, n’est pas la seule firme intéressée à ces techniques et à posséder des brevets de ce genre. Le groupe chimique suisse «Novartis» par exemple possède 10 brevets de ce genre aux Etats-Unis et a annoncé deux nouveaux brevets au plan international.

Les conséquences néfastes dans le Sud

Les conséquences du brevet sur la vie des pays du Sud sont évidemment encore plus néfastes. Il crée de nouvelles inégalités criantes entre le Nord et le Sud, affirme de son côté Nadine Keim, coordinatrice de la politique de développement de la Communauté de travail. En effet près de 90% de la biodiversité des plantes et des animaux se trouve dans les pays du Sud. Ce sont les matières premières des biotechnologies. Des multinationales du Nord s’y approvisionnent d’ailleurs librement et sans bourse délier. Elles déposent un brevet sur les plantes modifiées et les vendent au prix fort. Pourtant les collectivités locales ont contribué à la mise au point des biotechnologies en préservant la biodiversité et en améliorant les variétés végétales. C’est ce qu’on appelle «les droits des paysans " qui mériteraient d’être reconnus et de recevoir une part des bénéfices.

Nadine Keim donne entre autres l’exemple de l’huile du margousier, utilisé depuis des siècles par les agriculteurs de l’Inde comme insecticide naturel et remède efficace contre des maladies de la peau. Or la firme américaine W.R. Grâce a obtenu en 1992 un brevet concernant cette huile, ignorant complètement les droits des paysans indiens.

Ce combat mondial pour préserver les droits des paysans est urgent. Les Etats-Unis vont mettre tout leur poids dans la bataille en faveur des brevets du vivant. La position de l’Union européenne, par contre, est affaiblie par l’opposition des Pays-Bas, de l’Italie et de la Norvège. Le rôle de la Suisse sera à cet égard non-négligable. D’où l’importance du débat que va connaître prochainement le Conseil national. (apic/ba)

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