APIC-Dossier
Quand je vois un enfant, j’ai besoin de lui dire combien Dieu l’aime !
Maurice Page, agence APIC
Fribourg, 7 avril 1999 (APIC) Le pape Jean Paul II canonisera le 18 avril Marcellin Champagnat, fondateur des Frères maristes des écoles. Son Institut de religieux enseignants fut un des principaux agents le l’évangélisation de la France après la Révolution de 1789. Quelque 5’000 frères maristes sont aujourd’hui actifs dans l’éducation de la jeunesse dans 74 pays des cinq continents. La détermination, l’énergie et la totale confiance en Dieu sont les traits les plus caractéristiques de la personnalité du nouveau saint.
Un jour d’octobre 1816, Marcellin Champagnat, prêtre depuis à peine trois mois dans le village de La Valla, dans les monts du Lyonnais, est appelé d’urgence au chevet d’un jeune homme. Jean-Baptiste Montagne est en train de mourir de la tuberculose. Le jeune prêtre s’aperçoit avec effroi que ce garçon de 17 ans n’a pratiquement jamais entendu parler de Dieu. Dans les yeux de l’adolescent, il perçoit les appels de détresse de milliers d’autres jeunes, victimes comme lui, d’une tragique pauvreté humaine et spirituelle. C’est décidé, le jeune prêtre se donnera désormais corps et âme à l’éducation de la jeunesse. «Chaque fois que je vois un enfant, j’éprouve le besoin de lui dire combien Dieu l’aime», expliquera-t-il souvent plus tard.
La France du début du XIXe siècle est le théâtre de bouleversements politiques, culturels, économiques, de profondes crises au sein de la société et de l’Eglise. C’est dans ce contexte que grandit, se forme et mûrit son projet de fondation des Frères Maristes.
Marlhes, le village natal de Marcellin, est une zone de grande pauvreté matérielle et culturelle. La plupart des jeunes et des adultes sont illettrés. La région est cependant elle aussi traversée par des idées de progrès social et de solidarité issues de la Révolution qui agite la France et l’Europe. Le père de Marcellin, Jean-Baptiste Champagnat, joue localement un rôle important dans ce mouvement social.
Un seul jour d’école
Rien ne semble prédisposer le jeune Marcellin à la prêtrise. Issu d’une famille rurale, le jeune garçon n’ira à l’école primaire qu’un seul jour. Envoyé à l’école du village, il refuse d’y retourner, après une journée seulement, profondément marqué par la brutalité de l’instituteur envers un autre écolier. Il décide alors de se consacrer au travail de la ferme familiale. Doté d’un sens commercial avisé, Marcellin monte un élevage de moutons et accumule en quelques années la somme rondelette de 600 francs qui lui seront bien utiles pour aller au séminaire.
Lorsqu’adolescent il répond à l’appel de Dieu à devenir prêtre, ce qui lui manque en instruction élémentaire est compensé par un grand bon sens, une solide piété, une force de caractère, des capacités manuelles, et une inébranlable détermination, rapportent ses biographes.
A l’âge de 16 ans Marcellin entre donc au petit séminaire de Verrières. Mais le latin n’est pas vraiment son «truc». Mauvaises notes, il est renvoyé. On lui donne une deuxième chance qu’il ne rate pas. Le jeune campagnard se rend ensuite dans la grande ville, à Lyon, pour sa formation spirituelle et théologique au grand séminaire. Il y a notamment pour camarade un certain Jean-Marie Vianney, le futur saint curé d’Ars. Après l’époque très troublée de la Révolution française, Lyon est redevenue le foyer de nombreuses initiatives apostoliques et missionnaires.
Vicaire dans une paroisse de montagne
Après son ordination à la prêtrise, le 22 juillet 1816, Marcellin est nommé vicaire à La Valla dans une zone de montagne. La population, dispersée dans de nombreux hameaux, vit dans l’isolement. Dans la société bourgeoise et libérale issue de la Révolution, les hommes politiques se soucient avant tout de former une élite susceptible de fournir les cadres militaires, politiques et économiques de la nation. Même dans l’Eglise, la jeunesse des campagnes n’est pas toujours au coeur des préoccupations apostoliques des membres du clergé. De plus, la fonction d’instituteur est si mal vue et si mal rémunérée qu’elle n’attire que des recrues de second ordre.
Marcellin communique à ces jeunes gens son enthousiasme éducatif et apostolique; il vit au milieu d’eux comme l’un d’entre eux. Il leur apprend à lire, à écrire et à compter, mais aussi à prier et à vivre l’Evangile dans la vie quotidienne, à devenir des instituteurs, et des religieux éducateurs.
Très vite, il les envoie dans les hameaux les plus reculés de la paroisse, pour enseigner aux enfants, et parfois aussi aux adultes, les rudiments des connaissances religieuses et les premières notions de lecture et d’écriture.
Un curé malveillant
L’établissement des Frères ne devrait attirer que des éloges et des approbations au Père Champagnat. C’est loin d’être le cas. Beaucoup ne peuvent comprendre ni admettre que ce simple prêtre sans ressources pût réussir à fonder une communauté. Que veut-il faire là ? N’est-ce pas l’ambition, le désir de s’élever, qui lui inspire un pareil projet ? Que veut-il faire de ces jeunes gens qu’il retire des travaux des champs pour les faire pâlir sur des livres? Des orgueilleux, des fainéants qui, après avoir passé leur jeunesse dans l’oisiveté, rentreront dans leurs familles, leur seront à charge et deviendront peut-être le fléau de la société.
L’affaire remonte rapidement jusqu’à l’archevêché de Lyon. Mgr Bochard, vicaire général, convoque le Père Champagnat pour s’enquérir de ses projets. Comme il existe déjà une institution de frères enseignants dans le diocèse qu’il a lui-même fondé, le vicaire général ne tient pas à en voir surgir une nouvelle et propose une fusion. Champagnat détourne adroitement la proposition et s’en va voir immédiatement le second vicaire général et le supérieur du grand séminaire qui lui accordent leur appui. Mais le vicaire général Bochard refuse de céder si facilement et multiplie les pressions et les menaces de fermer l’établissement et de déplacer le Père Champagnat. Le curé de la paroisse de La Valla, où Marcellin est toujours vicaire, est l’un de ses principaux opposants et multiplie les vexations tant en privé que devant les paroissiens.
Il faut attendre 1824 et l’arrivée d’un nouvel archevêque à Lyon, Mgr Gaston de Pins, pour débloquer la situation. L’archevêque bénit la nouvelle fondation et l’autorise à se développer. Au bout de quelques mois, Champagnat obtient même d’être déchargé de sa fonction de vicaire pour s’occuper uniquement de la congrégation naissante.
Une nouvelle maison
En 1824, la petite communauté a grandi. Marcellin aidé des frères construit de ses propres mains dans un vallon proche de la ville de Saint-Chamond une vaste maison, Notre Dame de l’Hermitage. C’est à la fois un monastère et un centre de formation de Frères instituteurs. Progressivement, ce sera aussi le coeur d’un réseau d’écoles primaires de plus en plus nombreuses et de mieux en mieux organisées. La première édition de la Règle de vie des Petits Frères de Marie (1837) structure en même temps la vie religieuse communautaire et la vie de travail pédagogique.
En 1836, déjà, moins de vingt ans après la fondation, Marcellin Champagnat envoie les premiers Frères missionnaires en Océanie avec un groupe de Pères maristes. C’est le début de la grande aventure missionnaire.
Epuisé par la tâche Marcellin Champagnat meurt le 6 juin 1840 à âge de 51 ans. La Congrégation compte alors 290 frères enseignant dans 48 écoles.
Détermination et énergie
La personnalité de Marcellin Champagnat frappe d’abord par sa détermination, son énergie et sa totale confiance en Dieu. Il ose imaginer des réalisations qui vont bien au-delà des idées des hommes d’Eglise et des hommes politiques de son temps. moins de six mois après son ordination, il rassemble des disciples pour fonder une nouvelle famille religieuse.
C’est un homme pragmatique et réaliste. Pour fonder l’oeuvre des Frères, il n’hésite pas, aussi bien à La Valla qu’à l’Hermitage, à se transformer en entrepreneur pour acheter terrains et maisons. Pour aménager, construire, organiser et agrandir des bâtiments adaptés à la vie communautaire et à la formation intellectuelle et spirituelle.
Un éducateur né
Marcellin Champagnat est un éducateur-né. Il transforme les aspirants souvent incultes en instituteurs et religieux éducateurs. Il vit avec eux, leur donne l’exemple et les aide à grandir humainement et spirituellement. Avec eux, il élabore et approfondit un système de valeurs éducatives qui prend pour modèle Marie, servante de Dieu et éducatrice de Jésus à Nazareth. De plus, son esprit créatif le pousse à mettre en pratique et à adapter les méthodes pédagogiques les plus efficaces de son époque.
Marcellin met ainsi sur pied un système de formation professionnelle continue en alternance et de type communautaire. Surtout dans les premières années, les vacances sont mises à profit pour le perfectionnement des connaissances et des méthodes pédagogiques de ses Frères, au moyen de conférences, de travaux personnels ou de groupes, et de jurys d’examen. Pour la formation des responsables, surtout celle des Frères directeurs d’écoles, une méthode semblable est mise en place. Les thèmes importants concernent l’administration, la comptabilité, la prise de responsabilités, la relation avec les Confrères, le travail en équipe. (apic/mp)
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