«Climat de peur» dans le dernier village chrétien de Cisjordanie

Véhicules endommagés, incendies criminels dans les champs, attaques contre les édifices religieux, menaces et propos haineux proférés par les colons israéliens protégés par l’armée, tel est le quotidien des quelque 1’500 habitants du dernier village chrétien de Cisjordanie occupée, qui vivent dans un climat de peur constant. Les chrétiens restant à Taybeh espèrent une intervention internationale face à une situation intenable.

Le Père Bashar Fawadleh, curé de Taybeh, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme: la situation sécuritaire des chrétiens qui y vivent se détériore sensiblement, constamment sous la pression des colons israéliens.

S’adressant à l’œuvre catholique internationale Aide à l’Église en Détresse (ACN), le Père Bashar Fawadleh déplore le «manque de protection» de la population palestinien de la part des autorités d’occupation israélienne.

Taybeh, le seul village entièrement chrétien de Cisjordanie, l’Éphraïm biblique où Jésus séjourna avec ses disciples après la résurrection de Lazare, un lieu témoignant d’une présence chrétienne ininterrompue depuis 2000 ans, est menacé par la colonisation israélienne illégale.

Alors qu’il comptait autrefois jusqu’à 15’000 habitants,  note ACN, la population a aujourd’hui fortement diminué. Selon le curé du village, les habitants sont exposés depuis des années à des attaques et à des intimidations de la part de colons israéliens.  

Un quotidien sous pression israélienne croissante

Les nombreux postes de contrôle militaires sur les routes d’accès constituent une contrainte supplémentaire. Au cours des dernières semaines, un nouveau poste de contrôle a été mis en place, confie le Père Fawadleh. Les contrôles permanents compliquent considérablement le quotidien et coupent de nombreux habitants de leurs lieux de travail et de leurs terres agricoles.

Le prêtre se dit également particulièrement préoccupé par une décision prise par le gouvernement israélien le 8 février 2026. Celle-ci prévoit de placer encore davantage sous contrôle israélien les compétences civiles et administratives en Cisjordanie occupée. Le Père Fawadleh craint que cela ne facilite l’expansion des colonies et ne favorise l’appropriation de terres par les colons. «Avec cette nouvelle décision, la pression va encore s’intensifier», estime-t-il. La population se sent de plus en plus sans défense: «La violence crée un climat de peur et d’insécurité».

L’inquiétude face à l’avenir poussent les chrétiens à l’émigration

Les tensions persistantes renforcent les craintes de nombreux chrétiens quant à leur avenir. «L’idée d’émigrer est de plus en plus présente», déplore le prêtre. Entre 2023 et 2025, 16 familles chrétiennes ont déjà quitté Taybeh. D’autres y réfléchiraient sérieusement. Les principales raisons sont la situation instable ainsi que le manque de perspectives économiques.

Visite de solidarité de diverses confessions chrétiennes avec les chrétiens assiégés de Taybeh en été 2025 | © Patriarcat latin de Jérusalem

Malgré la situation difficile, le Père Fawadleh encourage les chrétiens à rester si possible dans leur pays d’origine. Taybeh est, souligne-t-il, un signe important de la présence chrétienne en Terre Sainte. «Rester est souvent un acte de foi et d’espoir», lance-t-il. Dans le même temps, un soutien concret est nécessaire – notamment sous forme d’opportunités d’emploi, de perspectives d’avenir pour les jeunes…

Sans réaction internationale, Taybeh ne pourrait n’être plus qu’un souvenir

Le prêtre demande à la communauté internationale d’accorder davantage d’attention à la situation sur place et de prendre des mesures efficaces pour protéger la population civile et les lieux de culte. L’Église universelle est également appelée à faire entendre sa voix et à apporter une aide concrète. «Taybeh n’est pas seulement un village – c’est un signe vivant de la présence chrétienne en Terre Sainte». Les fidèles sont appelés à prier pour les habitants de la région et à les soutenir concrètement, afin que cette communauté ne devienne pas un simple souvenir. ACN rappelle la nécessité de se montrer solidaire des chrétiens restant en Terre Sainte, où elle a soutenu des projets à hauteur de quelque 900’000 francs en 2024. (cath.ch/acn/be)

«Nettoyage ethnique» en Cisjordanie
Dans une lettre ouverte à la hiérarchie militaire israélienne, rendue publique le 16 mars 2026, quatre anciens majors et brigadier généraux, membres de «Commandants pour la sécurité d’Israël», une organisation rassemblant quelque 550 officiers retraités, dénoncent la «violence et le terrorisme» des colons juifs qui multiplient les attaques, parfois mortelles, contre des Palestiniens. Le 17 mars 2026, l’ONU a dénoncé le déplacement forcé par Israël en un an de plus de 36’000 Palestiniens en Cisjordanie, tout en continuant l’expansion de ses colonies illégales en Cisjordanie. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU évoque une «expulsion massive d’ampleur inédite» et craint un «nettoyage ethnique» dans les territoires occupés. Le «transfert illégal» de Palestiniens vivant dans les territoires occupés «constitue un crime de guerre», selon le Haut-Commissariat de l’ONU, et dans certaines circonstances, de tels actes peuvent même «s’apparenter à un crime contre l’humanité». Fort du soutien indéfectibles Etats-Unis, le gouvernement israélien, composé d’extrémistes suprémacistes, ne veut en aucun cas permettre l’émergence d’un Etat palestinien viable. (cath.ch/be)

Jacques Berset

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