En présentant une «Plateforme pour le désinvestissement dans le secteur minier» le 20 mars, le Saint-Siège a voulu encourager les organisations catholiques à promouvoir une «finance éthique» qui prenne en compte l’impact négatif que peuvent avoir certaines sociétés minières pour l’environnement comme pour les populations locales.
Une quarantaine d’organisations catholiques a déjà rejoint ce réseau, À l’origine de ce mouvement se trouve le «Réseau Églises et Mines», un réseau œcuménique sud-américain soutenu par une quinzaine de conférences épiscopales pour répondre aux défis environnementaux et sociaux provoqués par l’extraction minière. Le Réseau est constitué de défenseurs des droits de l’homme et de la nature, souvent persécutés, voire assassinés pour leur témoignage.
La «Plateforme pour le désinvestissement dans le secteur minier» vise promouvoir la finance éthique dans le cadre de l’écologie intégrale et des documents de l’Église sur la technologie et l’investissement responsable.
Au cours de la conférence de presse, Yolanda Flores, représentante péruvienne du peuple Aymara qui vit au bord du lac Titicaca, a demandé, avec détermination: «Comment pouvons-nous prendre soin de nous si vous polluez nos montagnes? Moi aussi, je veux savoir si j’ai des métaux lourds dans mon corps, si ce que nous donnons à manger à nos enfants est toxique. Nous voulons enquêter. Car ces problèmes ne sont pas seulement les miens. Vous aussi, posez-vous cette question ! Notre agriculture, et surtout nos eaux, nos rivières et nos zones humides d’altitude sont ravagées et détruites par l’exploitation minière…»
Originaire de territoires présentant un grand intérêt pour l’extraction de minerais critiques, Yolanda a raconté que, face aux violations répétées des droits des populations en Amérique latine, en particulier celles perpétrées par des multinationales qui ne protègent pas ceux qui vivent sur ces terres, sa communauté a pris le temps de réfléchir pour tenter d’aller au fond des choses et de mettre en lumière ceux qui financent l’exploitation de ces territoires.
Mais c’est quelque chose que les populations locales ne peuvent pas faire seuls, dit-elle, c’est pourquoi elle appelle à l’aide: «Nous sommes ici pour voir si quelqu’un peut nous aider à aller au fond des choses. Nous sentons que ce sont des espaces où nous pouvons donner de la visibilité à nos problèmes qui, parfois, semblent sans solution. Nous avons besoin de professionnels, que nos enfants puissent aller étudier à l’université, de pasteurs qui marchent avec nous. Pour que le monde comprenne – a-t-elle insisté – qui nous sommes et pourquoi nous revendiquons nos terres. Quand mettrons-nous vraiment en pratique ce que Jésus, l’Évangile, nous dit ?»
«Nous savons que les minéraux sont nécessaires à de nombreux aspects de la vie contemporaine. Cependant, nous savons aussi que, trop souvent, leur extraction s’est faite sans écouter les communautés locales, sans respecter les droits des peuples autochtones et sans tenir compte des limites des écosystèmes qui soutiennent la vie», a déclaré en ouverture le cardinal Fabio Baggio, sous-secrétaire du dicastère pour le Service du développement humain intégral.
La Plateforme pour le désinvestissement dans l’industrie minière se veut un signe concret de cette conversion nécessaire qui n’est pas simplement une décision technique ou financière. «Il s’agit d’un acte de cohérence avec notre foi, avec la défense de la dignité humaine et avec l’engagement à prendre soin de notre Maison commune. Il est important d’écouter les voix des communautés, qui vivent au quotidien les défis et les conflits causés par l’exploitation minière, tant légale qu’illégale. Nous ne pouvons rester silencieux face à des injustices évidentes», a-t-il déclaré.
Le cardinal Álvaro Ramazzini, évêque de Huehuetenango, au Guatemala, connu pour son engagement en faveur des droits de l’homme, des peuples autochtones, des migrants et de la justice sociale, défend le concept d’«écologie intégrale» développé par le pape François dans l’encyclique Laudato si’. Il a décrit la lutte qui a marqué le diocèse de San Marcos.
Dans son ancien diocèse, la société minière canadienne Gold Corp, «avec le consentement du gouvernement de l’époque, pour ne pas dire sa complicité», a obtenu la licence d’explorer une zone autochtone, celle de l’ethnie Mam, un peuple pauvre, oublié des institutions, sans accès à des services de santé et d’éducation de qualité, avec des voies d’accès difficiles. Après avoir acheté le terrain à un prix dérisoire, elle a trompé les habitants en menant une activité formellement légale, a affirmé le cardinal, mais qui ne répondait pas aux critères de justice distributive pour les populations. Les ethnies indigènes locales n’ont pas touché de réels dividendes, et la société minière canadienne a porté gravement atteinte à l’écosystème naturel dans lequel elles vivent. Le défi pour l’Église, a affirmé le cardinal, est souvent de «faire comprendre aux gouvernements et aux entrepreneurs que ce qui est légal ne correspond pas toujours à la notion de justice».
Mgr Vicente Ferreira, évêque de Livramento de Nossa Senhora, au Brésil, et conseiller du «Réseau Églises et Mines», a évoqué ce qu’il considère comme les fausses solutions du soi-disant «capitalisme vert». Il a dénoncé les scénarios de guerre qui se profilent et qui «suscitent de nouvelles inquiétudes chez nos peuples d’Amérique latine et des Caraïbes, dont les territoires sont dans le collimateur du néocolonialisme militaire, avide de terres rares comme ressource pour maintenir le statu quo des plus puissants». Et il a souligné que «c’est depuis la base que nous rêvons d’un monde nouveau. À partir des communautés quilombolas, des peuples autochtones, des pêcheurs; de l’agroécologie et de tous ceux qui protègent les forêts, nos rivières, nous formons une caravane en faveur de la défense de toute la création». Il a lancé cet avertissement: «Nous ne pouvons pas nous laisser intimider par les sirènes de l’argent !»
C’est au religieux combonien italien Dario Bossi, coordinateur du Réseau et ancien conseiller de la Conférence épiscopale du Brésil, fort d’une grande expérience acquise dans des zones touchées par l’activité minière, qu’il est revenu de préciser ce qu’est la plateforme présentée au Vatican. C’est un espace d’échange d’informations, d’étude des aspects liés à l’extraction minière et aux processus financiers, ainsi qu’un appel à la collaboration.
Il a relevé qu’entre 2018 et 2022, précisément au cours des années où se sont produits les graves crimes socio-environnementaux commis par les grandes sociétés minières opérant au Brésil, comme Vale à Mariana et Brumadinho, plus de 54 milliards de dollars de financements internationaux, provenant de banques et de fonds d’investissement de différents pays ont été versés à ces entreprises.
«Face à cette réalité, de nombreuses organisations sociales et ecclésiales ont commencé à considérer le désinvestissement comme une stratégie éthique etefficace pour lutter contre ces violations», a-t-il déclaré, renvoyant, à certains documents du Vatican, dont «Mensuram Bonam», de l’Académie pontificale des sciences sociales (2022), qui propose des critères basés sur la foi pour les investisseurs catholiques. Ce texte de référence veut orienter les investissements financiers des institutions catholiques selon la doctrine sociale de l’Église. Il réaffirme que l’argent doit être mis au service du bien commun et de la dignité humaine, en favorisant une économie plus juste, inclusive et durable. (cath.ch/vaticannews/be)
Jacques Berset
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