Auschwitz: Nouvelle croix implantée près de l’ancien camp d’extermination nazi
Varsovie, 12 avril 1999 (APIC) La tension est remontée d’un cran dans la ville polonaise d’Oswiecim après l’implantation d’une nouvelle croix aux abords de l’ancien camp d’extermination nazi d’Auschwitz. Il s’agirait d’un acte de protestation de militants polonais après l’adoption samedi par le parlement polonais d’une loi instaurant une zone de protection totale de 100 m autour du complexe des anciens camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau.
L’an dernier, face aux critiques juives en provenance du monde entier, le primat de Pologne, le cardinal Jozef Glemp, avait demandé aux initiateurs de cesser leur campagne d’installation de croix aux abords du camp de concentration. Malgré cet appel, les quelque 200 croix plantées alors sont toujours là. L’Eglise polonaise a cependant toujours refusé d’enlever la croix de huit mètres de haut érigée en souvenir de la visite du pape Jean Paul II au camp de concentration de Birkenau en 1979.
Dimanche, un groupe de catholiques conservateurs a célébré une messe dans la gravière près du camp de concentration, où des patriotes polonais ont été exécutés par les nazis. Ces militants opposés à l’éloignement des croix ont également récolté des signatures et collecté de l’argent pour financer la construction d’une église du souvenir dédiée à la mémoire des Polonais assassinés par les nazis à Auschwitz.
Mettre un terme à la « guerre des croix »
Avec la nouvelle législation « pour la protection des lieux du souvenir et du martyre », le gouvernement polonais souhaitait apaiser les tensions et mettre un terme à la « guerre des croix » qui envenime les relations de la Pologne avec le monde juif et ternit son image au niveau international.
Les milieux juifs rejettent la présence de symboles religieux dans ce camp où périrent près de 1,5 million de leurs coreligionnaires. Cependant, les habitants de la ville d’Oswiecim, au Sud de la Pologne, sur le territoire de laquelle est bâti le complexe des camps de la mort, craignent que cette loi bloque tout développement économique. Le mois dernier, des centaines d’entre eux ont manifesté contre le projet de loi sur la protection du site, craignant de perdre leur travail, voire même leur maison. Tout en soulignant qu’ils ne sont pas poussés par des motivations antisémites, ils rappellent que lors de l’invasion allemande de la Pologne, nombre d’entre eux avaient été expulsés du site sur lequel les nazis ont construit leurs camps d’extermination. Ils disent craindre de devoir revivre la même expérience.
Les habitants craignent les effets négatifs de la zone de protection
D’après la nouvelle législation, il sera impossible de bâtir quoi que ce soit dans un périmètre de 100m autour du site sans permission expresse des autorités régionales. Aucun rassemblement ou activités commerciales ne pourront être mis sur pied dans la zone de protection. Le gouvernement polonais a étudié une zone de protection après les vives polémiques sur la construction d’un mini « supermarché » non loin du camp d’Auschwitz. Notons encore que la justice polonaise poursuit actuellement pour incitation à la haine raciale Kazimierz Switon, l’un des chefs de file de la campagne d’installation des croix en bordure du camp d’Auschwitz. Ancien militant du syndicat libre « Solidarnosc », Switon est accusé de propager l’antisémitisme et la haine des Allemands, pour avoir qualifié dans un tract l’Allemagne et Israël de « forces païennes sataniques visant à détruire la nation polonaise. » (apic/bbc/kna/be)
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