Fribourg: Un colloque international honore le père de la théologie de la libération
Fribourg,
(APIC) Gustavo Gutierrez le père de la théologie de la libération est à l’honneur durant trois jours à l’Université de Fribourg. Après lui avoir décerné l’automne dernier un doctorat honoris causa, la Faculté de théologie lui consacre un colloque placé sous le titre «Dieu devant nous». Quelque 80 personnes ont pris part mercredi à l’ouverture de cette manifestation à la salle Rossier de l’hôpital des Bourgeois.
Outre Gustavo Gutierrez lui-même, le colloque rassemble quelque uns des grands noms de la recherche théologique dont le dominicain lyonnais Christian Duquoc, le professeur Giuseppe Alberigo de Bologne et le jésuite allemand Norbert Brieskorn.
Pour Ruedi Imbach, vice-recteur de l’Université de Fribourg, le Père Gutierrez est une personnalité importante du XXe siècle car il rappelle d’une manière forte que l’homme est responsable de l’homme. Sa réflexion sur la nature et la fonction de la théologie est de première importance pour une faculté de théologie telle que celle de Fribourg confrontée aux mutations rapides de la société. Organisé conjointement par la Faculté de théologie, Caritas Suisse et l’Action de Carême, le colloque se veut aussi l’expression d’une résistance au discours néo-libéral envahissant. Homme de réflexion et de contemplation, Gustavo Gutierrez n’en a jamais pour autant négligé l’action, en particulier dans sa paroisse du Rimac, à Lima.
Le long chemin de l’Eglise des pauvres
Premier orateur du colloque, le professeur italien Giuseppe Alberigo s’est penché sur la longue gestation de la notion d’»Eglise des pauvres». Pour le pape Jean XXIII, la pauvreté était quelque chose de naturel. Fils d’une famille de paysans, il vécut lui-même cette précarité, raison pour laquelle, sans développer une théologie spécifique de la pauvreté, il fut si populaire auprès des pauvres du monde entier, estime G. Alberigo.
Mais dans l’Eglise en général la pauvreté est alors essentiellement conçue sur le plan individuel et spirituel. On réfléchit à la pauvreté en esprit ou au vœu de pauvreté des religieux. Sur le plan économique et social, la majorité, marquée par la prédominance capitaliste, et la crainte viscérale du marxisme, pense que la pauvreté est un ’inconvénient’ en voie d’élimination.
La phrase prophétique du pape Jean XXIII, «l’Eglise est l’Eglise de tous mais avant tout, celle des pauvres» ne trouvera que peu d’écho dans les travaux du Concile Vatican II convoqué en 1962. Seul un petit nombre de prélats emmenés par le cardinal Lercaro, archevêque de Bologne, tentera de faire de la pauvreté une question théologique à placer au centre des débats. Mais ses notions de «Christ pauvre» et d’»Eglise pauvre» tomberont à plat y compris parmi les évêques du tiers monde, à l’exception de l’un ou l’autre comme Dom Helder Camara.
Si le Concile n’a pas porté de fruits sur la question de la pauvreté, les germes étaient semés, estime le professeur Alberigo. Un sentiment partagé par Gustavo Gutierrez qui reconnaît qu’à l’époque, lui-même commençait seulement à s’ouvrir à cette question. On voyait la pauvreté avec les sentiments plutôt qu’avec la raison théologique, se souvient-il. En faisant de la pauvreté une question théologique, le cardinal Lercaro a effectué un pas décisif pour la naissance de la théologie de la libération. Le développement ultérieur de cette réflexion a permis de faire de la pauvreté une interpellation à toute l’Eglise, conclut G. Gutierrez. (apic/mp)
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