Suisse: Evolution de la religiosité des Suisses»

Nouvelle enquête dix ans après « Croire en Suisse(s) »

Lausanne, 16 avril 1999 (APIC) L’enquête publiée en 1992 sous le titre « Croire en Suisse(s) » avait apporté des informations précieuses pour les sociologues de la religion. C’était une première en Suisse. Afin de se munir d’instruments de comparaison quant à l’évolution des comportements, l’Institut d’éthique sociale (IES) est en train de mener, sous le titre « Religion et lien social » une investigation similaire. Celle-ci sera doublée d’une enquête au plan international. Jamais les pratiques religieuses des Suisses n’ont ainsi passé sous la loupe.

Comment le paysage religieux suisse a-t-il évolué durant la dernière décennie? La tendance à l’individualisation des attitudes religieuses se poursuit-elle? Qu’en est-il du rapport aux institutions? Comment réagit la population au métissage religieux? Attend-elle une intervention de l’Etat pour cadrer l’action des groupes religieux? Telles sont quelques-unes des questions que se posent les sociologues. « En répétant dix ans plus tard cette recherche, nous nous donnons (enfin) les moyens de vérifier les évolutions évoquées et de créer ainsi un instrument de connaissance fiable », déclarent les chercheurs de l’IES, un Institut de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) basé à Lausanne.

La Suisse ne forme pas une exception au coeur de l’Europe… du moins sur le plan religieux en cause ici. « Encore fallait-il pouvoir comparer des données équivalentes », indique Claude Bovay, attaché de recherche auprès de l’IES. « Nous pourrons y contribuer dans le cadre de cette recherche internationale ». En effet, le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNSRS) a confié à l’Institut lausannois la responsabilité d’appliquer en Suisse le questionnaire 1998 de l’ »International Social Survey Programm » (ISSP) portant sur la religion. Les sociologues helvétiques vont ainsi se trouver face à une double avalanche de données: d’une part leur propre questionnaire, qui reprend environ 80% des questions posées il y a dix ans, et d’autre part celui de l’ISSP qui permettra d’inclure les données suisses dans une grille d’analyse européenne, voire mondiale.

L’Institut lausannois totalisera ainsi un capital d’information considérable. Les résultats feront l’objet d’un premier compte-rendu à Pâques 2000. « Mais nous ne publierons dans l’immédiat que quelques grandes lignes », explique Cl. Bovay. « Car nous voulons vraiment nous donner le temps d’une analyse très soigneuse avant de publier ces données. » Les chiffres seront analysés dans le cadre du rapport à remettre au FNSRS fin 2000, puis présentés dans un ouvrage à paraître en 2001. L’équipe de recherche lausannoise s’est un peu étoffée par rapport à 1989, mais elle devra mettre les bouchées doubles, puisqu’elle n’a pas de pendant alémanique cette fois. Elle est constituée d’lrène Becci, Claude Bovay, Jacques Spagnoli sous la direction du professeur Roland J. Campiche.

Pour réaliser l’enquête, l’IES a mandaté l’Institut de sondage Link. Celui-ci a réalisé quelque 1’600 entretiens téléphoniques. « Il s’agit d’une technique nouvelle mais éprouvée qui remplace de plus en plus les entretiens face à face », indique l’IES. Arrivés au terme de l’échange téléphonique, les enquêtés se voyaient adresser le deuxième questionnaire – celui de ISSP – qu’ils renvoyaient par poste après l’avoir rempli. A ce jour, près de 70% des questionnaires ont été retournés, et cela avant même l’envoi d’un rappel.

Une analyse de la transmission du fait religieux

Par rapport à leur première investigation, le titre « Religion et lien social » élargit le champ d’analyse. Claude Bovay s’en explique: « C’est que nous voulons critiquer la thèse de l’individualisation, laquelle considère que chacun est porteur d’une pratique religieuse qui lui est personnelle. » Ainsi de nouvelles questions se font jour: comment se diffuse le religieux? Quels sont les liens par lesquelles se transmettent les valeurs et les comportements? « Ce qui nous intéresse, commente Cl. Bovay, c’est de mieux saisir les logiques de transmission et d’appropriation, qui sont bel et bien des logiques personnelles, mais aussi sociales, régionales, linguistiques… »

A terme, la réflexion pourrait prendre une tournure plus éthique, pour en arriver à se demander comment le religieux intervient dans un mode de vivre ensemble. « C’est un développement éthique ou politique qui pourrait survenir en arrière plan de notre recherche, mais qui n’est pas notre propos pour l’instant », tempère Cl. Bovay. Il n’empêche qu’une aussi vaste exploration des comportements religieux permettra peut-être de saisir comment, dans la société, on a passé d’une problématique de la sécularisation à une problématique de la laïcité, laquelle consiste à savoir où il est légitime que le religieux réside: dans la sphère privé ou dans le domaine public. (apic/spp/pr)

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