Avec kath.ch
La tradition du Saint Sépulcre (Heiliges Grab) est un élément central de la piété populaire baroque, particulièrement ancré en Suisse centrale, au Tyrol et en Bavière. Ces structures spectaculaires transforment le chœur des églises en une scène de théâtre sacré pour commémorer la Passion du Christ.
Contrairement à une simple crèche de Noël, le Saint Sépulcre est souvent une immense architecture éphémère en bois peint, atteignant parfois 10 mètres de haut. Elle utilise des perspectives en trompe-l’œil pour donner une impression de profondeur. L’élément le plus fascinant est l’utilisation de boules de verre remplies d’eau colorée. Placés devant des bougies ou des lampes à huile, ces globes créent une lumière mystique et scintillante qui attire le regard vers le corps du Christ. Le Vendredi-saint, on y dépose une statue du Christ mort, souvent recouverte d’un voile. Dans la nuit de Pâques, par un mécanisme de poulies et de panneaux coulissants, la figure du Christ mort disparaît pour laisser place au Christ ressuscité, triomphant et lumineux.

En ce début de Semaine-sainte, l’église Saint Antoine de Rothenthurm s’est transformée en chantier, rapporte kath.ch. Des hommes transportent de lourds éléments en bois sur des chariots à travers la nef, dressent des colonnes, montent des statues, grimpent à des échelles de plusieurs mètres de haut. Il faut deux heures et demie pour que ces éléments se transforment en une œuvre d’art baroque totale: le Saint-Sépulcre.
«On ne peut pas monter un Saint-Sépulcre sans porter un regard empreint d’inquiétude et de tristesse vers Jérusalem», commente le curé Viktor Hürlimann. L’église du Saint-Sépulcre y est actuellement fermée en raison de la guerre, la situation est très grave. Des murs de béton qui semblent infranchissables se sont dressés entre les hommes, les religions et les pays. «Nous devons œuvrer pour la paix avec les autres religions et pays, précisément au nom de la résurrection de Jésus. »
Le Saint-Sépulcre date de 1688; il a été réalisé par un maître inconnu pour l’église paroissiale de Schwyz. Il a ensuite été transféré à Rothenturm, agrandi et repeint – et compte aujourd’hui parmi les plus anciens Saint-Sépulcres conservés dans l’espace germanophone. Après avoir passé des décennies dans le grenier, il a été restauré entre 2016 et 2018 et rendu à nouveau accessible.
Le groupe de bénévoles travaille de manière visiblement bien rodée. Avec un savoir-faire artisanal, se dessine peu à peu un décor construit il y a 338 ans. Le tombeau est de couleur grise: derrière un rideau violet repose un Christ peint dans le tombeau. Ce n’est que le Vendredi-saint que le rideau sera levé. Pour finir, des boules de verre colorées seront mises en place. À partir du dimanche de Pâques, il y aura une adoration eucharistique pendant trois jours, indique le curé.

Pour Viktor Hürlimann, l’oeuvre qui s’érige dans le choeur de l’église n’est pas une simple décoration. «La foi n’est pas simplement une idée. Elle remonte à des événements concrets: le Christ a été crucifié et est ressuscité.» Il s’agit de ne pas rester dans une spiritualité abstraite, mais de vivre sa foi corps et âme». Pour lui, le Saint-Sépulcre rend cette foi tangible. «L’être humain a besoin de quelque chose de concret, de quelque chose qu’il peut voir et toucher».
Face à ce sépulcre, rempli d’une multitude d’images, de figures et de symboles, on n’a pas besoin de livre pour transmettre la foi, poursuit le prêtre qui aime particulièrement le présenter à des classes d’écoles. (cath.ch/kath.ch/mp)
Maurice Page
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/traditions-pascales-le-saint-sepulcre-de-rothenthurm-sz/