Comme Marie-Madeleine? Comme Simon-Pierre ? Comme Jean? «Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin. C’était encore les ténèbres…et le tombeau est vide». Dans la Bible, le mot ténèbres désignent d’abord l’absence de vie. Et effectivement la vie n’est plus là, c’est le vide.
Alors, entre le vide du tombeau, la foi de Jean, le mutisme de Pierre et la présence de Marie-Madeleine qui pleurait… N’y a-t-il pas là, quelque chose de profondément humain qui rejoint notre expérience personnelle de tous les jours? Cet événement, si difficile à penser qu’est la résurrection, nous saisit comme Marie-Madeleine devant la pierre roulée, comme Pierre muet de stupeur et comme Jean. Mais Jean, à la différence des autres, exprimera l’impensable… «Il vit et il crut».
« Lorsqu’il n’y a plus que le vide dans l’existence, Sa présence porte encore… »
Toute proportion gardée, la foi que nous essayons de vivre aujourd’hui avec ce sentiment de ne plus pouvoir partager et exprimer cette joie profonde de la Bonne Nouvelle, n’est peut-être pas si loin de ce qui s’est passé au temps de Jésus? Nous touchons là le vrai mystère de la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur le mal… Lorsqu’il n’y a plus que le vide dans l’existence comme dans le tombeau, Sa présence porte encore et fait avancer… Pourquoi?
Notre foi, en cet impensable qu’est la Résurrection, s’inscrit étonnamment au cœur de nos indifférences et de nos doutes. Ce monde qui peut nous faire peur, voire brouiller notre espérance, est précisément celui où Dieu a pris chaire pour réaffirmer sa Promesse et sa foi en l’Homme. Il y a là comme un vertige et une contradiction mais c’est précisément là que la Parole vient relever ce qui était perdu.
« Nous sommes souvent habités par cette tension entre l’absence de Dieu dans nos vies [et certitude de son amour pour nous…] »
Oui, Pâques est ce temps privilégié où nous pouvons relire l’histoire de notre vie de foi. La redécouvrir dans ce qu’elle peut avoir d’incongrue, de fragile mais aussi d’étonnant. En fait, nous sommes souvent habités par cette tension entre l’absence de Dieu dans nos vies, la peine qui nous envahit jusqu’au larmes devant la souffrance et la mort et en même temps, quelque chose d’une espérance peut-être même d’une certitude qui ressemble à l’affirmation de foi de Jean… Il vit et il crut…
Cela veut dire que nos yeux sont aussi capables comme Jean de voir ce qui ne se voit pas comme les signes d’un renouveau, d’une transformation mystérieuse en chacune et chacun. Seul l’amour permet de voir ce qui ne se voit pas et c’est bien ce qui anime Jean. Il aime le Christ. Son cœur est ouvert et disponible. La grâce fait son chemin en lui.
« Le tombeau ouvert manifeste que le vide est un appel à naître de l’Esprit et à regarder autrement »
Oui, en ce matin de la résurrection, Dieu vient dire et redire sans cesse sa confiance en chacune et chacun. Il ne s’impose jamais. Oui, le tombeau ouvert manifeste que le vide est un appel à naître de l’Esprit et à regarder autrement. Le voile du sanctuaire s’est déchiré (Lc 23,45). Dieu est désormais proche comme nous ne pouvons l’imaginer. C’est là que se renouvelle la grâce de notre baptême et c’est ce que nous célébrons aujourd’hui.
Demandons au Seigneur de vivre ce matin de Pâques comme un renouveau en nous, tel le disciple que Jésus aimait. Alors dans le secret de notre cœur, nous pourrons dire avec Jean: «Oui, je vois et je crois que tu es le Vivant», et je t’aime.
Frère Michel Fontaine OP | Vendredi 3 avril 2026
Jn 20, 1-9
Le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
celui que Jésus aimait,
et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau,
et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple
pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
Il entre dans le tombeau ;
il aperçoit les linges, posés à plat,
ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
non pas posé avec les linges,
mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple,
lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
que, selon l’Écriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
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