Le Tribunal de la dette va s’ouvrir à Rio de Janeiro

Paris. Dette : les pays créanciers sont très largement débiteurs vis-à-vis des pays pauvres.

Paris, 18 avril 1999 (APIC) L’économiste brésilien Marcos Arruda, invité par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), a exposé dernièrement à Paris les mécanismes et le but du Tribunal de la dette qui aura lieu du 26 au 28 avril à Rio de Janeiro. Il a insisté sur le fait qu’il faut considérer la dette financière intérieure et extérieure d’un pays dans le contexte de toutes les dettes sociales, politiques et environnementales dont ils sont les créanciers.

La venue de Marcos Arruda en France s’est faite dans le cadre de l’animation de la campagne française pour l’annulation de la dette. Cet économiste brésilien, président de l’Institut des politiques alternatives pour le Cône sud (IPACS) et conseiller de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), est le coordinateur du symposium sur la dette extérieure, réalisé en juillet 1998 à l’initiative de la CNBB et dont l’aboutissement est le Tribunal de la dette.

Cet événement verra la participation de cent représentants des Eglises, des organisations locales et nationales, et de personnalités du monde entier. Il vise à faire du thème de la dette une priorité dans l’espace des médias brésiliens, et, par delà, du monde entier. « Le Tribunal sera comme un vrai procès, avec accusation et défense » explique Marcos Arruda. Au rang des accusés, les pays colonisateurs, très largement débiteurs vis-à-vis des peuples qu’ils ont asservis économiquement et privés d’autonomie politique, non sans détruire leur environnement quand, précisément, la vie des peuples indigènes se fondait sur la symbiose avec la nature.

Pour Marcos Arruda, il est instructif de mettre dans la même balance cette triple dette sociale, politique et écologique des pays riches et la dette financière des pays pauvres. Si l’on prend pour base les sommes que l’Allemagne a versées à l’Etat d’Israël en compensation de la Shoah, un calcul proportionnel pour les 100 millions d’Indiens et de noirs tués en Amérique latine pendant cinq siècles (1) aboutit à la somme de 2,2 mille milliards de $. De même, l’argent volé pendant ce temps sous forme de denrées et autre biens est estimé à 9,5 milliards de $ en valeur de 1850. Somme qu’il conviendrait d’actualiser à un taux de 6,5 % par an et pendant 150 ans…

La responsabilité des dictatures militaires

L’économiste souligne par ailleurs la responsabilité des dictatures militaires en Amérique latine : non contentes de s’endetter inconsidérément, elles ont accepté sans broncher, au début des années 80, que le pouvoir de décision économique soit transféré aux créanciers via les plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Lesquels ont comprimé l’économie interne des pays pauvres en favorisant l’investissement sur les secteurs d’exportation qui génèrent un surplus commercial transformé en devises pour payer la dette. Mais les pays du Sud débiteurs sont arrivés avec des produits agricoles et miniers peu transformés sur le marché international : ils se sont concurrencés et leurs produits ont perdu de la valeur par rapport à ceux qu’ils importaient (il suffit de comparer combien de sacs de café il fallait vendre pour acheter un tracteur avant et après la crise). : c’est « l’échange inégal ». Sans compter que la politique des pays riches de concentration des investissements dans les pays les plus dynamiques d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie a entraîîné la privatisation des secteurs les plus rentables de nombreuses entreprises publiques :

« Avec cette politique, dont le président brésilien, Fernando Henrique Cardoso, s’est fait le champion, poursuit l’économiste, le Brésil détruit aujourd’hui sa capacité d’être un pays autonome ». C’est cette situation de croissante fragilité et le cercle vicieux de la dette qu’il faut briser. Objectifs : annulation pure et simple de la dette des pays les plus endettés. Pour les autres, les pays émergents, (comme le Brésil et le Mexique), réexamen de la part juste et de la part injuste de la dette – ainsi la seule augmentation des taux d’intérêts, décidé unilatéralement par les USA, à fait perdre à l’Amérique latine 106 milliards de $ en 1979-1980. C’est aux parlements des pays concernés qu’il revient de faire ce réexamen et de renégocier le paiement de la dette à partir des budgets des pays, sans dépasser 3 à 5 % du montant des exportations. Encore faut-il trouver le moyen de garantir à terme que l’annulation de l dette ne va pas renforcer les élites locales. C’est pourquoi « L’argent libéré doit impérativement servir à l’éradication de la pauvreté ». (apic/jcn/ba)

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