Les conditions à la paix selon Mgr Tauran

Guerre des Balkans: Le Saint-Siège continue à réclamer la fin des combats

Rome, 20 avril 1999 (APIC) Que Belgrade mette fin aux opérations militaires et de purification ethnique au Kosovo, que l’OTAN suspende ses bombardements, que les réfugiés rentrent chez eux sous la protection d’une force d’interposition internationale: telles sont les conditions d’un retour à la paix dans les Balkans, selon Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du Vatican pour les rapports avec les Etats. Dans une interview publiée mardi par le quotidien français « Le Figaro », le prélat français réaffirme la position du Saint-Siège face à la crise des Balkans.

Après avoir rappelé tout d’abord les appels incessants du pape en faveur de l’arrêt des bombardements, Mgr Tauran énumère les conditions qui justifient le recours à la guerre, à savoir « que le dommage infligé par l’agresseur (…) soit durable, grave et certain; que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces; que soient réunies les conditions sérieuses de succès; que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus grave que le mal à éliminer ».

Dans le cas précis des bombardements sur la République de Yougoslavie, Mgr Tauran souligne que l’OTAN a toujours déclaré ne pas vouloir faire la guerre mais « faire la paix et surtout mettre fin aux insupportables violations des droits de l’homme dont sont victimes les populations kosovars ». Reconnaissant « l’évolution importante du droit international » quant au « devoir d’ingérence humanitaire en cas de violation des droits de l’homme », le prélat rappelle « l’intense activité diplomatique » déployée – en vain – avant le déclenchement de la guerre. Cependant, la « responsabilité » du choix d’un recours aux armes « repose sur ceux qui ont considéré opportun de l’adopter », souligne-t-il. Et d’ajouter: « Le Saint-Siège a pris acte d’une telle décision mais a cherché à faire réfléchir sur les conséquences qui en découlent pour les populations ». Pour le Saint-Siège, « on se trouve face à la délicate question de la proportion entre le mal que l’on veut combattre et les conséquences de la thérapie qu’on applique ».

Pas écouté

Mgr Tauran explique ensuite la demande de Jean Paul II d’une trêve entre les fêtes de Pâques catholiques et orthodoxes, destinée à apporter la paix et la sérénité aux populations pendant les fêtes mais surtout à fournir aux parties en conflit quelques jours de réflexion. « Le Saint-Siège attendait donc, poursuit-il, que les principaux acteurs de la crise profitent de cette initiative pour faire vaincre la paix. Il n’en a pas été ainsi, hélas ! »

Quelle solution? Le Vatican est clair: « l’établissement d’un couloir humanitaire », mais à des « conditions très précises », insiste Mgr Tauran: « arrêt des opérations militaires et de purification ethnique de la part des Autorités de Belgrade ; suspension des bombardements de l’OTAN ; retour des réfugiés et des déplacés, avec l’aide des organisations humanitaires placées sous la protection d’une force d’interposition internationale qui donnerait confiance à tous ». »

Quant à la question de l’indépendance ou de l’autonomie du Kosovo, Mgr Tauran rappelle que, contrairement à la Croatie et à la Slovénie, le Kosovo est une province de la République serbe, non une république fédérée de l’ex-Yougoslavie. Il ne s’agit pas, cependant, pour le pouvoir central serbe, de ne pas respecter « les aspirations légitimes de la population » à majorité albanaise, ajoute le prélat, il doit au contraire « s’inspirer des grands textes fondateurs de l’Europe (Conseil de l’Europe, OSCE) ». (apic/imed/pr)

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