Guerre des Balkans: Les Eglises de Yougoslavie dénoncent l’intervention de l’OTAN,
Genève, le 20 avril 1999 (APIC) Toutes les grandes Eglises de Yougoslavie condamnent «catégoriquement» frappes de l’OTAN, rapporte une délégation oecuménique qui vient de revenir de Belgrade et de Novi Sad, ou elle a effectué une visite pastorale. La délégation DU Conseil œcuménique des Eglises (COE) s’inquiète des retombées de cette guerre, du sentiment d’injustice et de la haine qu’elle suscite dans la population à l’égard des Occidentaux
«Ils (les responsables d’Eglise) considèrent l’intervention de l’OTAN comme la pire des réponses possibles à la crise du Kosovo», a déclaré à l’Agence œcuménique ENI Alexander Belopopsky, du secrétariat de l’Europe du Conseil oecuménique des Eglises, peu après son retour d’une visite de deux jours en Yougoslavie. «L’intervention de l’OTAN a engendré un profond sentiment d’injustice et d’indignation dans toutes les Eglises».
«Les bombardements de l’OTAN ont aggravé la situation», a témoigné devant la délégation l’évêque orthodoxe serbe Irinej. «Les difficultés au Kosovo se sont multipliées par mille après l’intervention de l’OTAN. La politique occidentale à l’égard de la Yougoslavie a aujourd’hui engendré le plus fort élément anti-occidental en Europe».
Alexander Belopopsky, qui faisait partie de la délégation avec Keith Clements, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK) et Olli-Pekka Lassila, du secrétariat de l’Europe de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), a rencontré des représentants des Eglises orthodoxe serbe, luthérienne, réformée, méthodiste et catholique romaine de Yougoslavie.
Le COE, la KEK et la FLM ont tous leur siège au Centre oecuménique à Genève. Tous ont, avec d’autres organismes d’Eglises, réclamé la fin des bombardements de l’OTAN qui durent depuis quatre semaines.
Voix discordantes dans les Eglises
De nombreuses Eglises dans le monde se dont déclarées très préoccupées par la crise du Kosovo. La majorité d’entre elles ont demandé l’arrêt des frappes de l’OTAN, même si certains responsables d’Eglise d’Amérique du Nord et de l’Europe – le président de la Conférence des évêques allemands, Mgr Lehmann, notamment, partisan d’un accroissement des frappes – ont fait remarquer que l’action de l’OTAN pouvait être le seul moyen de mettre un terme à la violence exercée par Slobodan Milosevic contre les Albanais de souche au Kosovo.
Des débats – parfois animés – sur l’Internet et dans les médias – s’interrogent sur le rôle de l’Eglise orthodoxe serbe, principale Eglise du pays, certains accusant ses responsables de soutenir la politique du président Milosevic.
Pour Alexander Belopopsky, qui a rencontré le patriarche Pavle, primat de l’Eglise serbe, et d’autres représentants orthodoxes durant cette visite, ces accusations sont «ridicules. Le patriarche Pavle a appelé les autorités yougoslaves à éviter l’escalade du conflit. Il a souligné que toute guerre est mauvaise, et la guerre civile est doublement mauvaise». Par ailleurs, a-t-il ajouté, l’évêque Irenej a exprimé «sa peine devant la situation des réfugiés du Kosovo».
Le droit d’un Etat de répondre à un mouvement terroriste fortement armé
«Tout montre que ces dernièères années l’Eglise orthodoxe serbe s’est fortement opposée aux dirigeants yougoslaves en ce qui concernait la situation du Kosovo. L’Eglise a constamment proposé des solutions de rechange».
Alexander Belopopsky a aussi rappelé que le patriarche Pavle et le synode de l’Eglise orthodoxe avaient recommandé des propositions de l’évêque orthodoxe du Kosovo visant à la «division en cantons» de la province avec garantie des droits et autonomie pour les groupes ethniques.
Par ailleurs, a-t-il continué, des représentants orthodoxes et protestants ont mis l’accent sur «le droit de l’Etat (yougoslave) de répondre à un mouvement terroriste armé sur son propre territoire souverain».
Alexander Belopopsky a souligné que la préoccupation première des responsables d’Eglise était le sort des villes de Serbie. «Ils ne sont pas au Kosovo, ils sont dans des villes qui sont bombardées par l’OTAN», a-t-il dit. «L’évêque luthérien de Novi Sad a rappelé que des minorités – qui ne sont pas responsables des événements du Kosovo – snt affectées par les bombardements». (apic/eni/pr)
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