Les évêques tanzaniens: Faire de l’Eglise un bouc émissaire

Rwanda: L’arrestation de Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro, fait des vagues

Dar es Salaam/Rome/Kigali, 21 avril 1999 (APIC) L’arrestation le 14 avril de Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro, continue de fait des vagues au Rwanda et à l’étranger. D’après un communiqué rendu public mercredi par l’agence missionnaire MISNA à Rome, les évêques catholiques de Tanzanie réunis à Dar es Salaam ont fermement dénoncé la tentation du régime en place à Kigali de se faire justice soi-même. Mgr Misago, évêque de Gikongoro depuis 1992, a été écroué sous l’accusation de crime contre l’humanité et de participation au génocide de 1994.

Le pape Jean Paul II lui-même, évoquant ce mercredi, lors de la traditionnelle audience générale hebdomadaire, « les nombreuses ’guerres oubliées’ qui ensanglantent l’Afrique », n’a pas hésité à exprimer « en particulier le sentiment général de douleur et regret éprouvé à l’annonce de l’arrestation de Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro ». Au lendemain de l’arrestation, usant d’un ton inhabituellement ferme, le Vatican avait parlé d’un « acte d’une gravité extrême (…) qui perturbe profondément les relations entre la République du Rwanda et le Saint-Siège. » L’arrestation d’un évêque « est un acte qui frappe non seulement l’Eglise au Rwanda, mais l’Eglise catholique toute entière », a déclaré le porte parole du Saint-Siège Navarro Valls.

Le régime en place à Kigali esquive ses responsabilités

L’arrestation de Mgr Misago indique que le gouvernement de Kigali « évite par tous les moyens de prendre ses responsabilités en ce qui concerne le génocide rwandais de 1994 (…) pour en blâmer l’Eglise catholique, aussi bien locale qu’universelle », affirme la Conférence épiscopale de Tanzanie.

« Nous espérons – ont néanmoins poursuivi les évêques tanzaniens – que Mgr Misago sera traité avec équité », « selon des procédures juridiques internationales » et, « dans un climat de respect des personnes et des faits ». Tels sont les préliminaires qui « permettent d’établir la véracité des faits ».

« Dans toute l’histoire de l’humanité, rappellent-ils, à chaque fois que l’accusateur a également endossé le rôle de juge, de lourdes injustices ont été commises envers l’accusé ». « Nemo judex in propria causa (Nul ne peut être juge dans sa propre cause) », insiste encore l’épiscopat tanzanien. Le week-end dernier, les évêques du Burundi et le nonce à Bujumbura ont refusé de recevoir en audience le président rwandais Pasteur Bizimungu, en visite officielle dans la capitale burundaise. Pasteur Bizimungu avait violemment attaqué Mgr Misago en public le 7 avril dernier, une semaine avant son arrestation.

L’évêque de Gikongoro est accusé par les milieux gouvernementaux de complicité active dans le génocide qui a coûté la vie à 150’000 tutsis dans son diocèse, et en particulier de 30 adolescentes qui avaient cherché sa protection. Les évêques rwandais ont demandé la libération provisoire immédiate de Mgr Misago dans une lettre aux autorités de Kigali. L’évêque de Gikongoro souffre d’hypertension et ses conditions de santé risquent de s’aggraver en prison. Ses confrères ont assuré qu’il se soumettra à toutes les conditions légales qui seraient mises à sa libération provisoire.

Une stratégie d’attaque contre l’Eglise pour empêcher la réconciliation nationale

Le porte-parole du gouvernement rwandais, Wilson Rutayisire, réagissant à la prise de position du Saint Siège, s’est dit « surpris » étant donné Mgr Misago « est impliqué dans des crimes » et que durant ces cinq dernières années, « il n’a jamais répondu aux accusations d’avoir collaboré avec les miliciens hutus. » Les milieux religieux sur place et à l’étranger ont reçu un mémorandum de Mgr Misago – qui n’est encore comparu devant aucun tribunal qui aurait établi une quelconque culpabilité – démontrant que ce dernier a expliqué sa situation à maintes reprises.

Dans une prise de position diffusée mercredi à Rome, l’agence vaticane FIDES, qui dépend de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, affirme que l’arrestation de Mgr Misago, exactement cinq ans après les massacres de 1994, « est le dernier acte d’une stratégie du gouvernement rwandais pour réduire l’influence de l’Eglise et empêcher l’œuvre de réconciliation nationale. » FIDES avait déjà signalé le préétexte du gouvernement avancé pour confisquer un certain nombre d’églises pour empêcher le culte et en faire des monuments commémoratifs du génocide.

Fonder une Eglise nationale qui échapperait à la dépendance de Rome

A plusieurs reprises, les médias rwandais favorables au régime en place à Kigali ont critiqué le rôle de l’Eglise dans l’histoire du Rwanda. Privat Rutazibwa, un ex-prêtre devenu journaliste pro-gouvernemental avait estimé que l’Eglise catholique rwandaise « est trop dépendante de Rome », plaidant pour la création d’une « Eglise nationale rwandaise. »

Argumentant dans le même sens, un organe d’information comme « La Nouvelle Relève » affirme aussi que les missionnaires « ne sont plus nécessaires au Rwanda ». A noter que depuis le 1er janvier 1998, on a officiellement enregistré au Rwanda l’assassinat de 8 religieux. « Avec l’arrestation de Mgr Misago, on a voulu frapper et discréditer l’un des évêques les plus influents et loquaces de l’Eglise locale. Les catholiques du Rwanda se demandnt déjà qui sera le prochain », écrit mercredi FIDES.

Le diocèse de Gikongoro, dans la région la plus pauvre du Rwanda, a perdu 12 prêtres durant le génocide, seuls deux prêtres étaient restés dans le diocèse. Les catholiques, qui représentaient en 1992 le 46,8% de la population, ont été réduits à 28,2% aujourd’hui. Cette diminution, écrit FIDES, est due au génocide, mais également à la campagne de diffamation contre l’Eglise et ses pasteurs, aux flux migratoires qui ont caractérisé l’après-conflit, ainsi qu’au manque de personnel religieux. Aujourd’hui, le diocèse compte 14 prêtres, mais seuls 4 d’entre eux y sont régulièrement incardinés. (apic/misna/fides/be)

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