Régularisation des migrants: le gouvernement espagnol appelle à écouter l’Église

Alors que les partis d’oppositions s’efforcent d’empêcher le gouvernement espagnol de régulariser près d’un demi-million d’immigrés, ce dernier a appelé à «écouter l’Église» sur ce sujet. Les évêques ainsi que les organisations catholiques se sont en effet réjouies d’une mesure de «reconnaissance de la dignité humaine».

Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a défendu, le 14 avril 2026, la régularisation des immigrés en situation irrégulière qui devra prochainement être approuvée par le Conseil des ministres, rapporte le média Vida Nueva Digital. Un décret qui suscite l’ire des partis d’opposition, en particulier du Parti populaire (PP-centre droit) et de Vox (droite conservatrice). La vice-secrétaire à la coordination sectorielle du PP, Alma Ezcurra, a averti que son parti utiliserait tous les instruments politiques, parlementaires et juridiques au niveau national ou européen contre la régularisation prévue de 500’000 immigrés.

Une reconnaissance de la dignité humaine

Pedro Sanchez a demandé au PP de faire preuve de cohérence, en rappelant que le parti avait par le passé lui aussi régularisé des immigrés. Mais le chef de gouvernement a également appelé l’opposition à «écouter l’Église». Une adresse inhabituelle venant d’un politicien progressiste et laïc. Les relations entre le gouvernement socialiste actuel, bien que cordiales au niveau institutionnel, ont aussi pu être conflictuelles sur le plan politique et moral. Des tensions sont apparues par le passé sur des sujets tels que l’euthanasie, l’avortement, les droits des personnes LGBTQ+ ou encore la gestion des biens de l’Église. Mais les deux institutions ont des positions proches sur d’autres sujets comme celui de l’immigration.

Des organisations ecclésiales en Espagne se sont publiquement félicitées du projet de régularisation. En janvier 2026, alors que le Conseil des ministres entamait la procédure, Luis Argüello, président de la Conférence épiscopale, a diffusé un message vidéo dans lequel il reconnaissait que le décret «vient résoudre une situation qui, dans tant de communes d’Espagne, s’avérait déjà extrêmement difficile». Après tout, nous sommes face à «des personnes qui travaillent, qui ont recours aux services publics et sociaux, qui fréquentent les écoles, et qui se heurtent à ce mur que constitue l’absence de légalisation», poursuivait l’archevêque de Valladolid. Il s’agit pour ce dernier «d’une reconnaissance de la dignité humaine, d’une occasion de collaborer au bien commun».

Des immigrés qui participent à la prospérité du pays

Dans un communiqué conjoint, le Réseau des entités pour le développement solidaire (REDES), la Conférence espagnole des religieux (CONFER), Caritas et le Département des migrations de la Conférence épiscopale espagnole (CEE) ont également salué cette mesure. Elle constitue «un acte de justice sociale et de reconnaissance envers tant de migrants qui, par leur travail, contribuent depuis longtemps au développement de notre pays, même si cela implique de les maintenir en situation irrégulière».

L’Église soutient en outre depuis longtemps l’Initiative législative populaire (ILP). Lancée dès 2023, en grande partie par des organismes ecclésiastiques, elle promeut une régularisation extraordinaire des immigrés reposant sur des bases plus solides et plus durables. L’initiative a recueilli 600’000 signatures.

Elle a été admise à la procédure parlementaire (avec l’appui de plusieurs partis, y compris le PP à ce stade), mais a ensuite été bloquée. Face à ce blocage, le gouvernement de Pedro Sánchez a choisi une autre voie, en lançant en janvier 2026 une régularisation extraordinaire par décret. (cath.ch/vidanuevadigital/ag/arch/rz)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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