Des responsables catholiques recadrent JD Vance sur «la guerre juste»

En pleine polémique entre Donald Trump et Léon XIV sur l’Iran, le vice-président JD Vance a justifié l’opération américaine par le concept catholique de «guerre juste». Des arguments contredits par des spécialistes de la doctrine.

«Dieu n’est jamais du côté de ceux qui ont brandi l’épée et qui, aujourd’hui, larguent des bombes», a récemment déclaré le pape Léon XIV. Sa critique implicite de la guerre menée par Israël et les États-Unis en Iran et au Liban a fait violemment réagir Donald Trump il y a quelques jours. Des tentatives de justification relayées de manière plus élaborée peu après par JD Vance.

Dans un post publié sur X le 14 avril 2026, le vice-président a invoqué «la tradition millénaire de la théorie de la guerre juste», rapporte le média OSV News. «Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré la France des nazis? Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré les camps de l’Holocauste?», a-t-il questionné.

La guerre seulement pour se défendre

Des propos qui ont fait réagir des responsables catholiques. «Un principe constant de cette tradition millénaire (de la guerre juste, ndlr) est qu’une nation ne peut prendre les armes ‘qu’en légitime défense, lorsque tous les efforts de paix ont échoué’» a relevé Mgr James Massa dans un communiqué du 15 avril. L’évêque auxiliaire de Brooklyn, qui est également le responsable de la doctrine au sein de la Conférence épiscopale américain (USCCB), citait ainsi le Catéchisme de l’Église catholique (n° 2308).

Concernant les références de JD Vance à la Seconde guerre mondiale, Vincent J. Miller, professeur de théologie à l’Université de Dayton (Ohio), a souligné que l’Église catholique n’adoptait pas une position sans réserve sur les combats du conflit mondial. «L’Église a condamné la guerre totale menée pendant la Seconde Guerre mondiale, comme les bombardements d’extermination lancés sur des villes.»

Relire saint Augustin

D’autres spécialistes se sont étonnés des injonctions lancés par le vice-président selon lesquelles, «il est très, très important que le pape fasse preuve de prudence lorsqu’il aborde des questions de théologie.» «En réalité, les commentaires du pape Léon sur les guerres qui font rage actuellement sont tout à fait conformes à l’enseignement catholique et au droit international», a précisé à OSV News Mary Ellen O’Connell, professeure à la Faculté de droit de l’Université catholique Notre Dame (Indiana), spécialisée en droit international et en résolution des conflits.

«La réponse du vice-président montre qu’il a beaucoup à apprendre sur ce que l’Église enseigne réellement au sujet de la paix et de la guerre, note l’experte. Il pourrait méditer sur le Sermon sur la montagne, où Jésus invite ses disciples à aimer leurs ennemis, et lire le passage du Catéchisme consacré à la guerre sous le titre ‘La sauvegarde de la paix’, l’encyclique Pacem in Terris du pape Jean XXIII, ou encore le document des évêques américains Le défi de la paix, relève Vincent J. Miller. Ou bien, il pourrait simplement écouter plus attentivement le pape Léon — qui n’est pas seulement l’actuel chef du magistère de l’Église catholique, mais un homme qui a consacré sa vie à suivre les traces de saint Augustin, le premier à avoir formulé les principes de la théorie de la guerre juste.»

Les «leçons» de JD Vance sur la théologie malvenues?

La Charte des Nations Unies «suit ces anciennes normes morales, précise Mary Ellen O’Connell. Elle interdit tout recours à la guerre en premier lieu. (…) Ces principes moraux et juridiques ont été violés lors des attaques américaines contre le Venezuela ou l’Iran.»

Le fait que le vice-président des États-Unis «fasse la leçon» au pape en matière de théologie a aussi provoqué des interrogations à l’intérieur-même du Parti républicain. La théologie, «n’est-ce pas là le travail du pape?», a notamment questionné John Thune, leader de la majorité au Sénat. Le député du Dakota du Sud a fait valoir que s’il était JD Vance, il «resterait concentré sur le gouvernement, sur les enjeux économiques, sur les préoccupations financières qui tiennent à cœur à la plupart des Américains. Et il laisserait l’Église être l’Église.» (cath.ch/osvnews/arch/rz)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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