Sur la route d’Emmaüs, Cléophas et son ami sont incapables de reconnaître le Ressuscité dans le voyageur qui chemine avec eux. Tous les indices de la résurrection sont pourtant réunis, ils en conviennent.
Trois jours après la mort de Jésus des femmes de leur groupe ont trouvé la tombe vide, et les compagnons qui se sont rendus sur place pour vérifier leur témoignage disent que c’est bien le cas. Mais, Jésus de Nazareth, personne ne l’a revu.
Étrange myopie qui empêche les disciples de voir clair. Les deux hommes ne reconnaissent pas le Ressuscité qui les accompagne, parce qu’ils l’attendaient sur un autre terrain.
« Leur rêve politique avait relégué aux oubliettes le message des prophètes »
Comme tant d’autres de leur génération, ils s’étaient engagés à la suite de Jésus parce qu’ils avaient vu en lui « un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu », le Messie nationaliste qu’ils attendaient, celui qui pourrait libérer le pays de l’occupant romain et restaurer un royaume d’Israël libre et fort : « Nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël ».
Leur rêve politique avait relégué aux oubliettes le message des prophètes qui annonçaient que la mort du Serviteur souffrant serait le prix de la liberté (Is 53).
Leur compagnon de route les ramène à l’école des Écritures : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Ce « ne fallait-il pas », affirmé comme une condition incontournable, est bien la source de leur scandale, la pierre d’achoppement contre laquelle ils buttent. Comment prétendre justifier à ce point la nécessité de l’échec, de la mort ?
« Jésus avait prévenu ses disciples en les mettant en garde contre la course aux premières places »
Jésus est venu proclamer la proximité et l’urgence du Royaume de Dieu, l’avènement d’un univers rendu à sa fraîcheur et à son innocence première. Les prophètes annonçaient une humanité réconciliée, de justice, d’amour et de paix, en rupture avec celle fondée sur la loi du talion.
Seule la mort de l’innocent, qui prend sur lui toute la violence du monde sans céder à la réciprocité, est capable de rompre l’engrenage mortifère. Pure gratuité de celui qui ne se venge pas mais qui pardonne, et désarme le plus fort.
Jésus avait prévenu ses disciples en les mettant en garde contre la course aux premières places ou la prétention à être le plus grand. La Résurrection annonce un monde nouveau, mais il « a fallu » y mettre le prix pour casser définitivement le cycle de la violence : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela ? »
« La Passion du Christ fait sens. Réconciliés, les pèlerins d’Emmaüs ont chaud au cœur. »
Les deux pèlerins d’Emmaüs comprennent maintenant ce « il fallait » qui les avait déconcertés au point de les rendre aveugles. La Passion du Christ fait sens. Réconciliés, ils ont chaud au cœur. Ils pressent celui qui les a ouverts à l’intelligence des Écritures de ne pas les abandonner.
Finalement, c’est le geste de l’amour, le partage du pain qui leur ouvre définitivement leurs yeux. Pour eux, comme pour tout chrétien, si le compagnon de route a disparu physiquement, ils ont compris qu’il est désormais présent par les Écritures et l’Eucharistie.
Pierre Emonet SJ | Vendredi 17 avril 2026
Lc 24, 13-35
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine),
deux disciples faisaient route
vers un village appelé Emmaüs,
à deux heures de marche de Jérusalem,
et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient,
Jésus lui-même s’approcha,
et il marchait avec eux.
Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
Jésus leur dit :
« De quoi discutez-vous en marchant ? »
Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit :
« Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem
qui ignore les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit :
« Quels événements ? »
Ils lui répondirent :
« Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth,
cet homme qui était un prophète
puissant par ses actes et ses paroles
devant Dieu et devant tout le peuple :
comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré,
ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël.
Mais avec tout cela,
voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, des femmes de notre groupe
nous ont remplis de stupeur.
Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau,
elles n’ont pas trouvé son corps ;
elles sont venues nous dire
qu’elles avaient même eu une vision :
des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau,
et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ;
mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors :
« Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire
tout ce que les prophètes ont dit !
Ne fallait-il pas que le Christ
souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes,
il leur interpréta, dans toute l’Écriture,
ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient,
Jésus fit semblant d’aller plus loin.
Mais ils s’efforcèrent de le retenir :
« Reste avec nous,
car le soir approche et déjà le jour baisse. »
Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux,
ayant pris le pain,
il prononça la bénédiction
et, l’ayant rompu,
il le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent,
mais il disparut à leurs regards.
Ils se dirent l’un à l’autre :
« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous,
tandis qu’il nous parlait sur la route
et nous ouvrait les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem.
Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons,
qui leur dirent :
« Le Seigneur est réellement ressuscité :
il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route,
et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux
à la fraction du pain.
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