Genève: Séminaire sur les droits de l’homme et la dignité humaine
Genève, 25 avril 1999 (APIC) Il est très ambitieux de vouloir discuter autour d’une table des droits de l’homme. Certains en restent à un «pur» langage académique, d’autres sont pressés d’aborder concrètement les violations flagrantes des droits de l’homme. La confrontation entre théoriciens et praticiens n’a pas manqué, samedi à Genève, lors d’un séminaire tenu au Centre universitaire catholique sur le thème «Droits de l’homme, droits de Dieu. Et la dignité humaine?» Même que le public s’est montré particulièrement déçu des débats, bien trop théoriques.
Dirigé par Georges Kleinmann, journaliste, le débat entre intervenants a longuement traité de la dignité humain dans les différentes philosophies, traditions et religions représentées autour de la table. Evitant volontairement de parler de la guerre au Kosovo, des «frappes» de l’OTAN et des violations des droits de l’homme dans ce conflit, les intervenants ont tout de même mis l’accent sur l’importance primordiale de la vie humaine: «Qu’il y ait un mort ou 10’000… il n’y a pas de différence pour les droits de l’homme, a estimé Jean-Bernard Lemmel, qui intervenait en tant que juif. Une conviction reprise et partagée par les musulmans et les chrétiens.
Expliquant l’évolution de la prise de conscience et de la législation internationale sur les droits de l’homme, Michel Veuthey, conseiller juridique au CICR, a expliqué que chaque catastrophe avait fait évoluer le droit humanitaire, ce qui, pour lui, allait dans le bon sens. Choqué que des catastrophes puissent faire avancer la reconnaissance de la dignité humaine, Hafid Ouardiri, chargé des relations publiques de la Fondation culturelle islamique et de la mosquée de Genève, préfère parler de la nécessité de prévenir les catastrophes.
Pour lui, le musulman naît avec la conscience d’être digne, et même s’il a la capacité de restreindre sa liberté afin de respecter l’autre, il reconnaît la dignité de l’autre. L’idée de se sentir digne afin de respecter la dignité de l’autre, a d’ailleurs été reprise par tous les intervenants.
Porte-parole de la pensée juive dans ce séminaire, Jean-Bernard Lemmel, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, a montré que, pour les juifs, si Dieu a créé l’être humain, «c’est parce que Dieu n’est pas parfait et qu’il a besoin de l’humain pour l’amener à la perfection. Il y a ainsi complémentarité entre Dieu et l’homme.
Réactions du public
Demeurant également très théorique en tant que philosophe, Alfredo Fernandez, directeur de l’Université des droits de l’homme et du droit à l’éducation, a mis l’accent sur la reconnaissance par toutes les religions d’une nature humaine, mais aussi sur la division qu’il y a entre religions et philosophies modernes au sujet de cette même nature humaine.
L’Africaine Yolande Dialo, du Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, membre de l’Association des femmes, a pour sa part insisté sur le fait que nul ne peut se prévaloir d’une dignité culturelle. Selon elle, «la culture ne détermine pas la dignité». Pour sa part, Susan Hansen, présidente de l’Assemblée spirituelle nationale des Bahi’is de Suisse, a mis l’accent sur l’importance de l’éducation, car pour les Bahi’is, la dignité se mérite par ses propres actes.
Portant attention aux interventions de certaines personnes dans le public, Yolande Dialo a regretté que le débat ne soit pas plus concret. Les relations souvent virulentes de ce même public ont ainsi permis au débat de «revenir quelque peu sur terre». (apic/bb/pr)
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