Pour la première fois, un pape visite un pays à majorité orthodoxe

Jean Paul II en Roumanie du 7 au 9 mai

Rome, 30 avril 1999 (APIC) Pour la première fois, un pape se rendra dans un pays à majorité orthodoxe, en visitant la Roumanie du 7 au 9 mai. Le programme se limite à la ville de Bucarest. Pour cette première, le Vatican a accordé une grande attention à l’aspect œcuménique. C’est sans doute la raison pour laquelle, quitte à décevoir les catholiques, Jean Paul II ne se rendra pas à Blaj, en Transylvanie, où se trouve le siège de l’Eglise gréco-catholique.

Avec une superficie de 237’000 km2, la Roumanie compte un peu plus de 23 millions d’habitants. Les catholiques, de rite byzantin et de rite latin confondus, représentent 12 % de l’ensemble de la population. Les orthodoxes, 74%, étant largement majoritaire. On recense en outre 7% de protestants.

A une semaine de ce voyage, ceux qui l’ont préparé au sein du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens et de la Congrégation pour les Eglises orientales, considèrent que les gréco-catholiques roumains ne devraient pas se sentir laissés de côté lors de cette visite, même si son caractère exceptionnel réside dans son enjeu oecuménique.

«Il ne faut négliger aucun des trois aspects de ce voyage», explique à l’APIC Mgr Fortino, sous-secrétaire pour l’unité des Chrétiens, «à savoir, la rencontre du pape avec l’Eglise orthodoxe, sa visite pastorale des catholiques roumains, et ses rencontres avec les autorités civiles du pays, grâce auxquelles il va contribuer à jeter un pont entre la Roumanie et l’Europe occidentale».

Mgr Fortino souligne cependant l’importance capitale de l’aspect oecuménique. «Dès son arrivée à Bucarest, le pape devrait souligner qu’il rend visite à une Eglise soeur», explique-t-il, avant de rappeler que Jean Paul II a rencontré le patriarche orthodoxe Teoctiste le 5 janvier 1989. Le patriarche avait à l’époque bravé une interdiction des autorités roumaines en acceptant une invitation de Jean Paul II au Vatican alors qu’il faisait escale à Rome.

Pourquoi pas en Grèce plus tard?

Du côté du Saint-Siège, on souligne également que cette visite auprès des orthodoxes a d’autant plus d’importance que la réunion plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre les deux Eglises – prévue du 6 au 15 juin 1999 à Baltimore aux Etats-Unis -, a été remise à l’an 2000 à cause de la guerre dans les Balkans.

A Bucarest, le nonce apostolique, l’archevêque suisse Jean-Claude Périsset, pense que cette visite du pape aidera à comprendre que son rôle de successeur de Pierre ne doit pas être vu comme un obstacle à l’unité des chrétiens. Nommé à Bucarest en novembre 1998, Mgr Périsset était depuis 1996 secrétaire-adjoint du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Pourquoi une visite à Bucarest, uniquement? Il faut voir cela comme une «convenance» acceptée par Jean Paul II lui-même pour sa première visite à l’Eglise orthodoxe roumaine. Plus tard d’autres visites du pape en Roumanie pourront sans doute être envisagées, fait-il remarquer, au cours desquelles il pourra consacrer davantage de temps aux communautés catholiques de Transylvanie, du Banat et de Moldavie.

Gréco-catholiques rassurés…

«Les gréco-catholiques devraient être contents des paroles que leur adressera le pape», dit-on du côté de la Congrégation pour les Eglises orientales, à propos de ce deuxième aspect de la visite du pape. Jean Paul II, assure-t-on, «saura montrer son affection à l’Eglise catholique orientale roumaine», qui va fêter en l’an 2000 les 300 ans de son union à Rome. Le 14 avril dernier, il a reçu à déjeuner les évêques gréco-catholiques roumains au Vatican, et n’a pas manqué, semble-t-il, de les rassurer à ce sujet.

Au total, fait-on remarquer à Rome, ce sont les catholiques latin de la minorité hongroise de Transylvanie qui ont le plus de raison de regretter le fait que le pape se limite à une visite à Bucarest. Jean Paul II ne s’adressera pas à eux directement, dans la mesure où il parlera en roumain, langue qu’il a voulu étudier en vue de ce voyage.

Le troisième aspect de cette visite à Bucarest réside dans les liens qu’elle va permettre de renforcer entre la Roumanie et l’Europe occidentale, à travers les autorités civiles et politiques du pays que Jean Paul II rencontrera. «La culture roumaine se sent un pont entre l’Orient et l’Occident», explique à l’APIC le cardinal Paul Poupard, préfet du Conseil pontifical de la Culture. Le cardinal a pour sa part de nombreuses relations dans les milieux culturels roumains, et se rendra lui-même à Bucarest quelques semaines après Jean Paul II, à l’invitation du ministre de la culture.

Sur fond de guerre des Balkans

Pour sa part, l’ambassadeur près le Saint-Siège fait remarquer que, bien médiatisée, la visite de Jean Paul II pourra contribuer à faire connaître à l’extérieur les richesses spirituelles et culturelles de la Roumanie. Et par ailleurs, souligne-t-il, «il est bon que le pape vienne donner aux Roumains un autre visage de l’Europe que celle de l’OTAN, à un moment où l’on entend les bombes aux frontières de la Roumanie. Cette guerre est un déchirement pour nous», explique l’ambassadeur. «Notre gouvernement a l’obligation ingrate de gérer deux «fidélités en apparence contradictoires»: son engagement politique ferme vis à vis d’une ouverture à l’Europe – y compris la participation à l’OTAN -, et son amitié pour les Serbes, avec lesquels la Roumanie n’a jamais eu de conflits, et qui en plus sont orthodoxes. La situation dans les Balkans est le revers de la médaille de ce qui se passe en Roumanie», conclut-il, en faisant allusion à la minorité hongroise du pays, bien représentée au niveau politique. «La société roumaine est ouverte, prête à dialoguer», assure l’ambassadeur. «Cela tient peut-être au fait que la Roumanie est le seul pays à la fois orthodoxe et latin. Le même type de synthèse un peu paradoxale que la Pologne d’où vient Jean Paul II, qui elle, est catholique et slave à la fois». (apic/imed/pr)

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